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Liban - En Dents De Scie

Extravaganza

Quarante-neuvième semaine de 2009.
Au-delà de son côté cheveu dans la soupe ou chien dans un jeu de quilles, au-delà aussi de son caractère un peu névrosé, souvent dans l'hystérie et le show off, chaque initiative lancée avec la douceur d'un boulot de canon par Nabih Berry sur la scène politique locale cache en elle mille et un calculs, mille et une tactiques, mille et une manipulations. Et plein de combines.
Constamment pris, surtout depuis 2005 et le retrait syrien consécutif à l'assassinat de son ami Rafic Hariri, entre le marteau de son créancier politique syrien et l'enclume de l'acide sulfurique hezbollahi, dans lequel le mouvement Amal a pratiquement fini de se dissoudre, le président de la Chambre et chef dudit parti ne rate pas une occasion pour essayer de retrouver cette liberté d'action que plus jamais il n'aura. Pour essayer de se déligoter, de se débâillonner, d'échapper à ses Gepetto.
Nabih Berry joue souvent à l'ini-mini-sini ; l'équivalent, sur les rives du Zahrani, de cet am-stram-gram que connaissent par cœur tous ceux qui n'ont plus vraiment le choix. Roland Barthes avait plusieurs fois prévenu que le hasard engendre souvent des monstres. Effectivement : le chef d'Amal a décidé de choisir, sans l'abolition du confessionnalisme politique.
De toute la Constitution libanaise, de tout cet accord de Taëf que Nabih Berry, comme la gigantesque majorité des hommes politiques de ce pays, s'est fait un plaisir de violer et de revioler à d'innombrables reprises, de ce texte bâtard, bancal, chaotique et tellement imparfait mais qu'il est indispensable de traduire dans les faits avant que de penser l'amender, le président de la Chambre n'a retenu que son aboutissement ultime, que son climax, son omega : l'abolition du confessionnalisme politique. Un sujet qu'il serait aberrant et grotesque ne serait-ce que d'y penser ou d'en débattre avant que ne soient dûment appliquées justement toutes, absolument toutes, les autres clauses de cette Constitution.
La proportion de Libanais qui donneraient tout ou presque pour définitivement laïciser leur Liban est impressionnante. Les jeunes générations, particulièrement et quel que soit leur niveau socioculturel, en rêvent. Sauf qu'abolir le confessionnalisme politique au Liban, c'est comme demander au régime de Pyongyang d'imposer le multipartisme, au Vatican de militer pour le port du préservatif, aux républicains US, et notamment texans, de renoncer au droit du port d'armes, ou aux Suisses d'arrêter d'avoir froid et peur. Abolir le confessionnalisme politique au Liban serait éventuellement, évidemment, le fruit d'un immense et long, très long chantier, d'une mission sacerdotale axée sur le changement pro bono des mentalités et sur la déconfessionnalisation intégrale, avant celle des institutions étatiques, des partis politiques, en commençant par le plus bunkerisé d'entre eux : le Hezbollah.
Qu'il ait agi sur injonction directe, qu'il ait voulu faire diversion ou qu'il ait désespérément cherché à se refaire une place au soleil en prenant l'ensemble du landernau politique de court, Nabih Berry n'aura réussi qu'à se mettre tout le monde à dos, à l'exception notable et pas vraiment surprenante d'un Hezbollah décidément de plus en plus poker face. Ainsi, au silence glacial du sunnisme politique, uniquement brisé hier par l'inestimable mise en garde du mufti Kabbani et son appel en faveur de la sanctuarisation de la parité islamo-chrétienne, a fait écho un tollé au sein du camp maronite avec, cerise sur le gâteau, l'inédite et totale convergence entre le CPL et les FL.
Mais Nabih Berry est trop intelligent, retors même, pour n'avoir pas prévu tout cela, pour n'avoir pas su, bien avant de la rendre publique, que sa proposition serait mort-née, un risible coup d'épée dans l'eau - et même l'hypothèse archifumeuse d'un troc archinul entre déconfessionnalisation politique d'une part et désarmement du Hezb de l'autre ne tient pas la route...
Qu'il se console donc en relisant l'accord de Taëf et en se rendant compte, il n'est jamais trop tard, que l'un des points sinon vital du moins essentiel pas encore appliqué reste le respect de l'armistice de 1949 entre le Liban et Israël. L'évoquerait-il seulement, à l'unisson avec son nouvel ami Walid Joumblatt qui en a fait son antienne, que Nabih Berry se tricoterait illico presto cette nouvelle virginité/crédibilité politique à propos de laquelle il fantasme jour et nuit et qui lui fait méchamment défaut.
Quarante-neuvième semaine de 2009.Au-delà de son côté cheveu dans la soupe ou chien dans un jeu de quilles, au-delà aussi de son caractère un peu névrosé, souvent dans l'hystérie et le show off, chaque initiative lancée avec la douceur d'un boulot de canon par Nabih Berry sur la scène politique locale cache en elle mille et un calculs, mille et une tactiques, mille et une manipulations. Et plein de combines.Constamment pris, surtout depuis 2005 et le retrait syrien consécutif à l'assassinat de son ami Rafic Hariri, entre le marteau de son créancier politique syrien et l'enclume de l'acide sulfurique hezbollahi, dans lequel le mouvement Amal a pratiquement fini de se dissoudre, le président de la Chambre et chef dudit parti ne rate pas...
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