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Liban - Coups D’Épingle

En avant le flash-back

L'une des conséquences les plus visibles de la nouvelle « entente nationale » dont le Liban est le théâtre ces temps-ci est le retour quasi général et subtilement progressif à un discours politique antérieur au 14 mars 2005, voire même au millénaire.
Mais plutôt que d'un discours, il s'agit surtout d'un style de discours, avec ses entendus, sa sclérose intellectuelle, ses formules lénifiantes et stériles sur les froides « constantes » libanaises et sa dose d'autosatisfaction repue. Sans oublier l'essentiel, son potentiel de mortel ennui.
Le rideau est tombé sur le temps des insultes. Voici revenir celui du mensonge apprivoisé. On sait bien que faute d'avoir réussi à surmonter ses problèmes existentiels, le Liban est condamné à ballotter entre ces deux extrêmes, à être encore spolié des fruits de sa longue quête de vérités apaisées.
La paix civile est au-dessus de toute considération, nous dit-on. Certes, mais pour avoir été des décennies durant servis de mirages, les Libanais peuvent-ils encore ignorer que le type de paix auquel ils sont conviés est pour ainsi dire le berceau de la prochaine guerre ?
Pour le moment, la scène est celle d'une foire aux désillusions. Les idoles portées pendant cinq ans par tout un pays, sur toutes ses rives, tombent. Les hommes autant que les principes, les concepts et les slogans.
Voici donc un Walid Joumblatt qui n'en finit pas de mettre en scène sa propre humiliation, entraînant dans le malaise qu'il nourrit non seulement les siens, mais aussi ceux de l'autre bord. Car ces derniers sont de plus en plus mortifiés par les dithyrambes que leurs chefs, à l'instar d'un Mohammad Raad, prononcent à présent à son égard, après l'avoir maintes fois voué aux gémonies.
Voici le régime syrien qui, voulant faire mordre la poussière à M. Joumblatt avant d'accepter de le recevoir à Damas, montre une fois de plus combien il est incapable de modifier son comportement à l'égard du Liban. Par les temps qui courent, il réussira probablement à imposer les conditions les plus viles à la concrétisation de cette visite. Mais, ce faisant, il aura encore une fois nourri la haine d'une partie des Libanais à son égard. Et le jour venu, cette haine ne manquera pas d'éclater, comme cela est déjà arrivé.
Voici un Michel Aoun qui guerroyait férocement jusqu'à hier contre des adversaires auxquels il ne reconnaissait aucun statut moral et qu'il traitait de voleurs et d'assassins. Le voici donc aujourd'hui qui semble confortablement installé avec eux dans un partenariat aux allures d'un festival de sourires. Ne craint-il donc pas de paraître, aux yeux de ceux qui l'avaient cru, intégrer une association de malfaiteurs ? Que leur dira-t-il ? Qu'il a médité dans l'intervalle ce mot fameux de Napoléon à son ministre des Finances qui le suppliait de ne pas le considérer comme un voleur : « La friponnerie a des limites, la bêtise n'en a point » ?
Voici une classe politique qui se dit unanime sur la nécessité de privilégier le talent sur la pratique du partage d'influences dans les nominations administratives. Mais lorsqu'une moitié des Libanais s'est battue pour que le gouvernement, le pouvoir politique lui-même soit pourvu selon ce dernier mode, et que l'autre moitié a dû battre en retraite sur ce sujet, par quelle logique voudrait-on que l'administration en réchappe ? Et puis l'époque qui s'ouvre est-elle vraiment propice au talent ?
Voici le Liban contraint une fois de plus de travailler lui-même contre le parachèvement de son indépendance et sa souveraineté. Comment comprendre autrement le discrédit que l'on cherche à jeter ces jours-ci sur la résolution 1559 du Conseil de sécurité ? Il y a quelques années, certains, et non des moindres, s'arrachaient la paternité de cette résolution, que l'on peut sans exagération considérer comme étant le texte international le plus éminemment fondateur de l'indépendance et de la souveraineté du Liban. À présent, on est invité à baisser sa voix pour prononcer ce chiffre.
Voici donc venue l'heure du reflux pour les Libanais. Quelques velléités s'y révéleront, comme toujours, bonnes en affaires et les autres, beaucoup d'autres, s'endormiront jusqu'au prochain réveil.
Il restera tout de même des réserves d'humour pour franchir la passe.

L'une des conséquences les plus visibles de la nouvelle « entente nationale » dont le Liban est le théâtre ces temps-ci est le retour quasi général et subtilement progressif à un discours politique antérieur au 14 mars 2005, voire même au millénaire.Mais plutôt que d'un discours, il s'agit surtout d'un style de discours, avec ses entendus, sa sclérose intellectuelle, ses formules lénifiantes et stériles sur les froides « constantes » libanaises et sa dose d'autosatisfaction repue. Sans oublier l'essentiel, son potentiel de mortel ennui. Le rideau est tombé sur le temps des insultes. Voici revenir celui du mensonge apprivoisé. On sait bien que faute d'avoir réussi à surmonter ses...
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