Rechercher
Rechercher

Liban - Analyse

Persistantes anomalies

Depuis lundi dernier, les commentateurs de tous bords se perdent en conjectures pour déterminer ce qui a changé dans la politique du Hezbollah. Pour les sympathisants, il ne fait pas de doute que la nouvelle charte que s'est donnée le parti de Dieu va dans le sens d'une « libanisation » tant attendue et que cette évolution est suffisamment importante en soi pour qu'on s'en félicite.
Sans vouloir basculer dans le procès d'intention, ni surtout s'empêtrer longuement dans des polémiques stériles sur la réalité et l'ampleur de cette évolution, il est permis tout d'abord de s'interroger sur le bien-fondé de ce débat.
En effet, que signifie, pour un parti libanais, de se « libaniser » ? Est-ce à dire que c'est une qualité que le Hezbollah n'avait pas auparavant ? Dans ce cas, pourquoi donc occupait-il tant de place sur la scène publique libanaise ? Les sympathisants qui se réjouissent aujourd'hui de sa « libanisation » semblent ainsi suggérer qu'hier, ce parti n'était pas suffisamment libanais et qu'à leurs yeux, ce déficit de « libanité » posait problème. Alors pourquoi approuvaient-ils déjà sa politique face à des Libanais ?
D'autre part, il est entendu que la « libanisation » ne saurait signifier une conversion aux idées de l'autre. Cela signifierait une négation de la pluralité de ce pays, symbole de son existence, et du fait qu'on peut être différemment libanais.
Cela étant dit, il est parfaitement clair que ni le chapitre proprement libanais du document du Hezbollah - le moins important politiquement et diplomatiquement - ni les éclaircissements fournis par son secrétaire général, Hassan Nasrallah, ne lèvent les ambiguïtés qui pèsent sur la nature de l'allégeance première - et dernière - du Hezbollah.
Qu'il s'agisse du refus manifeste d'utiliser les formules unanimement consacrées (« Liban, patrie définitive », « Liban-message », etc.), lesquelles sont transgressées par des formules fleuves et des superlatifs qui font penser à celui qui embrasse trop et mal étreint, ou bien du maintien du flou artistique sur la notion de wilayet el-fakih et sur les objectifs de la « résistance », ou encore de la multiplication récente des informations sur une présence active du Hezbollah en divers points du globe, les raisons qui poussent de nombreux Libanais à douter de la sincérité de ce parti demeurent entières.
Mais en réalité, si le lecteur attentif de la nouvelle charte du Hezbollah est en droit de concevoir quelque inquiétude, ce n'est pas tellement d'avoir mesuré l'évolution des chromosomes libanais de ses membres, mais bien plutôt de s'être fait une idée de ce que ce parti compte faire du Liban.
Car bien au-delà de la « libanisation », c'est surtout de « normalisation » que l'on voudrait parler avec le Hezbollah. Et sur ce plan, on est loin, très loin du compte.
Peut nous chaut de savoir dans quelle mesure est libanais celui qui pense qu'il faille extirper Israël de l'existence, rétablir la guerre froide universelle en substituant Téhéran à Moscou, faire du Liban une Moldavie iranienne et peut-être même nationaliser le système bancaire, tant que ce joli programme reste confiné au stade de l'opinion. Faut-il répéter que la liberté d'opinion et d'expression ne fonctionne réellement que dans tous les sens ?
Or ce qui est contestable chez le Hezbollah, ce ne sont pas ses opinions, même si, aux yeux de nombreux Libanais, elles relèvent d'un obscurantisme d'un autre âge et constituent un péril réel pour ce pays. Dans le cadre d'un État normalisé, ces idées sont censées entrer en compétition démocratique avec celles des autres, et si elles triomphent aux élections, elles deviennent la politique de l'État.
Un État normalisé... C'est bien sûr le rêve sincère de la plupart des Libanais, y compris d'ailleurs au sein même du public du Hezbollah, qui souhaite tant voir un jour l'État si lointain se rapprocher de lui, devenir vraiment le sien, tout autant que celui des autres.
Or la question qui se pose est de savoir s'il sera possible de normaliser l'État libanais tant que le Hezbollah refusera lui-même de devenir un parti politique « normal ». Cela ne signifie nullement que d'un point de vue historique, le parti de Dieu aura été l'unique obstacle à l'édification d'un vrai État au Liban, loin de là. Cela veut dire tout simplement qu'aujourd'hui, il en est le principal.
Et, très précisément, à lire attentivement la charte du Hezbollah, en particulier la partie consacrée au système politique libanais, on a la nette impression que ce parti cherche par tous les moyens à maintenir la République libanaise suspendue en l'air en attendant que sa mission universelle, pour laquelle il se donne les moyens d'un État, soit accomplie.
Sa littérature à ce sujet est clairement inspirée de la philosophie qui a prévalu à Doha, celle de l'unanimisme imposé à la baïonnette, d'autant plus pernicieux pour l'État libanais qu'il est présenté comme étant l'unique voie pour la paix civile.
L'ironie suprême est que le Hezbollah, tout en s'efforçant de conforter son statut d'État dans l'État, rechigne à en assumer toutes les responsabilités. Ainsi, dans la banlieue sud, il a été décidé que le sale boulot reviendra désormais exclusivement à l'État. Ce n'est pas la moindre des contradictions tissées par ce parti que de prétendre d'un côté vouloir un État « juste » et « fort », et de l'autre lui coller l'image de flic.
Et puis, ne sautons pas trop vite aux conclusions. Le parti de Dieu garde intactes ses capacités de faire interdire bien d'autres journaux d'Anne Frank.
Depuis lundi dernier, les commentateurs de tous bords se perdent en conjectures pour déterminer ce qui a changé dans la politique du Hezbollah. Pour les sympathisants, il ne fait pas de doute que la nouvelle charte que s'est donnée le parti de Dieu va dans le sens d'une « libanisation » tant attendue et que cette évolution est suffisamment importante en soi pour qu'on s'en félicite.Sans vouloir basculer dans le procès d'intention, ni surtout s'empêtrer longuement dans des polémiques stériles sur la réalité et l'ampleur de cette évolution, il est permis tout d'abord de s'interroger sur le bien-fondé de ce débat.En effet, que signifie, pour un parti libanais, de se « libaniser » ? Est-ce à...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut