En 1860, la France a envoyé un corps expéditionnaire pour mettre un terme aux graves événements qui ont opposé les maronites aux druzes. Après avoir pacifié la région, il a été procédé au recensement des 36 districts du Liban, qui correspondent à la configuration actuelle avec, en plus, le Houleh, qui a été rattaché en 1920 à la Palestine.
La population totale de 487 600 était répartie entre les communautés suivant le tableau n° 1.
Un premier protocole pour l'administration du Liban a été publié le 9 juin 1861 aux termes duquel le Liban sera administré par un gouverneur chrétien nommé par la Sublime Porte et relevant d'elle directement. Il sera assisté par un comité administratif central composé de douze membres dont :
2 maronites, 2 druzes, 2 grecs-catholiques, 2 grecs-orthodoxes, 2 chiites et 2 sunnites.
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Le 6 septembre 1864, un nouveau protocole de la moutassarifia ayant réduit la configuration du Liban à 7 districts, la population de 266 992 était répartie suivant le tableau n° 2.
Le Liban, ainsi réduit, était toujours gouverné par un chrétien nommé par la Sublime Porte et relevant d'elle directement, assisté par un comité administratif central de 12 membres dont :
4 maronites, 3 druzes, 2 orthodoxes, 1 catholique, 1 sunnite et 1 chiite.
Le régime de la moutassarifia prit fin en 1915, lorsque les troupes ottomanes occupèrent le Mont-Liban, violant ainsi l'autonomie reconnue par le protocole de 1864. Le comité administratif fut dissous, remplacé par la cour martiale de Aley.
En plus des sévices perpétrés par les Ottomans en confisquant champs, récoltes, bétail et en bloquant les moyens d'accès par mer et par terre, arrêtant toute importation et toute aide des émigrés, des sauterelles envahirent le pays détruisant toutes les récoltes qui restaient. Des milliers de personnes moururent de faim et des suites des épidémies.
Les séquelles de cette période désastreuse du Mont-Liban se répercutera par une baisse très sensible des maronites, qui passent de 58,42 % en 1913 à l'époque de la moutassarifia à 32,70 % en 1920 pour tout le Liban. Comme on peut le constater dans le tableau n° 3.
La genèse de la Constitution
Je cite les textes des documents officiels puisés dans les archives de l'État français et reproduits dans le livre du Dr Antoine Hokayem. J'ai retenu uniquement les passages qui concernent le sujet de cet exposé :
« En remportant sa victoire dans les élections, le Cartel des Gauches remplaça le général Weygand, initiateur d'une politique sage et modérée par le général Maurice Sarrail en tant que haut-commissaire. Ignorant tout du Levant, fanatique anticlérical et franc-maçon, il considérait que les anciens étudiants de l'Université Saint-Joseph étaient inféodés au patriarche et aux jésuites. Son nom est rattaché à la révolte druze en Syrie et au Liban à la dissolution du Conseil représentatif qui était chargé de l'élaboration du statut organique du Liban. Il décida d'introduire la laïcité en vue d'abattre l'influence du clergé. Il fit préparer un projet d'arrêté, portant modification de la loi électorale en vigueur, supprimant la répartition confessionnelle des sièges au Conseil représentatif. »
« À l'avenir, il ne sera plus tenu compte des diverses communautés religieuses dans l'élection des membres du Conseil représentatif. Pour Sarrail, désormais, chaque électeur pourra donner son suffrage aux candidats de son choix, sans être limité à ceux du rite auquel les sièges étaient attribués. »
Ce projet fut publié dans la presse en mars 1925. Des polémiques de presse se sont immédiatement engagées, au sujet de ces réformes. Le département des Affaires étrangères de France fut alerté par les protestations énergiques du patriarche maronite. Quoique n'ayant pas donné son assentiment à ce projet, le président du Conseil Édouard Herriot essaya de faire entendre raison à Sarrail sans le brusquer. De multiples échanges au sujet de ces réformes ont eu lieu jusqu'au 18 juin 1925, date du télégramme envoyé par le président du Conseil dont la fermeté fit comprendre à Sarrail qu'il ne pourrait plus tergiverser et dont voici le texte :
« Mes instructions ne seront suivies que si, pour les élections du Mont-Liban de la fin de ce mois, le régime électoral toujours en vigueur est appliqué, avec les anciennes circonscriptions électorales, la même répartition des sièges et le maintien des bureaux de vote dans les mêmes localités. »
« Sarrail par télégramme du 23 juin 1925 annonça au président sa soumission à toutes les exigences du département. »
Ainsi, se termina le conflit entre Sarrail et le département. Il fut remplacé pour la présidence de la Commission du statut, dès le 25 juin 1925, par Joseph Paul Boncour et quitta son poste le 13 novembre 1925.
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Après le départ de Sarrail et son remplacement par Henry de Jouvenel, le haut-commissaire rétablit le Conseil représentatif élu conformément aux lois en vigueur et désigna une Commission du statut chargée d'élaborer la Constitution et qui a eu comme première mission de dépouiller les réponses à un questionnaire, adressé à près de 180 notables, choisis dans tous les districts et de tous les rites.
À la sixième question :
« Faut-il adopter la base confessionnelle pour la répartition des sièges au Parlement ? »
« Le rapporteur de la commission Chebl Damous a noté, après une étude minutieuse des réponses reçues, que :
- Les sunnites des villes côtières Tripoli, Beyrouth et Saïda ainsi que ceux de la Békaa qui œuvraient tous pour l'unité syrienne refusaient de participer à l'élaboration de la nouvelle Constitution parce que c'était reconnaître le Liban dans ses frontières de 1920 et accepter d'y être incorporés.
- Sur les 132 réponses des autres notables, 11 s'opposaient aux consultations et réclamaient la dissolution du Conseil représentatif dont ils ne faisaient pas partie. »
« Tandis que les 121 personnalités restantes, elles ont envoyé une pétition dans laquelle, tout en reconnaissant qu'ils préconisent, non sans une grande répugnance "ont-ils dit", le système confessionnel comme base de la représentation, pour les considérations suivantes :
1- "Le peuple libanais se compose d'une foule de communautés ayant chacune des convictions religieuses, une mentalité, des coutumes et des traditions propres. Le rejet du système de la représentation confessionnelle rompt l'équilibre et donne la prépondérance à certaines communautés au détriment d'autres. Il en résultera des jalousies, des ressentiments et peut-être des troubles continuels."
2- "La représentation parlementaire doit refléter la physionomie du pays et comme celui-ci est divisé en plusieurs communautés, il est nécessaire que ces communautés soient représentées, sinon la représentation ne serait plus fidèle."
3- "Le pays est encore imbu de l'esprit confessionnel ; le moment n'est pas encore venu de sacrifier ces préjugés et on ne peut renoncer en un jour à une mentalité qui date depuis plusieurs siècles."
4- "La représentation confessionnelle sauvegarde les droits des minorités et ne laisse pas de place aux récriminations."
5- "La solidarité n'est pas encore parfaite entre les différentes communautés pour faire abstraction de la politique confessionnelle."
6- "Le peuple libanais n'est pas encore habitué à donner la prépondérance à la solidarité patriotique sur la solidarité confessionnelle."
7- "Les communautés au Liban tiennent lieu de partis politiques." »
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- « Il faut rappeler qu'après l'intervention du haut-commissaire auprès de certaines factions qui avaient subi des pressions pour s'opposer à la consultation, l'attitude des chiites libanais s'est assouplie. Les délégués du haut-commissaire ont reçu en janvier 1926 le grand sayyed chiite Abdul Hussein Charafeddine, accompagné de 3 députés de sa communauté, faisant part du vif contentement de ses coreligionnaires du fait de la reconnaissance du rite jaafarite et de l'organisation des tribunaux chiites en ajoutant que le mouvement séparatiste avait vécu et que tous les chiites dans leur région se ralliaient à l'unité territoriale du Grand Liban.
- « Une démarche analogue a été faite par le cadi et le mufti sunnites de Saïda. Ils ont expliqué dans quelles conditions ils avaient été contraints de signer une pétition en vue du rattachement du Liban-Sud à Damas et de refuser de répondre au questionnaire envoyé par la Commission du statut. Ils ont affirmé leur désir formel de ne plus s'associer à des manœuvres séparatistes. »
Muni de toutes ces informations, la Commission du statut élabora la Constitution dont le texte fut voté à l'unanimité par le Conseil représentatif, le 23 mai 1926, et qui a régi le pays jusqu'en 1943, l'année qui a consacré un protocole d'entente entre les communautés chrétiennes et musulmanes.
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Évolution de la démographie au Liban depuis le mandat jusqu'en 1943
Les chiffres contenus dans le tableau n° 4 sont puisés des registres officiels du ministère de l'Intérieur, à partir du recensement de 1932.
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Depuis l'indépendance, le Liban a subi plusieurs secousses importantes, dues pour la plupart du temps à l'implantation d'Israël en 1948. À commencer par la miniguerre civile de 1958 en passant par le Fathland de 1969, les attaques successives et les guerres d'Israël de 1968, 1972, 1978 et 1982 et surtout les événements de 1975 à 1990, qui ont eu comme conséquence directe l'exode massive des chrétiens vers des cieux plus cléments.
On peut ajouter à cela
- Le décret de naturalisation n° 5247 du 20/6/1994, dont a bénéficié, une majorité écrasante de sunnites, portant un coup fatal à l'équilibre entre les communautés, surtout au détriment des maronites
- L'impossibilité aux émigrés chrétiens d'enregistrer leurs mariages et la naissance de leurs enfants auprès des consulats libanais, parce que jusqu'en 1970, les principaux pays d'accueil où ils se trouvent en très grand nombre (USA, Brésil, Amérique latine et centrale) interdisaient la double nationalité.
En conséquence de tout ce qui précède et selon les registres du statut personnel du ministère de l'Intérieur, le pourcentage des Libanais inscrits selon les communautés, à la date de 2009, était le suivant :
chrétiens 34,96 %, musulmans 64,64 %, d'où une dégradation d'environ 30 % par rapport aux chiffres de 1943.
Conclusions
La synthèse qui se dégage de cet exposé peut être résumée par les points suivants :
- Les chrétiens et surtout les maronites qui étaient largement majoritaires ont toujours reconnu aux communautés les moins nombreuses d'être traitées sur un pied d'égalité
- Les chrétiens quoique majoritaires, suivis par les chiites et les sunnites de Saïda, ont accepté en 1926 que toutes les communautés soient représentées au sein du futur Parlement.
- La pétition (citée en totalité ci-haut) des notables en majorité des chrétiens, remise à la Commission du statut, est toujours d'une actualité brûlante.
Afin de prévenir les abus et les dérapages dans la pratique du confessionnalisme politique, il y a lieu d'envisager une série de mesures, dont les principales, à mon avis, sont les suivantes :
- Une loi électorale représentative de toutes les composantes de la nation, permettant à l'électeur de faire son choix en toute connaissance, de la personnalité du candidat et de son programme.
- Rétablir la confiance entre les Libanais, en installant un véritable État de droit pour que l'allégeance du citoyen soit uniquement à l'État et aux institutions.
- Réactivation des organismes de contrôle, implantation de la décentralisation administrative.
et enfin :
- Le « Liban message» ne peut être préservé que par le comportement harmonieux et exemplaire de toutes les communautés, libérant ainsi les chrétiens de toutes les attaques et contraintes malveillantes, lesquelles de temps à autre secouaient leur tranquillité d'esprit, leur permettant de jouer ce rôle capital de pont entre les civilisations, en exposant les bienfaits de la coexistence paisible, unique salut de l'humanité.
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Il est bien évident, que ces conclusions n'engagent que ma personne.
Émile Élias ISSA
Secrétaire général de la Fondation maronite dans le monde


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