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Nos lecteurs ont la parole - Trente Ans De L’Alba

Georges Haddad, le défi relevé

Par Amal DIBO
Cela fait exactement 30 ans depuis le 11 décembre 1979 que l'ALBA respire par les poumons de Georges Haddad. Nous sommes le 22 décembre 2009, ces poumons ne bougent plus.
L'an dernier à pareille date nous préparions une rencontre autour de la théologienne orthodoxe Élisabeth Behr Sigel, lorsque Georges Haddad m'a remis le livre dont il était si fier Alexis Boutros, ALBA, le défi culturel, écrit par Denise Ammoun et publié en 2002.
Si j'ai voulu remettre cette page au jour, c'est pour que cette histoire continue...
Dans l'avant-propos, Denise Ammoun écrit ainsi :
« Chaque année, le 15 mars, l'Académie libanaise des beaux-arts célèbre la date anniversaire de sa naissance. À cette occasion, Alexis Boutros, son fondateur et président, aimait à donner une grande réception.
« J'ai fait la connaissance d'Alexis Boutros un 15 mars, vers la fin des années soixante. Quelques semaines plus tard, chargée de l'interviewer pour l'hebdomadaire Magazine, j'ai eu le privilège de visiter à ses côtés les différentes sections de l'ALBA. J'ai constaté le respect, mêlé d'affection, que les étudiants portaient au "Maître". »
« Au cours des années suivantes, il m'a souvent été donné de revoir le fondateur de l'Académie libanaise des beaux-arts. Il s'intéressait à mon travail et me posait des questions sur le journalisme. En 1973, j'ai commencé à réaliser pour Radio-Liban une émission intitulée : « La petite histoire de l'Histoire ». Alexis Boutros me disait à chaque rencontre : « Où avez-vous trouvé ces anecdotes ? C'est passionnant, Il faudrait réunir ces petites histoires dans un livre. »
« Et puis, il y a eu la guerre, son cortège de souffrances et de destructions. Un matin de 1978, lors d'une accalmie, Alexis Boutros m'a fixé un rendez-vous, à l'ALBA. À ma grande surprise, je l'ai entendu dire : « Denise, je souhaite vous confier la rédaction d'un livre. Pourriez-vous écrire l'histoire de l'ALBA ? » J'ai quitté son bureau les bras chargés de documents.
« Je n'ai plus jamais revu Alexis. Il est mort le 11 décembre 1979, terrassé par une crise cardiaque. Je me trouvais au Caire pour des raisons familiales. Quelques mois plus tard, de retour à Beyrouth, je me suis rendue chez Georges Haddad, devenu directeur de l'ALBA. Je rapportais les documents. Un legs qu'il m'importait de remettre entre des mains sûres.
Georges Haddad m'a regardé faire, silencieux, ému. Il a réceptionné les documents, puis me les a rendus en disant : « M. Boutros vous a demandé d'écrire l'histoire de l'ALBA, je vous charge d'écrire l'histoire d'Alexis Boutros. »
« En 1983, le texte était prêt. Mais la tragédie libanaise continuait à défrayer la chronique internationale. La guerre terminée, il fallait attendre un moment propice. 2002, baptisée "Année Alexis Boutros", allait permettre la publication de ce livre. »
Combien faudra-t-il attendre le moment propice pour que soit écrite l'histoire de Georges Haddad, faite des petites grandes histoires de son dévouement dans le quotidien et de son génie tout au long de trente ans de notre patrimoine ?
Combien faudra-t-il attendre pour que nous comprenions que notre histoire est celle qui a été écrite par les Georges Haddad (...), les Alexis Boutros
 (ALBA, 2002), les Janine Rubeiz (dar an-Nahar, 2003), les Michel Asmar (dar an-Nahar, 1997)... pour ne nommer que ceux-là ?    
Combien de temps faudra-t-il attendre pour que nos textes éducatifs couvrent ce demi-siècle, fondateur de notre pays et qui vient de se terminer encore une fois avec Georges Haddad ?
Ne peut-on pas espérer que notre chaîne de télévision nationale, gardienne de notre mémoire, veuille témoigner de ces faiseurs de notre vraie histoire, celle qui est incontestée de tous et qui fait notre fierté ?
Ne peut-on pas espérer, qu'en contrepartie d'un Liban de gratte-ciel en béton moderne, qu'il soit offert à nos jeunes de se rendre compte de nos gratte-ciel hommes et femmes qui font encore notre richesse authentique, celle de la créativité et la liberté ?
Voilà ce que Georges Haddad nous lègue, en se libérant de nous et de nos petites histoires. « Afin de ne pas oublier »... oui, mais ce n'est pas la guerre qu'il ne nous faut pas oublier, pour ne pas recommencer, car elle reprendra dès que les mêmes circonstances s'y prêteront ; ce qu'il est bien plus important « de ne pas oublier » et qu'il faudra sans cesse recommencer, ce sont ces efforts fondateurs, créateurs et ce génie dévoué que vient de déposer Georges Haddad dans nos mains.
Cela fait exactement 30 ans depuis le 11 décembre 1979 que l'ALBA respire par les poumons de Georges Haddad. Nous sommes le 22 décembre 2009, ces poumons ne bougent plus.L'an dernier à pareille date nous préparions une rencontre autour de la théologienne orthodoxe Élisabeth Behr Sigel, lorsque Georges Haddad m'a remis le livre dont il était si fier Alexis Boutros, ALBA, le défi culturel, écrit par Denise Ammoun et publié en 2002.Si j'ai voulu remettre cette page au jour, c'est pour que cette histoire continue...Dans l'avant-propos, Denise Ammoun écrit ainsi :« Chaque année, le 15 mars, l'Académie libanaise des beaux-arts célèbre la date anniversaire de sa naissance. À cette occasion, Alexis Boutros, son fondateur et...
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