Effectivement, tandis que quasiment tous les pays ont été affectés par la récession mondiale, le Liban devrait quant à lui enregistrer un taux de croissance du produit intérieur brut réel (PIB) de 7 % pour 2009, d'après les estimations les plus récentes effectuées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque du Liban (BDL). Ce chiffre est d'autant plus significatif que le pays a précédemment affiché un taux de croissance de 7,5 % en 2007, et de 8,5 % en 2008. De plus, l'inflation a marqué un ralentissement et devrait rester en dessous de la barre des 3 %, selon le gouverneur de la BDL M. Riad Salamé.
Et pourtant, en début d'année aucun analyste n'aurait pu affirmer avec certitude qu'il en serait ainsi. Personne ou presque ne s'attendait à un taux de croissance de 6 % ou plus ; même les prévisions du FMI tournaient autour de 3 %. La plupart des spécialistes du secteur craignaient en effet un nouvel épisode de crise politique, résolue au cours des accords Doha mais sous-jacente lors de l'organisation des élections du 7 juin 2009 et de la formation ultérieure du nouveau gouvernement. De ce fait, une nouvelle période d'instabilité politique aurait pu affecter négativement la croissance économique, et cela en décourageant l'afflux de capitaux et de touristes.
De plus, certains analystes ont craint que la crise mondiale génère des licenciements massifs dans les pays hébergeant un grand nombre d'expatriés libanais, notamment dans la région du Golfe. Cela aurait alors entraîné un effondrement des transferts de capitaux en direction du Liban, parallèlement à une baisse des dépenses effectuées par les touristes en provenance du Golfe et des investissements arabes dans le pays, en plus de l'érosion de la demande régionale pour les produits et services libanais.
Néanmoins, une fois la stabilité politique maintenue, le rôle de refuge financier sûr que joue le Liban dans la région a permis au pays de réussir une performance économique solide. Une politique bancaire conservatrice couplée avec la régulation rigoureuse mise en place par la BDL ont toutes deux été profitables au secteur bancaire local. Fuyant les économies affectées par la crise, les afflux de capitaux vers le Liban ont substantiellement augmenté et les dépôts auprès des banques locales ont explosé à 92,4 milliards de dollars en octobre 2009, constituant plus du triple du produit intérieur brut (PIB) libanais. En parallèle, les afflux de capitaux n'ont pas diminué. Bien au contraire, ils ont significativement augmenté et devraient atteindre 7 milliards de dollars pour 2009 d'après les estimations de la Banque mondiale, en comparaison avec 6 milliards de dollars pour l'an dernier.
Le décollage des afflux de capitaux peut s'expliquer par trois raisons principales : premièrement, un pourcentage très élevé de ces afflux a été converti en livres libanaises, reflétant la solide confiance du marché envers la devise locale ainsi que la politique monétaire du pays. Grâce à ces conversions massives, les actifs étrangers de la BDL ont augmenté de 43,2 % sur une base annuelle, à la mi-décembre, à plus de 28 milliards de dollars. Ce développement a ainsi renforcé la capacité de la BDL à maintenir l'indexation de la livre au dollar et la stabilité financière du Liban au moyen terme.
Deuxièmement, la forte hausse des afflux de capitaux a plus que compensé le déficit structurel de la balance commerciale du Liban, de 11 740 millions de dollars fin novembre, soit en baisse de 0,29 % en comparaison avec la même période de l'an dernier grâce à une baisse de 0,94 % des importations (et malgré une diminution de 3,31 % des exportations). La balance des paiements a en fait enregistré un excédent historique de plus de 6 milliards de dollars à la fin du mois d'octobre 2009.
En troisième lieu, les afflux financiers solides ont fourni au Liban un « coussin amortisseur » de liquidités, qui a contribué à soutenir l'activité économique prospère du pays au moment même où les banques nationales du monde entier ont dû injecter massivement de l'argent frais pour sauver les économies de crises plus graves. L'économie réelle a pu bénéficier de ces liquidités supplémentaires par le biais d'un ensemble d'incitations mises en place par la BDL afin d'encourager les banques à augmenter leurs prêts au secteur privé, ou encore à des particuliers désireux d'acquérir un logement ou de suivre un cursus universitaire.
En conséquence, l'activité économique réelle a été plutôt prospère tout au long de l'année. L'indicateur synthétique de la BDL a atteint le niveau sans précédent de 236 points en mai, et s'est stabilisé à 211 points en septembre, soit 10,47 % de plus en comparaison avec le même mois de l'an dernier. L'indice de confiance des consommateurs a également atteint un niveau record de 200 points en novembre, ce qui représente une hausse de 26,58 % comparé au même mois de 2008. La valeur des chèques compensés a quant à elle grimpé de 6,7 %.
L'augmentation de ces deux derniers indices traduit la force de la demande locale et le dynamisme de la consommation.
Cette solide demande locale a été soutenue par le boom du secteur touristique. Effectivement, l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) a noté que le Liban avait enregistré la plus forte hausse au monde en termes de croissance du nombre de touristes pour 2009 ; nombre qui a bondi de plus de 43,5 % à 1,7 million de visiteurs fin novembre. En parallèle, les dépenses effectuées par les touristes ont aussi grimpé de manière significative, soit 13% d'après les statistiques disponibles pour les 11 premiers mois de l'année. La prospérité du secteur touristique a plus que compensé l'apathie du secteur industriel local, qui a même vu ses exportations chuter de plus de 13 % au cours des 10 premiers mois de 2009.
Finalement, au niveau du secteur de l'immobilier, le marché de la propriété locale a continué à croître en dépit de la crise régionale des marchés immobiliers. En ce qui concerne les fournitures, les livraisons de ciment - un indice majeur de l'activité de construction - ont augmenté de 17,8 % au cours des trois premiers semestres de 2009 tandis que les permis de construction ont bondi de 23 % à la mi-novembre. De plus, au cours des 10 premiers mois de l'année, le nombre de transactions immobilières a gagné 34,5 % en valeur et a augmenté de 16 % en volume, reflétant à la fois la solidité de la demande et la hausse des prix.
Pronostic pour 2010
Certains pensent que la nouvelle année pourrait être morose pour les grandes économies mondiales, ainsi qu'au niveau régional. Le rétablissement économique des pays pourrait ne pas se matérialiser avant la seconde moitié de 2010. Certains économistes prédisent qu'un regain de croissance dans les économies occidentales ne fera pas baisser le chômage pour autant, tandis qu'au Moyen-Orient nombreux sont ceux qui craignent que la crise de Dubaï tarde à se résorber, se répercutant encore plus sur les économies régionales. Le Liban pourra toutefois capitaliser sur sa performance économique exceptionnelle de 2009, en plus de sa stabilité politique actuelle, pour bénéficier d'un taux de croissance élevé en 2010.
Pour exemple, la banque d'investissement Merrill Lynch a estimé que le PIB réel du Liban devrait croître de 5 % l'an prochain.
Ce fort potentiel de croissance ne doit toutefois pas éclipser les obstacles majeurs que le pays devra surmonter au cours des prochains mois car les finances publiques du Liban restent concrètement vulnérables. Le déficit public élevé, qui a augmenté de 15,53 % à plus de 2,59 milliards de dollars fin novembre, ainsi que la dette interne qui devrait se chiffrer à plus de 49 milliards de dollars représentent deux importantes menaces pour la stabilité économique du pays. Même d'après l'IIF la dette au ratio du PIB s'est repliée à 152 % fin octobre, en comparaison avec 179 % en 2006, ce ratio reste l'un des plus élevés au monde. Dès lors, le gouvernement libanais devrait continuer à observer une discipline fiscale afin de réduire son déficit et sa dette interne tout en nourrissant la croissance du PIB grâce à l'application du programme de reforme économique ratifié à Paris III. La concrétisation du programme permettra alors au pays de résoudre plusieurs de ses problèmes structurels et de préparer le terrain pour une croissance durable.

