Différentes raisons au décrochage
C'est dans l'objectif de présenter les caractéristiques des élèves à risque, exposés à l'abandon scolaire, et de réfléchir à des solutions, que le Mouvement social a organisé un forum au campus des sciences humaines de l'Université Saint-Joseph. Ayant pour thème « Éducation : réalités et perspectives des pratiques pédagogiques », le forum s'est déroulé en présence et avec la participation de représentants du ministère de l'Éducation et du CRDP. Il a également mis en exergue le travail de deux partenaires du Mouvement social, l'AUB et l'USJ, deux universités qui ont effectué des recherches, l'une sur l'orientation scolaire, l'autre sur les clubs préprofessionnels de l'association. Le forum a été marqué par la présence de nombreux acteurs du monde de l'éducation et de représentants des municipalités de diverses régions du pays, soucieux de s'impliquer dans le processus de lutte contre le décrochage scolaire.
« Le taux de réussite scolaire des élèves ayant bénéficié de soutien scolaire est de 65 % », a relevé Farès Choufani, responsable du programme de soutien scolaire auprès du Mouvement social. « La réussite du programme est incontestable. Certains élèves sont même devenus premiers de classe », affirme M. Choufani. Il explique ainsi, à partir des conclusions du programme, que le décrochage scolaire peut découler de diverses raisons relatives à l'école, à la relation de l'enfant avec l'enseignant, à l'environnement familial de l'enfant, à l'enfant lui-même et à son histoire personnelle. Lorsqu'il n'est pas dû à la grande pauvreté et à la nécessité pour l'enfant de travailler, le décrochage scolaire est souvent la conséquence de la non-acquisition par l'enfant des compétences fixées par le programme scolaire.
Beaucoup d'analphabètes en huitième
Quelle est donc, de manière générale, l'histoire personnelle d'un enfant en danger de décrochage scolaire ? Ses parents sont peu instruits, leur niveau d'instruction ne dépassant pas le stade de l'école primaire. Ils sont donc incapables de l'assister dans ses leçons et devoirs et de suivre son travail scolaire. Sa mère ne travaille pas. Le salaire perçu par son père est bas. Sa famille est nombreuse, composée de douze personnes ou plus. Elle vit à l'étroit dans un logement d'une ou deux pièces et les repas n'y sont jamais organisés à heures fixes. La famille ne réalise pas l'importance de l'instruction, mais elle veut, par-dessus tout, la réussite de son enfant. Quant à l'enfant lui-même, il a souvent deux ans de plus que l'âge normal de sa classe, présente des difficultés de compréhension et de la difficulté à faire ses devoirs, d'autant que personne ne l'aide à ce niveau. Il est aussi faible en langues et accuse des lacunes dans les matières scientifiques. Il n'a d'ailleurs pas fait de classe maternelle. Sa relation n'est généralement pas bonne avec ses enseignants et il a déjà changé d'école à plusieurs reprises. Il est également stressé avant un examen.
Farès Choufani constate qu'en classe de huitième, beaucoup d'élèves sont encore analphabètes et développent une mauvaise relation avec l'école. Il précise que le programme de soutien conduit par le Mouvement social s'est traduit par des sessions quotidiennes de deux heures dispensées aux élèves. Ces sessions, organisées en fonction des besoins des élèves, ont privilégié les approches pédagogique et psychologique, ainsi que l'intégration de l'enfant à l'école, par le biais d'activités extrascolaires, par le renforcement de sa confiance en lui-même, par un travail au niveau disciplinaire et par une sensibilisation à la citoyenneté.
« Le problème, poursuit le porte-parole du Mouvement social, est aussi lié à la mauvaise qualité de l'enseignement public et aux programmes scolaires qui présentent de nombreuses difficultés. » M. Choufani met également en cause « la violence de certains enseignants » ainsi que « le passage de classe quasi systématique dans le primaire ».
L'expérience menée par le Mouvement social devrait profiter à l'ensemble des élèves présentant des difficultés scolaires, d'autant que le décrochage scolaire figure dans la déclaration ministérielle. Le gouvernement lui accordera-t-il l'attention nécessaire ?

