Je vous en prie, n'allez pas en Syrie.
Au nom de tous les martyrs, n'y allez pas.
Au nom du million et demi de personnes qui ont manifesté après l'assassinat de votre père, au nom de tous ceux qui vous ont accordé leur confiance lors des dernières législatives, n'allez pas.
Au nom des centaines de Libanais disparus en Syrie, n'allez pas.
Au nom de tous ceux qui ont subi l'occupation, ont été maltraités et atteints dans leur dignité, n'allez pas.
Au nom de toutes ces villes et villages bombardés et détruits par les Syriens durant la guerre, au nom de Bhamdoun et de Aley, de Tripoli, de Zahlé, de Beyrouth, de Yarzé et du palais présidentiel, n'allez pas.
Au nom de trente années d'occupation et d'humiliation, n'allez pas.
Je ne vous écris pas pour attiser les haines, mais parce que la Syrie ne daigne pas encore reconnaître ses crimes au Liban.
Parce qu'elle ne cesse de nous provoquer, et dernièrement en nous envoyant une liste d'interpellés par « sa » justice.
Parce que jusqu'à présent, aucun mea culpa n'a été fait, aucune excuse ne nous a été adressée, aucune indemnité ne nous a été versée pour tout ce que nous avons enduré.
Qu'est-ce qui a changé ? Et quelles sont les raisons qui justifieraient une visite en Syrie ? Est-ce parce que les relations syro-saoudiennes se sont améliorées ? Là, permettez-moi de vous dire que nous, le peuple libanais, n'avons en aucun cas manifesté contre la Syrie parce que ses relations avec l'Arabie saoudite étaient mauvaises, pour que nous tolérions un rapprochement avec elle quand ses relations avec cette dernière se sont améliorées.
Nous, Monsieur le Premier ministre, nous étions antisyriens pour des raisons purement libanaises, nous le sommes encore et nous le serons toujours, tant que ces raisons existeront.
Car la réconciliation exige que s'arrêtent d'abord les provocations, que soient réglés les sujets en suspens (démarcation des frontières, armes palestiniennes, sort des disparus...), qu'une reconnaissance des faits ait lieu, que des excuses de la part de l'agresseur nous soient adressées, et que des indemnités nous soient payées. Un chèque d'un dollar américain, que nous mettrions au Musée national, nous suffirait.
Non, Monsieur le Premier ministre, tant que tout cela n'aura pas été réglé, nous ne voudrons pas de relations excellentes, même pas de relations normales avec la Syrie.
Au nom de la dignité du Liban, ou de ce qui en reste, n'allez pas en Syrie.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine