Rien ne peut être et avoir été. Ni personne. Il aurait sans doute fallu penser le cloner il y a trente ou quarante ans, Fouad Boutros, de préférence cinq fois, de manière à ce qu'il y en ait un au sein des six grandes communautés du pays. Ou alors aurait-il dû lui-même penser ouvrir une école, déjà, à l'époque ; lui qui pourtant sait flairer comme personne l'évolution dans ce pays des choses et des gens, même lui n'aurait pas pu prévoir pareille dégénérescence.
Dès les années 90, Farès Boueiz annonçait la couleur, subtilement certes, puisque tirant à de rares occasions quelque assurance de son beau-père président, mais clairement : la couleur d'une diplomatie béni-oui-oui, tout entière au service de l'insupportable Anschluss imposé par Assad père sur le Liban. Il y eut ensuite l'intermède Sélim Hoss, à la fois Premier ministre et chef de la diplomatie, donc totalement absent et de l'un et de l'autre des deux postes, et l'intermède Jean Obeid. Ce dernier, obsédé jusqu'à la moelle par le palais de Baabda, a pourtant réussi, toutes proportions extrêmement gardées, à étonner positivement, surtout lorsqu'il a été clair que les Syriens ne voulaient qu'Émile Lahoud pour succéder à Émile Lahoud.
Une fois la Syrie boutée hors du Liban, la logique, le bon sens voulaient que le palais Bustros puisse espérer retrouver un peu, un tant soit peu de dignité. De crédibilité. Peine perdue : plus royaliste que le plus absolu des monarques, le camp du 8 Mars s'est jeté comme la misère sur un peuple sur le ministère des Affaires étrangères : Mahmoud Hammoud, Faouzi Salloukh et Ali Chami ont été ainsi nommés par le couple Berry et mis au bout de la télécommande manipulée par Hassan Nasrallah.
Ali Chami.
Quand un parfait (ou presque) inconnu est parachuté à un poste ministériel, prétendument souverainiste de surcroît, et quelle que soit la partie qui le propose, il est toujours un tant soit peu précédé ne serait-ce que d'une bienveillante neutralité ; il est toujours un tant soit peu nanti de ces cent jours de grâce auxquels n'importe qui a droit. Mais Ali Chami a fait fort. Très fort. Pas seulement parce qu'il n'a même pas attendu cinquante jours pour s'affranchir de ses obligations républicaines, constitutionnelles et morales (se mettre au service de l'État et de l'ensemble de ses concitoyens) pour immédiatement se ranger dans le peloton des commis du Hezbollah, mais parce qu'il a réussi à faire plus fort, beaucoup plus fort que ses deux prédécesseurs. Lesquels, déjà, avaient placé la barre (bien) trop haut.
La 1559 n'existe pas.
En juste une phrase, à peine cinq mots, Ali Chami a pulvérisé le record national d'obscénité, pourtant pas évident à frôler ; il paraît que le conseiller d'Angela Merkel, pourtant rompu aux exercices les plus âpres, a failli s'étrangler avec sa cardamome. En réalité, Ali Chami est probablement un homme bien ; un homme cultivé, intelligent sans doute. Le problème ? Il n'y en a qu'un, mais énorme : cet excès de zèle gigantesque propre aux bleus, cette surenchère naturelle sur les options qu'on lui a enjoint de défendre, et cette mise à disposition de soi (le ministre) aussi bien que du domaine public (le palais Bustros) au service non pas de l'État libanais, mais à celui du surpuissant parce que surarmé mini-État du Hezbollah : comme ses prédécesseurs et visiblement encore plus que ses prédécesseurs, c'est sans doute une question de caractère, Ali Chami est le ministre des Affaires étrangères du mini-État du Hezbollah.
N'en déplaise à Ali Chami et à tous les autres, la 1559 existe bel et bien et continuera d'exister jusqu'à ce que le secrétaire général de l'ONU constate son entière application. Et elle est loin d'être appliquée, cette fameuse 1559, cette résolution mère, la nourrice de la flopée d'autres relatives au Liban et qui l'ont suivie, et notamment la 1701, dont elle est la première pierre, l'angulaire - cette 1701 qui continue, jour après jour, de provoquer un féroce urticaire des deux côtés de la ligne bleue, aussi bien chez le Hezbollah qu'au sein de l'état-major israélien, tous deux momentanément privés de (terrain de) jeu(x).
Plusieurs clauses de cette résolution qu'il est de bon ton aujourd'hui de vomir lorsque l'on veut se (re)centrer ont certes été plus ou moins dûment mises en place : une élection présidentielle hors de toute interférence étrangère (c'était à Doha, certes, mais toutes les parties libanaises ou presque étaient d'accord) a été organisée, et il ne reste plus que les fermes de Chebaa et les collines de Kfarchouba à remettre sous l'autorité de l'État libanais. Restent pourtant, encore plus improbables qu'à l'époque, le désarmement et la dissolution de toutes les milices.
C'est-à-dire l'essentiel. Cet essentiel que la diplomatie officielle du Liban refuse de voir, tout entière aveuglée par ses propres agendas, ses propres parallèles, ses propres calculs, ses propres comètes - et s'il n'y avait que cela : qui est censé s'occuper des émigrants, des millions et des millions d'émigrants censés voter en 2013, c'est-à-dire pratiquement demain ?
Michel Sleiman et, dans une moindre mesure, Saad Hariri ont là une sacrée mission : celle de gérer réellement, discrètement, efficacement la diplomatie libanaise dans les grandes capitales et ailleurs ; l'ubuesque mission, dans cet ubuesque pays, d'être ministre des AE p.i. lorsque l'on est président de la République et Premier ministre - c'est-à-dire de représenter tous les Libanais et de défendre le Liban tel que rêvé, voulu et exigé le 7 juin 2009 par la majorité des Libanais. Ministre des AE p.i., cela tombe bien : Tarek Mitri, qui a tenu les rênes de la plus brillante des façons, notamment au cours de l'été 2006, est sans doute prêt à dispenser gracieusement ses conseils.
Tarek Mitri tomberait vraiment à pic si, à en croire les Cassandre d'ici et de là-bas, se préparerait pour 2010, aux dieux ne plaise, une nouvelle guerre de juillet. Donc une résolution 1701 bis.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef