Le conflit entre l'identité nationale et l'appartenance confessionnelle est le véritable grand problème interne du Liban. Si les Libanais constituaient un seul peuple, chaque citoyen comprendrait naturellement que seul un État fort garantirait ses droits, et par conséquent œuvrerait pour l'édification des institutions. Aucune milice ne serait tolérée, et l'armée nationale ainsi que les forces de l'ordre auraient le monopole des armes et se chargeraient de défendre le peuple de toute menace, domestique ou étrangère. Tel a toujours été l'objectif politique du Bloc national libanais.
Le vrai sentiment d'identité nationale est la condition initiale et incontournable pour la déconfessionnalisation du pays. Cette véritable identité nationale s'est largement constituée lors des manifestations demandant le retrait des troupes syriennes du Liban. Mais elle est restée incomplète car une partie de la population n'y a pas souscrit. Et par la suite, une faction importante des Libanais qui avaient participé à la révolution du Cèdre lui a tourné le dos.
Si, en revanche, des Libanais considèrent que leur affiliation confessionnelle est plus importante que leur appartenance nationale, et que leur communauté est en compétition avec les autres pour dominer le pays, logiquement ils auraient tout intérêt à conserver une milice qui leur donnerait un excellent outil de pression et de dissuasion pour atteindre leurs objectifs politiques. Mais un tel argument ne saurait être utilisé ouvertement. Dans le cas du Hezbollah, l'argument évoluerait en commençant par la nécessité de libérer Chebaa militairement et en passant par celle de délivrer Jérusalem. Plus récemment, la milice du Hezbollah déclarait que les armes « sont nécessaires pour empêcher l'implantation des réfugiés palestiniens au Liban ».
Il me semble toutefois que les Libanais ont oublié que les partis chrétiens avaient porté les armes au début de la guerre libanaise pour ces mêmes raisons, à savoir contre ladite implantation. Si l'on reconnaît la logique qui justifie que des partis ou des communautés ont le droit de s'armer et décident de passer outre la volonté des autres pour défendre une cause déterminée, il faut accepter par la même logique que ce qui s'applique aux uns doit s'appliquer aux autres. Dans ce cas, en quoi le canton chrétien, tant critiqué autrefois par sayyed Hassan Nasrallah, diffère-t-il de celui constitué par le Hezbollah ? Pourquoi le raisonnement qui a été appliqué aux milices chrétiennes ne s'appliquerait-il pas aujourd'hui au Hezbollah ? Le plus étonnant est de voir le nombre impressionnant de personnes qui critiquaient autrefois les milices et demandaient un retour à la normalité de l'État souverain, et qui défendent aujourd'hui avec passion les armes du Hezbollah au détriment de l'unité et de la souveraineté du Liban. Finalement, tout dépend des intérêts des individus.
Les seules vraies garanties, pour faire face à l'implantation des réfugiés palestiniens ou à toute autre menace en fin de compte, sont celles d'un État fort et d'un peuple uni. Dans le cas contraire, le déséquilibre interne causé par les armes entraînera une fracture croissante entre les Libanais, avec des conséquences désastreuses. Et grâce à la pression (ou menace) de ceux qui portent des armes, les Libanais ont droit au spectacle de soi-disant réconciliations, où les victimes sont obligées d'aller s'excuser auprès des agresseurs. De quelle réconciliation parle-t-on quand les causes du problème sont toujours présentes ?
Mais le volet interne de l'agenda du Hezbollah n'est qu'un aspect du problème. Le problème le plus dangereux à court terme est la subordination politique, militaire, idéologique et financière du parti de Dieu au régime révolutionnaire iranien. Or il est presque certain que Téhéran, en cas d'attaque étrangère ou d'escalade politique avec l'Occident, ordonnera à ses subordonnés au Liban d'attaquer Israël. Les conséquences pour tous les habitants du pays, surtout ceux du Sud, seraient catastrophiques. Et quel intérêt les Libanais trouveraient-ils dans le programme nucléaire iranien ? Pratiquement aucun, sauf le fait que si l'Iran développe l'arme nucléaire, et que celle-ci est utilisée contre Israël, les Libanais subiront les méfaits de sa radioactivité.
Et de la même façon que Israël a besoin de Hamas et du Hezbollah pour ne pas être obligé de faire des concessions aux Palestiniens, le Hezbollah a lui aussi besoin d'Israël et de l'arme palestinienne afin de justifier son organisation militaire.
Rendons-nous à l'évidence. Les armes du Hezbollah, après la libération du Sud en 2000, ont deux objectifs principaux : servir d'instrument de dissuasion et de représailles aux mains de l'Iran, et assurer l'hégémonie politique du Hezbollah au Liban. Tout le reste est excuses, fourvoiements ou duperies.
Amid du Bloc national


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef