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Nos lecteurs ont la parole

De Canossa à Damas et Téhéran, la double vassalité

Par Paul Ph. EDDÉ
Après le requiem pour la révolution du Cèdre, notre descente aux enfers s'accélère. Notre jeune et pathétique Premier ministre s'est trouvé contraint de faire son premier chemin de Damas pour un régressif « pas de deux » avec le président syrien, remis sur son piédestal par un Occident inquiet sur une problématique évolution régionale. N'aurait-il pas été plus opportun pour M. Hariri, touché dans sa chair - et plus honorable pour le peuple meurtri du Liban - de se rendre en Syrie avec des membres de son nouveau gouvernement d'« union nationale » pour des conversations d'État à État, que sépare un lourd et bien tragique contentieux (les détenus et disparus libanais en Syrie, l'indispensable tracé des frontières passoires entre les deux pays, la dangereuse négation des résolutions 1559 et 1701 des Nations unies, les camps palestiniens d'obédience syrienne, le Haut Comité - à sens unique - syro-libanais, la libanité des fermettes de Chebaa...) ?
Pour ne pas demeurer en reste et s'autoriser à poursuivre leurs « générosités » aux milices locales, les dignitaires de la République islamique d'Iran sont accourus au Liban conforter et passer en revue les troupes de leurs affidés du Hezbollah et inviter à une visite officielle (nouveau chemin de Téhéran) le chef de notre gouvernement, consolidant de la sorte la légitimité des armes du Hezbollah au sein du récent gouvernement libanais qu'une plus solide complémentarité lierait avec ces lointains Persans devenus tellement proches, jusqu'à nous prendre affectueusement en otages.
Y aurait-il aussi un autre chemin de croix à effectuer chez notre ennemi israélien, après que nos renoncements et nos maladresses politiques eurent laissé la porte ouverte aux insistances menaces de notre voisin du Sud, prédateur en embuscade pour ravager de nouveau notre pays ?
Quant au léthargique tribunal international, pris plus que jamais entre le marteau de la justice et l'enclume d'une scélérate « real politik », il semblerait que des équivoques et des impuissances se proliférent à l'horizon. Dans une hypothèse bien optimiste, les auteurs des révoltants assassinats de nos intransigeants loyalistes seront de vilains « suicidés » ou des « bannis du pouvoir ». Les sépultures de nos martyrs seraient ainsi scellées sur le non-dit et l'injustice. Pourquoi a-t-on évité d'écouter la voix du juste, celle de notre éminent patriarche maronite prêchant sans cesse la vérité, la cohésion nationale, le respect de l'autre et l'exclusivité du pouvoir à l'État ?
Nous voilà ainsi otages impuissants d'une inextricable toile d'araignée sur une aire de jeux mortels pour équipes étrangères, hypothéquant l'avenir de nos jeunes générations. À qui la faute ? Bien à nous, à notre aveuglement, notre surdité, nos compromissions, nos résignations, nos comportements suicidaires. On insiste pour que les pages du passé soient tournées. Non ! Les pages d'hier comme de demain ne doivent pas être fermées. Elles font partie de nos souvenirs, de nos ineffaçables cauchemars, de notre histoire au cours de laquelle une partie de notre élite politique et culturelle a été lâchement et froidement effacée. Ce ne sont pas là des cibles anonymes, des bavures du hasard. C'est notre culture, notre mémoire, nos gènes qu'on tente de noyer dans un irréversible « alzheimer ».
Nos versatiles politiciens nous ont certes trahis, mais nous avons nous aussi nos transgressions et nos culpabilités qui nous taraudent. Notre marginalisation, notre naufrage collectif nous rappellent - étrange coïncidence - ce mot de Brecht : « Le peuple ayant mal voté, le gouvernement a décidé de dissoudre le peuple. »
Après le requiem pour la révolution du Cèdre, notre descente aux enfers s'accélère. Notre jeune et pathétique Premier ministre s'est trouvé contraint de faire son premier chemin de Damas pour un régressif « pas de deux » avec le président syrien, remis sur son piédestal par un Occident inquiet sur une problématique évolution régionale. N'aurait-il pas été plus opportun pour M. Hariri, touché dans sa chair - et plus honorable pour le peuple meurtri du Liban - de se rendre en Syrie avec des membres de son nouveau gouvernement d'« union nationale » pour des conversations d'État à État, que sépare un lourd et bien tragique contentieux (les détenus et...
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