Une grande partie des 3 000 détenus qui se sont échappés de prison, suite au séisme, sont des criminels violents. Carlos Barria/Reuters
Juchés sur des motos, brandissant des fusils d'assaut ou des armes de poing sans doute volés à leurs gardiens le jour de leur évasion, les membres des gangs façonnent leur propre légende et inspirent des morceaux de rap populaires. L'un d'entre eux n'est connu que par son « nom de guerre », « Blade » (Lame).
La rumeur veut qu'ils soient allés samedi matin sur les ruines du ministère de la Justice pour y incendier tous les documents sur leur incarcération et leurs casiers judiciaires. Au Pénitencier national, il reste peu de traces des détenus. Plusieurs ont peut-être péri dans une petite cellule sans fenêtres qui porte les traces d'un incendie et reste chaude plusieurs jours après le séisme.
La plus grande prison de Port-au-Prince ne paraît pas en tout cas avoir été très endommagée par la secousse. Il n'y a aucun cadavre à l'intérieur et le seul signe de vie est donné par deux chiens retranchés dans une cellule où s'entassent les matelas. Des 3 000 détenus qui se sont échappés mardi, maîtrisant un nombre inconnu de gardiens, beaucoup sont des criminels violents liés à Cité Soleil.
« Ils sont sortis de prison et maintenant, ils traînent en essayant de voler les gens », déclare Elgin St Louis, un habitant de 34 ans. « Hier, ils ont passé toute la nuit à tirer des coups de feu. » « On a peur de leur retour », avoue un autre, un homme plus jeune qui dit s'appeler Forrestal Champlain. « Ils sont armés, ils n'ont aucune morale et ils sont capables de tout. »
Même s'ils déplorent le retour des gangs, les habitants de Cité Soleil, un bastion de l'ancien président et « champion des pauvres » Jean-Bertrand Aristide, ne cachent pas leur hostilité envers le gouvernement. Les abris de parpaings portent encore les marques des batailles entre les bandes armées et les soldats de maintien de la paix de l'ONU, arrivés à Haïti en juin 2004 et employés par René Préval pour établir le contrôle des autorités sur la zone. Mais un habitant lâche : « Préval ne contrôle rien ici. Personne ne contrôle rien à part les caïds. »
Le chef de la police nationale haïtienne, Mario Andresol, ne partage pas cette vision des choses, même s'il admet que l'évasion massive représente un sérieux problème de sécurité. « Mon message, à tous ces bandits armés qui tentent de profiter de la situation, c'est que nous les arrêterons, tout comme nous les avons arrêtés par le passé », dit-il. « Nous sommes en train de prendre les mesures appropriées pour faire la chasse à ces criminels. »
Joseph Guyler Delva et Tom Brown (Reuters)

