Ces contradictions ont pesé lourdement sur le fonctionnement des institutions. Mais si ce problème a commencé à revêtir un aspect menaçant le bon fonctionnement des institutions constitutionnelles à partir de 2006, les prémices de ce dysfonctionnement avaient commencé bien avant, précisément à partir de la moitié des années 90, au moment où l'autorité de l'époque, sous prétexte de vouloir faire représenter toutes les parties au gouvernement, entendait contrôler la prise de décision à tous les niveaux. Comme conséquence, une opposition de fait s'était installée au sein du Conseil des ministres, ne favorisant aucunement la solidarité ministérielle.
Les tenants de cette autorité entendaient établir un soi-disant équilibre entre le président de la République et le chef du gouvernement, tout en sachant que l'équilibre au Liban doit être compris comme un équilibre entre les groupes communautaires et non pas entre les personnes. La démocratie libanaise elle-même est la démocratie de l'équilibre.
Cette situation a empiré à partir de l'an 2000, accompagnée par l'effacement progressif de la politique étrangère libanaise, ce qui a constitué un élément alarmant qui n'a pas tardé à secouer les chancelleries occidentales, d'où l'alerte de 2004 avec la résolution 1559.
Ainsi, durant les longues années de la présence militaire syrienne au Liban, les rapports entre le Liban et l'Organisation internationale ont changé de nature, bien que le pouvoir exécutif ait maintenu une cohésion positive à l'égard des résolutions onusiennes. Face aux invasions et aux attaques israéliennes, le Conseil de sécurité a réagi maintes fois pour venir en aide au Liban et rendre justice à ce petit pays qui a été l'un des membres fondateurs de l'Organisation internationale. Aucune des dizaines de résolutions internationales relatives au Liban ne blâmait notre pays, qui avait et a toujours tout intérêt à jouir de la solidarité et du soutien internationaux.
Les résolutions 425 de 1978, 508 et 509 de 1983, toutes relatives au retrait israélien, recevaient ainsi l'unanimité intérieure et arabe puisqu'il s'agissait de condamner Israël. Mais lorsqu'il s'agissait de blâmer la Syrie ou de demander son retrait, il en était autrement. Les résolutions relatives à la Syrie ou à son retrait passaient souvent sous silence, comme la résolution 520 de 1982 ou, avant elle, la résolution 436 du 6 octobre 1978.
Considérant la longueur exceptionnelle de la guerre au Liban, qui a vu, entre autres, l'effondrement du système bipolaire international et le changement de nature des relations américano-soviétiques qui ont pesé longuement sur les différentes phases de la guerre au Liban et des résolutions internationales par conséquent, il est révélateur de noter que la conférence de Taëf de 1989, qui augurait de la fin de la guerre, coïncida avec la date de l'effondrement du mur de Berlin. Il est par conséquent superflu actuellement de nous étendre sur les différentes résolutions qui cherchaient à régler la crise du Liban, tantôt par une forme d'internationalisation du conflit, tantôt par une autre, en essayant de trouver une sorte de neutralité avec les retraits symétriques des deux armées israélienne et syrienne. Tout cela date d'une autre période dont on peut retenir que le Conseil de sécurité cherchait, à travers l'équilibre des forces tant internationales que régionales, à sauvegarder l'intégrité, l'indépendance et la souveraineté du Liban.
Il n'est pas excessif de dire à l'heure actuelle de la situation politique au Liban, qu'il est désormais difficile de trouver un consensus gouvernemental relatif à la politique qu'il faut adopter avec le Conseil de sécurité, et ce pour les raisons suivantes :
1.- Une ère nouvelle s'est ouverte au printemps 2005 avec les mesures internationales prises après l'assassinat du président martyr Rafic Hariri. Le tribunal international spécial pour le Liban, habilité à en juger, est un sujet de discorde intérieure. D'ailleurs, l'instauration même, en 2007, de ce tribunal n'a pas suivi les règles juridiques normales vu le refus du président de la République d'alors et du président du Parlement, pour des raisons politiques évidentes, d'approuver les décisions du Conseil des ministres (après la démission des ministres chiites) et de permettre au processus constitutionnel normal de suivre son cours. Un autre processus avait pris son chemin, par un mémorandum adressé au secrétaire général des Nations unies, signé par les députés représentant la majorité parlementaire absolue, demandant à M. Ban Ki-moon « de prendre toutes les dispositions alternatives prévues par la charte des Nations unies », afin d'instaurer le tribunal international approuvé par le Conseil de sécurité.
Cette divergence intérieure concernant la politique suivie à l'égard du Conseil de sécurité accompagna toute la période postérieure et tout le travail du gouvernement sortant. Le Conseil de sécurité était associé, pour certaines parties politiques, aux États-Unis d'Amérique. Et tant que l'inimitié à l'égard de Washington demeure une constante pour ces parties, les décisions de ce Conseil resteront soumises à cette perspective.
Dans ce domaine, il est révélateur de noter que dans sa déclaration officielle du 10 novembre dernier, prise au lendemain de la formation du gouvernement, Washington formule l'espoir de voir ce dernier s'engager dans la mise en application totale des résolutions 1559, 1680 et 1701.
2.- L'élaboration de la déclaration ministérielle s'est attardée longuement sur la clause relative aux armes du Hezbollah, point de divergence radical sur le plan intérieur. Ainsi, les résolutions internationales attenantes à la souveraineté de l'État et à la dissolution des forces armées non gouvernementales ne peuvent être, dans l'état actuel des choses, sujet d'unanimité, tant que cette question cruciale n'a pas trouvé de solution dans le cadre du dialogue national.

