Aparté totalement inédit, hier, entre Nawwaf Moussawi et Samy Gemayel. Photos Hassan Ibrahim
Le nombre surélevé d'orateurs annoncés n'a pas empêché quelques députés zélés de prolonger leur présence à la tribune. Et c'est donc avec soulagement qu'on apprenait en soirée qu'un accord est intervenu entre un certain nombre de chefs de file pour réduire de manière équivalente le nombre des intervenants de leurs blocs respectifs. Cela laisse espérer que ce débat sans suspense et qui tient du dialogue de sourds sur une investiture déjà accordée dans les faits, arriverait à sa clôture aujourd'hui jeudi.
Premier à prendre la parole, Ibrahim Kanaan a d'emblée relevé que la confiance « a été accordée de manière anticipée au gouvernement, à travers un compromis politique qui n'a rien à voir avec la majeure partie du contenu de la déclaration ministérielle ». Il a ensuite critiqué les propos relatifs à des « pratiques anticonstitutionnelles et à des atteintes à la Loi fondamentale », avant de se lancer dans une énumération exhaustive, depuis la conclusion de Taëf jusqu'aujourd'hui, des atteintes à la Constitution et du dysfonctionnement étatique, dont il a fait assumer la responsabilité aux gouvernements passés. Son collègue au sein du Bloc du changement et de la réforme, Hikmat Dib, a également critiqué les députés qui s'étaient élevés contre les causes du retard dans la formation du cabinet.
M. Kanaan s'est aussi arrêté sur la politique économique et sociale du gouvernement et a réclamé de nombreuses précisions à ce sujet.
Élie Keyrouz, Nadim Gemayel et Samer Saadé sont tous trois revenus à la charge au sujet des armes du Hezbollah et du débat qu'elles suscitent au niveau national, estimant que ce dossier doit être géré « par des règles constitutionnelles et non pas chériées » et plaidant en faveur de l'autorité exclusive de l'État dans tous les domaines engageant le sort du pays.
Leurs interventions ont entraîné une réplique acerbe du député Ali Ammar qui a défendu la mission de la Résistance.
Antoine Zahra a aussi appelé au règlement des dossiers en suspens entre le Liban et la Syrie, en vue de relations optimales entre les deux pays, avant de critiquer la conception que donne l'opposition au principe de la participation au pouvoir. Répondant à la proposition du président de la Chambre, Nabih Berry, de former la commission chargée d'abolir le confessionnalisme politique, il a estimé que la priorité doit être accordée aux dispositions de l'accord de Taëf en rapport avec les questions de sécurité.
Pour Nadim Gemayel, « les tiraillements qui ont débouché sur la formation d'un gouvernement ne peuvent pas être situés dans un cadre consensuel mais s'inscrivent dans le prolongement des incidents du 7 Mai ». Il a mis en garde contre les surenchères entre les Libanais et critiqué le fait que le terme « amicale » ait été rayé du texte de la déclaration ministérielle, comme terme qualifiant les relations libano-syriennes, au profit des termes « fraternelles et historiques ». M. Gemayel a déploré l'attitude de Damas à l'égard du Liban, rappelant les dossiers qui restent en suspens entre les deux pays.
Se disant persuadé que le gouvernement obtiendra une forte majorité en sa faveur durant le vote de confiance, Farid el-Khazen a jugé que c'est la confiance de la population qu'il doit gagner. Il a relevé l'absence de toute mention de l'abolition du confessionnalisme politique dans le texte de la déclaration ministérielle au moment où cette question se trouve au cœur du débat politique, considérant comme impératif, avant de former la commission ad hoc, de prendre des mesures pratiques qui permettraient d'atteindre ce but.
Mohammad Hajjar a appelé l'État à déterminer un calendrier-programme pour l'action de la conférence de dialogue afin de parvenir à une entente au sujet de la stratégie de défense « qui ne concerne pas une partie déterminée, mais tout l'État ». Le député Tony Abou Khater a également exprimé l'espoir d'une entente au sujet de la stratégie de défense.
Après le député Khaled Zahraman qui a relevé une série de questions de développement, concernant pour la plupart le Akkar, Nohad Machnouk a proposé « qu'une résistance soit façonnée dans le cadre de l'État pour en faire un État fort qui s'engage au niveau politique à faire face » à Israël. Il s'est interrogé sur le point de savoir s'il est possible que les relations libano-syriennes passent directement d'un état conflictuel à un état fraternel, avant de plaider en faveur d'une amélioration progressive de ces rapports.
La séance vespérale
Après la pause déjeuner-sieste, les députés ont rejoint l'hémicycle - en nombre encore plus réduit que le matin - et le rituel des interventions a repris.
Mais avant cette reprise, le député Antoine Zahra (FL) a demandé la parole pour faire une mise au point à la suite de propos tenus par son collègue du Hezbollah Nawwaf Moussawi à propos du chef des FL, Samir Geagea.
M. Moussawi avait affirmé que M. Geagea faisait partie du gouvernement Karamé qui, au début des années 90, avait légitimé l'action de la Résistance en la soustrayant au désarmement des milices.
M. Zahra a répliqué que le chef des FL, bien qu'ayant été nommé ministre au sein de ce gouvernement, avait refusé d'y siéger. Le président de la Chambre, Nabih Berry, a confirmé en partie cette version, ce qui a mis fin à l'incident.
Par la suite, on a pu voir M. Zahra converser sur un ton amical avec M. Moussawi ainsi qu'avec un autre député du Hezbollah, Ali Ammar.
Premier à la tribune, Ali Bazzi, du camp du président de la Chambre, s'est adressé à ceux qui estiment que le cabinet d'union nationale est une atteinte à l'exercice de la démocratie. Non, a dit M. Bazzi, « cela ne l'est pas et c'est au contraire une valeur ajoutée ».
Par ailleurs, et comme on pouvait s'y attendre, M. Bazzi a défendu bec et ongles l'initiative de M. Berry d'appeler à la formation de la commission nationale pour l'abolition du confessionnalisme et s'est dit « surpris » par la contre-offensive menée contre lui à ce sujet. Et comme on pouvait s'y attendre aussi, il a pris la défense des armes du Hezbollah.
De l'autre côté de la barrière, Khaled Daher, représentant les islamistes du Akkar et allié du courant haririen, a tenu à peu près le raisonnement suivant : la déclaration ministérielle comporte un certain nombre de contradictions entre la reconnaissance de la « Résistance » en tant qu'entité indépendante et l'engagement à mettre en œuvre la résolution 1701 du Conseil de sécurité, ainsi d'ailleurs que les autres résolutions onusiennes. Donc y compris la 1559 qui prévoit le désarmement du Hezbollah. Pour M. Daher, ces contradictions mènent dans les faits au résultat suivant : « On abandonne la résistance, mais on maintient les armes. »
Un autre député du Akkar, Hadi Hobeiche, a développé quant à lui une argumentation juridique selon laquelle la déclaration ministérielle n'est qu'une déclaration d'intention n'ayant pas par elle-même force de loi. Ce n'est que lorsque les points contenus dans ce texte font l'objet d'actes gouvernementaux ou législatifs (décrets, lois, etc.) qu'ils prennent alors force de loi.
Cette argumentation de M. Hobeiche était destinée à démontrer que l'article six de la déclaration, relatif au statut paramilitaire du Hezbollah, ne revêt en l'état aucune valeur juridique et qu'il est par conséquent possible de l'ignorer.
À ce stade, M. Berry est intervenu pour faire remarquer à M. Hobeiche qu'une déclaration ministérielle comporte des points susceptibles de faire l'objet de légifération, mais aussi d'autres points d'ordre purement politique.
Youssef Khalil, député CPL du Kesrouan, a préféré, lui, axer son intervention sur la lutte contre la corruption, jugeant par ailleurs la déclaration ministérielle un peu « trop ambitieuse » dans certaines de ses promesses.
Ghazi Zeaiter, du bloc berryiste, a félicité le Premier ministre pour « son engagement à conduire le gouvernement vers le succès ». Mais il a estimé que certains membres du cabinet et, qui plus est, alliés de M. Hariri « commencent à mettre des bâtons dans les roues de ce gouvernement en recourant à l'hérésie des réserves » sur l'article 6.
Autre défenseur des intérêts de la « Résistance », le député Fadi Aawar a affirmé voir dans l'article 6 « toute la fierté et la dignité des Libanais ».
Enfin, Ali Fayad, du Hezbollah, a assuré que « la majorité du peuple libanais est en faveur de la Résistance » et que « seulement une minorité politique a des réserves à cet égard ».
Ont également pris la parole les députés Ziad Assouad, Sebouh Kalbakian, Qassem Abdel Aziz, Qassem Hachem, Amine Wehbé, Imad el-Hout et Nagi Gharios.

