Plus avant, il faudrait que la stratégie de défense virtuelle détermine une réponse claire à cette question récurrente : pourquoi le Liban doit-il rester, de fait, un État de confrontation face à Israël, alors que la Ligue l'avait classé comme pays de soutien ? Pourquoi lui impose-t-on de garder son front du Sud ouvert, ou disponible à tout moment pour des opérations contre Israël, alors que le front du Golan reste fermé ? Et comment se fait-il que la Syrie, qui ne cesse de se réclamer de la communauté de sort avec le Liban, ne consente pas à une stratégie de défense coordonnée ? Selon quelle logique refuse-t-elle que la guerre et la paix soient décidées en commun ? Et comment est-elle restée les bras croisés, sans même réagir sur le plan diplomatique, quand Israël a, par deux fois, envahi le Liban puis lui a fait la guerre ?
Mais, observent les responsables du 14 Mars concernant l'armement du Hezbollah, le plat de résistance, c'est le mot, reste surtout le volet intérieur. En effet, les Libanais en admettent l'existence au titre de la lutte contre l'ennemi. Ils ne comprennent pas que l'armement milicien se retourne contre eux, comme cela s'est vu le 7 Mai.
Cependant, reconnaissent ces sources, on peut comprendre, sinon justifier, le Hezb au regard des malencontreuses, des désastreuses traditions locales. De tout temps, il y a eu des tribus, des clans, des groupes armés dans les régions reculées comme le Hermel, le Akkar, Akoura, Zghorta. Ces collectivités du jurd obéissaient à un code bien à elles. Mais leurs débordements, notamment les vendettas, n'étaient pas de nature politique. Et elles ne songeaient pas à rivaliser avec l'État, qui en obtenait la soumission quand il savait se montrer ferme.
Les choses ont tragiquement changé avec l'irruption des fedayins palestiniens qui, chassés de leurs terres puis de Jordanie, ont réussi à se tailler, pour un moment, un État à eux au Liban, sur le territoire libanais. C'est avec leur arrivée que l'armement est devenu politique, et chaque parti, ou chaque communauté, avait sa milice, ainsi que son territoire, sa chasse gardée. Ce qui a causé des guerres étalées sur quinze ans. Un malheur facilité, à l'origine, par le fait patent que des dirigeants libanais, le Premier ministre en tête, s'étaient opposés à une mise au pas des intrus palestiniens par l'armée. En d'autres termes, ces responsables s'étaient retournés contre leur propre État au profit de l'OLP. Ce dont, bien entendu, les milices locales ont profité pour se créer des cantons. Et ce qui a fait le jeu des Syriens qui ont pu, après l'expulsion des fedayins, mettre la main sur le pays politique, en évinçant les défenseurs de la libanité, réduits à la prison ou à l'exil, quand ils n'étaient pas tués.
Les séquences sont différentes aujourd'hui, mais la trame de la pièce reste la même. C'est-à-dire que l'existence d'un armement massif ne cesse de causer de fortes nuisances. La menace qu'il constitue dénature en profondeur la vie politique libanaise. Car elle empêche tout simplement l'État de droit de décider et de s'exprimer. Après le retrait des Syriens, le gouvernement a été blackboulé, la présidence de la République gardée vacante et le Parlement fermé. Puis, la même menace a généré cette paralysie qu'est le cabinet dit d'union, formé au nom de cette hérésie baptisée démocratie consensuelle, au mépris de Taëf, de la Constitution et de la démocratie tout court.

