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Liban - En Dents De Scie

98, 387097 %

Cinquantième semaine de 2009.
Le christmas spirit, cette année, est tellurique. Du jamais-vu. Tout le monde désormais, ou presque, aime tout le monde ; tout le monde ou presque veut collaborer avec tout le monde ; tout le monde ou presque veut regarder dans la même direction que tout le monde et construire, malgré les divergences fondamentales de l'un comme de l'autre camp, le somptueux Liban de demain. Le landernau politique libanais ressemble en ce mois de décembre à un club échangiste grandeur nature, un Woodstock-sur-Méditerranée où tout n'est que peace and love ; une immense partouze politico-platonique. Avec, tout de même, cette gigantesque et putride cerise sur cet écœurant cake à la guimauve ; ce chiffre : 98, 387097 %.
98,387097 % des députés ont accordé leur confiance au premier gouvernement de Saad Hariri. C'est piteux.
Non que soit demandée, bien au contraire, la primauté des tensions, des querelles intestines, d'un clivage hystérique et violent entre 14 et 8 Mars sous le regard toujours placide et souvent vitreux des centristes et autres néocentristes. Non que soit souhaité, bien au contraire, le retour en force des lignes de démarcation, géographiques soient-elles ou psychologiques, ou l'aboutissement de cette cassure nationale contre laquelle mettait en garde, quelques minutes à peine après son investiture dans l'hémicycle, un Saad Hariri qui, s'il y pense à deux fois, se serait bien passé de ce ridicule, encombrant et très ambigu plébiscite.
Non, bien sûr que non. Un Liban fort et stable est appelé des vœux de tous. Mais 98,387097 % ! Quel chiffre ! Ce chiffre est nauséabond. Et tellement insultant. L'irréfutable preuve, au-delà des signes extérieurs somme toute plutôt attendrissants, sympas même, presque toujours inoffensifs de l'appartenance du Liban au conglomérat planétaire des bananeraies et autres républiques-papayes que le politiquement correct appelle en voie de développement et que le bon sens place immédiatement dans la case quart-monde, au-delà de ces vicissitudes de forme, nous voilà désormais, et à l'immense satisfaction exhibée de l'hémicycle même d'un Hezbollah que plus aucun ridicule n'effraie, dans le cœur du sujet, nous voilà désormais touchant dans le fond, pataugeant, confondant les crachats avec des gouttes de pluie, dans une boue infinie, nous voilà dans le 98,387097 %.
Un nombre à six décimales qui vient de catapulter le Liban dans un Moyen Âge politique et signer avec une inélégance folle l'arrêt de mort de la démocratie dans la soi-disant seule démocratie du Proche-Orient. Aussi bizarrement consensuelle soit-elle, aussi bancale à l'ombre noire de l'arsenal milicien du Hezb et tout ce que cela entraîne soit-elle, la démocratie made in Lebanon avait toujours réussi à préserver les apparences, et parfois plus encore. Elle était belle, la démocratie libanaise ; belle dans sa pugnacité, dans sa ténacité, dans sa détermination et sa fougue antimilicienne, antifasciste, antiobscurantiste ; belle dans sa quête-martyre de la liberté, de l'indépendance, de la souveraineté ; belle dans sa défense aveugle de l'État et de son immunité.
Le requiem joué place de l'Étoile pendant trois jours, indépendamment du clivage naturel, et heureusement sain, autour de la clause 6 de cette déclaration ministérielle moins paillasson que d'habitude mais paillasson tout de même, c'est-à-dire autour des armes d'un Hezbollah de plus en plus méprisant, de plus en plus prétentieux, ce requiem donc était tellement obscène qu'il en est devenu drôle.
98,387097 % : tout le monde s'aime. Une idylle passionnelle ravage désormais les cœurs de Saad Hariri et de Michel Aoun ; le second a rappelé au premier qu'en cas d'envie et/ou de besoin, que s'il se décidait à abandonner les FL et Samir Geagea, à eux deux, Changement et réforme et Loubnan Awwalan, ils ont 64 députés dans l'hémicycle : il ne manque que le contrat notarié de mariage. Et que la dot soit fixée. Quant à Nabih Berry et Walid Joumblatt, ils sont désormais un binôme quasi inséparable. Le CPL et le PSP travaillent ensemble. Nawwaf Moussawi et Samy Gemayel se parlent de bouche à oreille et à cœur rabattu. Bachar el-Assad et Michel Aoun fêtent effectivement et très solennellement leurs noces de coton en plein palais des Mouhajirine, un toast comme un double pied-de-nez à un Michel Sleiman décidément de moins en moins persona grata auprès du régime syrien et de ses très zélés lieutenants libanais, politicards has been ou journalistes en grande verve soient-ils.
Un Michel Sleiman qui sera reçu en grande pompe par un Barack Obama pour lequel Bachar el-Assad n'en peut plus d'avoir les yeux, le cœur et les papillons dans le ventre de Tristan pour Isolde ou de Valéry Giscard d'Estaing pour une certaine Lady Di. Un Michel Sleiman que le 8 Mars entend transformer en marionnette télécommandée au service d'un seul projet, d'un seul agenda et d'un seul sacerdoce : celui de la résistance, celui du mini-État du Hezbollah au lieu de celui d'un État glorieux et bodybuildé. Un Michel Sleiman qui détient à lui seul les clés d'une éventuelle, hypothétique et rachitique résurrection de ce concept finalement très ectoplasmique de démocratie libanaise : la convocation immédiate d'une table de dialogue relookée, avec exigences de transparence et de résultats. Un Michel Sleiman qui quitte Beyrouth pour Washington avec sans doute encore en tête les mots assénés du perron de Baabda par le seul homme à qui il est demandé de ne pas faire de la politique, le seul, pourtant, qui réussit : Nasrallah Sfeir.
À l'heure du tout-à-l'amour, à l'heure de cette unité nationale abortive aseptisée et stérilisante, à l'heure de cette hypocrisie purulente et aussi laïc, athée ou anticlérical que l'on puisse être, entendre et réentendre le patriarche maronite rappeler des évidences aussi basiques qu'une majorité gouverne, qu'une minorité s'oppose et qu'il est impossible que deux armées cohabitent dans le même pays a quelque chose de définitivement salvateur. Et réjouissant. Et, quelque part, rassurant.
C'est inouï. Autant que ce 98,387097 %.
Cinquantième semaine de 2009.Le christmas spirit, cette année, est tellurique. Du jamais-vu. Tout le monde désormais, ou presque, aime tout le monde ; tout le monde ou presque veut collaborer avec tout le monde ; tout le monde ou presque veut regarder dans la même direction que tout le monde et construire, malgré les divergences fondamentales de l'un comme de l'autre camp, le somptueux Liban de demain. Le landernau politique libanais ressemble en ce mois de décembre à un club échangiste grandeur nature, un Woodstock-sur-Méditerranée où tout n'est que peace and love ; une immense partouze politico-platonique. Avec, tout de même, cette gigantesque et putride cerise sur cet écœurant cake à la guimauve ; ce chiffre :...
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