Selon des témoignages recueillis par l’AFP, les amputés se compteront par milliers, une fois les médecins repartis. Juan Barreto/AFP
Nombre de victimes du séisme qui ont été extraites des décombres ont dû attendre des heures, parfois des jours avant d'être soignées. Leurs plaies se sont infectées, et dans de nombreux cas, la gangrène a entamé son œuvre. C'est là, dans un hôpital en ruine, que le Dr Lorblanches entre en action. « Ma première amputation, samedi, je l'ai faite avec trois pinces, cinq ciseaux et un bistouri. Il n'y avait pas d'eau et je devais avoir une lampe frontale pour avoir un peu de lumière sur la blessure », dit-il. Depuis samedi, lui et ses confrères français disent avoir opéré 30 personnes, dont 28 ont été amputées. Selon des témoignages recueillis par l'AFP, les amputés se compteront par milliers, une fois les médecins repartis. De tous les patients qu'il a traités, le Dr Lorblanches se souvient avec émotion d'un jeune homme qu'il a opéré dimanche. Le jeune Haïtien marchait dans la rue au moment où la terre s'est mise à trembler. Dans sa chute, un mur lui a écrasé les mains. Le Dr Lorblanches a dû les lui amputer. « On coupe pour sauver des vies. Notre travail ici est une petite goutte d'eau. » Mais loin d'être inutile, il est exténuant.
Entre deux opérations, le Dr Lorblanches n'a guère que le temps de fumer une cigarette. Deux, trois bouffées et le patient suivant s'annonce. En l'occurrence, le chirurgien va devoir amputer une Haïtienne d'un pied, sectionné de part en part. « Le doute peut signifier la mort d'un patient. Dans un autre pays, avec moins de pauvreté et un peu plus de moyens, on pourrait se donner un peu plus de temps avant de prendre une décision », explique Igor Auriant, un anesthésiste.
À quelques mètres, Marie-Françoise, tout juste amputée du bras gauche, pousse des hurlements de douleur. Ses parents sont morts dans l'effondrement de la maison familiale. Elle est restée enterrée sous les décombres pendant plusieurs heures avant d'être secourue par des voisins. « Je suis heureuse parce que je suis vivante », dit Marie-Françoise. « Mais je ne veux pas penser à mon avenir. J'ai tout perdu et je ne pourrai jamais plus travailler. » Lucile, une jeune fille de 20 ans, n'arrête pas de pleurer. Les médecins ont dû lui amputer le bras droit, menacé par la gangrène. « Maintenant, c'est sa jambe qui est en danger. On essaye de la sauver, mais on ne peut pas attendre plus de quelques heures pour prendre une décision », affirme le médecin haïtien Jean Toussaint.
Les salles d'opération ayant été détruites par le séisme, les chirurgiens se sont repliés dans le service de radiologie de l'hôpital. Pas le plus salubre pour amputer. « Le tremblement de terre a eu lieu il y a presque une semaine. Maintenant, on ne trouve que des blessures infectées. Si on avait la possibilité d'opérer, de traiter, peut-être qu'on pourrait faire autrement. Mais il y a des plaies qui ne sont pas réparables », confie le Dr Auriant.
Beatriz LECUMBERRI (AFP)


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