« Tous les facteurs sont réunis pour que 2010 soit une bonne année pour l’économie libanaise », a affirmé hier le gouverneur de la BDL. Joseph Eid/AFP
Al-Akhbar a en effet cité des sources informées selon lesquelles « la BDL a acquis près de 1 692 000 actions et titres GDR de la Bank Audi pour un montant de 154 millions de dollars ». « La Banque centrale a justifié cette mesure par la nécessité d'exercer des pressions sur (EFG Hermes) pour mener à bien l'opération et empêcher les « risques de réputation » que pourrait générer son échec », a ajouté le quotidien, précisant que la BDL devrait revendre ses parts dans les prochaines semaines.
Ni la BDL ni la Bank Audi n'ont souhaité confirmer ou infirmer cette information, se refusant à toute réaction à cet égard. L'Orient-Le Jour a contacté le bureau du gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, sans succès. Itou avec plusieurs responsables de la Bank Audi. Seule une figure de cette dernière a « affirmé que la banque n'est pas tenue de réagir aux informations qui circulent dans la presse ».
L'information reste donc non confirmée ou infirmée. Il reste à rappeler que la loi interdit à la BDL de prendre des participations dans des établissements privés, à moins d'une extrême urgence liée à la stabilité du secteur bancaire, a souligné l'économiste et professeur à la Notre-Dame University (NDU), Louis Hobeika. « La Banque centrale a déjà agi de la sorte avec le Crédit libanais, a-t-il ajouté. Sauf que tel n'est pas le cas de la Bank Audi qui fonctionne très bien et qui est l'une des premières banques du Liban. »
Louis Hobeika a également estimé qu'« une éventuelle acquisition d'actions privées par la BDL serait une très mauvaise chose dans l'absolu ». « La BDL est une autorité de régulation, a-t-il précisé. Si elle devenait actionnaire d'une société privée, elle se trouverait en situation de conflit d'intérêt. Cela nuit au secteur financier vu que les autres banques vont se sentir lésées en étant en concurrence avec une institution soutenue par la Banque centrale. Cette dernière devrait se délester des parts de la MEA, du Casino du Liban et d'Intra qu'elle détient. »
Salamé
Par ailleurs, le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a affirmé dans un entretien avec Rana Moussaoui de l'AFP que l'accalmie politique depuis 2008 au Liban a donné un coup d'accélérateur à la confiance dans le pays, avec des dépôts bancaires qui gonflent et des réserves record à la Banque centrale.
Mais le patron de la BDL a également encouragé le gouvernement de Saad Hariri formé en novembre à s'attaquer aux réformes « nécessaires » pour réduire le déficit public et favoriser la croissance en vue de juguler une dette colossale qui fait du Liban l'un des pays les plus endettés au monde.
« En 2009, les dépôts bancaires ont augmenté de 22 % (84 milliards de dollars fin novembre), les profits des banques en moyenne de 9 à 10 % et les crédits de 16 % », a indiqué Riad Salamé.
Depuis l'accord de Doha en 2008, le pays a remonté la pente et « la confiance dans le pays s'est renforcée en 2009 », selon le gouverneur qui a affirmé ainsi s'attendre à une croissance « importante » en 2010 après une croissance de 8 % en 2008 et de 7 % en 2009. « Les réserves en devises de la Banque centrale ont atteint 28,6 milliards de dollars, un record historique, sans compter les réserves en or estimées à plus de 10 milliards de dollars, s'est-il félicité. Tous les facteurs sont réunis pour que 2010 soit une bonne année pour l'économie libanaise. »
Malgré cet optimisme, le gouverneur estime qu'il y a « nécessité » à mettre en œuvre des réformes pour réduire le déficit budgétaire. « La réforme de l'électricité, dont le déficit supporté par le Trésor constitue 3 % du produit intérieur brut (PIB), est la voie qui mènera à la réduction du déficit budgétaire annuel de l'État », a souligné Riad Salamé.
La dette publique, qui a dépassé les 50 milliards de dollars fin 2009 et représente 153 % du PIB selon la BDL, n'« inquiète pas » le gouverneur, à condition que l'économie continue de croître. « Le ratio dette/PIB est tombé de 186 % à 153 % en deux ans », a expliqué Riad Salamé.
« Si l'on arrive à maintenir une croissance qui dépasse celle de la dette, en créant des emplois et en améliorant les infrastructures, ce ratio va régresser, et c'est le seul moyen de régler ce problème », a conclu le gouverneur.

