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Liban - En Toute Liberté

En temps voulu

Tourner la page, oui, mais de quel livre ? Saad Hariri s'est rendu à Damas : la raison d'État a prévalu, mais la raison tout court continue de réclamer vérité et justice. On a fait l'impasse sur nos crimes de guerre. Va-t-on le faire pour nos crimes du temps de paix ? Ce n'est pas si simple. La mémoire est là pour nous les rappeler. La mémoire et la raison.
Saad Hariri a tourné la page, mais les amis de Samir Kassir vont-ils la tourner ? La logique même des assassinats, leur fil conducteur, constitue une trame qui raconte une histoire qui conduit quelque part. Va-t-on l'oublier ? Si certains crimes semblent avoir été de pures vengeances, d'autres sont des panneaux de signalisation, ils indiquent une direction. En tuant Wissam Eid, on a voulu effacer certaines traces du crime. En cherchant à tuer Marwan Hamadé, on a voulu intimider Walid Joumblatt et Rafic Hariri. En tuant Georges Haoui, en tuant Gebran Tuéni, en tuant Antoine Ghanem, en tuant Pierre Gemayel, en tuant Walid Eido, une parole a été dite. Si ces pages sont tournées, elles continuent pourtant à « parler ».
Du reste, certaines pages de la guerre n'ont toujours pas été tournées, comme celle, on l'a vu récemment, de l'assassinat de Rachid Karamé. Sinon, que fait encore Samir Geagea dans sa quarantaine ? D'autres pages aussi ne sont pas tournées. Comme le crime parfait, le crime politique parfait existe. Certaines morts resteront des énigmes - qu'on nous livre le nom de l'assassin de John F. Kennedy. L'assassinat de Rafic Hariri va-t-il entrer lui aussi dans la série des grandes énigmes de l'histoire ? Peut-être. Mais l'énigme est un défi, elle est là pour pousser la raison et la mémoire à aller plus loin.
On a confié au tribunal international la tâche de dire le droit. Mais qui nous dit que la « raison d'État » ne finira par prévaloir, là aussi ? Les relations internationales sont le champ idéal pour cette « real politik » qui ressemble tant au cynisme. Reste le peuple, restent ses élites. Nous sommes les gardiens de la mémoire et de la vérité. Du moins tant que nous sommes en démocratie, tant qu'il existe des intelligences vives, tant qu'elles n'ont pas été engourdies par une vérité officielle, comme cela se fait.
Oublier ? On ne nous fera pas cette insulte. Pardonner, oui, nous pardonnerons, « en temps voulu ». La page est tournée, mais pas déchirée. Elle est marquée d'un pli et d'une croix. On peut y revenir.

Tourner la page, oui, mais de quel livre ? Saad Hariri s'est rendu à Damas : la raison d'État a prévalu, mais la raison tout court continue de réclamer vérité et justice. On a fait l'impasse sur nos crimes de guerre. Va-t-on le faire pour nos crimes du temps de paix ? Ce n'est pas si simple. La mémoire est là pour nous les rappeler. La mémoire et la raison. Saad Hariri a tourné la page, mais les amis de Samir Kassir vont-ils la tourner ? La logique même des assassinats, leur fil conducteur, constitue une trame qui raconte une histoire qui conduit quelque part. Va-t-on l'oublier ? Si certains crimes semblent avoir été de pures vengeances, d'autres sont des panneaux de signalisation, ils indiquent une direction. En tuant...
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