Alors que Haïti était frappéE hier par un second violent séisme, les Haïtiens tentaient de fuir l’île par centaines à bord de barques de fortune, faisant craindre un afflux de « boat people » sur les côtes du continent américain. Marco Dormino/AFP
Cette nouvelle réplique, la plus forte depuis celle de magnitude 7 qui a dévasté Haïti, a ajouté au traumatisme des habitants, déjà bouleversés après avoir perdu au moins 75 000 de leurs compatriotes. « Tous les Haïtiens vont finir par mourir parce qu'ils sont maudits », assurait une mère de famille à bout de nerfs. Un semblant de vie normale paraissait cependant s'instaurer, avec la présence symbolique d'un drapeau - en berne - devant le palais présidentiel en ruine. Mais plus de 300 campements improvisés regroupent environ 370 000 sans-abri à Port-au-Prince, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Les sauveteurs continuaient leurs efforts alors que les chances de retrouver des survivants semblaient infimes. Jusqu'à présent, les équipes de secours accourues du monde entier ont retrouvé au total 121 personnes sous les décombres, a annoncé la porte-parole de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) à Genève, Élisabeth Byrs. Des survivants ont été encore sortis des gravats mardi, une semaine après le tremblement de terre qui a fait au moins 250 000 blessés et un million de sans-abri, selon la protection civile haïtienne. Un bébé de 23 jours, une petite fille prénommée Élisabeth, a ainsi été sorti vivant des ruines d'une maison à Jacmel, une ville du sud d'Haïti, par des secouristes français. Les spécialistes estiment que survivre sous les décombres plus d'une semaine tient du miracle et le général Daniel Ally, chef adjoint de l'opération américaine en Haïti, a annoncé que la phase de recherche de survivants allait « très bientôt » s'achever. Mardi soir, Hoteline Losana, une jeune femme de 25 ans, a été extraite des décombres d'un supermarché, « consciente et en bonne forme », a déclaré à l'AFP Thierry Cerdan, responsable de l'ONG française Secouristes sans frontières. Plus tôt, des pompiers mexicains étaient parvenus à sortir des ruines de la cathédrale une septuagénaire qui a même chanté sous les yeux ébahis des secours.
Le désespoir n'en attise pas moins la violence et la tension est extrême dans les rues de Port-au-Prince. Mardi, une adolescente a été tuée par la police qui cherchait à disperser des pillards. L'ambassadeur d'Haïti aux États-Unis, Raymond Joseph, a réclamé la fin des largages d'aide humanitaire par hélicoptère, qui ont donné lieu à des scènes de chaos.
Alors que des milliers de soldats américains poursuivaient leur déploiement dans les régions sinistrées, le navire-hôpital américain Comfort est arrivé au large de l'île. Entre 30 et 50 victimes du séisme, sélectionnées par les autorités haïtiennes parmi les cas les plus graves, vont pouvoir y être soignées en même temps, a indiqué l'armée américaine. Le Comfort dispose d'une capacité de 1 000 lits L'armée canadienne était quant à elle en train de remettre en état l'aéroport de Jacmel, dans le sud d'Haïti, ce qui doit permettre de désengorger celui de Port-au-Prince, distant d'environ 50 km, a annoncé hier le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay. L'aéroport de la capitale reste pour l'heure la principale voie d'accès de l'aide humanitaire, qui peine à atteindre ses destinataires vu le chaos qui règne dans la ville.
Le ministre américain de la Défense, Robert Gates, a ordonné de dégager le port de Port-au-Prince, dans l'espoir de le remettre en service « d'ici à une semaine ou deux ». La réouverture du port devrait permettre de faciliter considérablement l'arrivée des secours. Le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, a appelé les États du monde à lancer « une sorte de plan Marshall » pour Haïti, dont la reconstruction pourrait prendre au moins 25 ans, a déclaré hier l'ambassadeur de ce pays en Espagne. Selon l'ONU, des promesses de dons de plus de 1,2 milliard de dollars, provenant d'États, de personnes privées et d'entreprises, ont déjà été recueillies. Pour leur part, les ministres haïtiens qui ont survécu au séisme ont mis de côté leurs tâches habituelles et se sont chacun vu attribuer une zone géographique particulière pour mieux coordonner la distribution de l'aide internationale, a expliqué l'un d'entre eux. Le président René Préval avait reconnu plus tôt en journée un « problème de coordination » dans la distribution de l'aide internationale.

