Sans prendre l'avis d'aucune partie libanaise. Localement, on se demande d'abord pourquoi le Hezb a choisi le moment présent pour diffuser son manifeste. Il aurait pu le faire avant, ou après : il s'est attelé, en effet, à son élaboration au lendemain même du retrait israélien du Sud, en l'an 2000, il y a donc neuf ans. Sur le plan interne, le timing s'inscrit dans la foulée directe de la mise en place d'un cabinet de coalition. Et le document vient faire écho à la déclaration ministérielle, ce qui lui donne valeur d'injonction parallèle concernant le programme d'action du gouvernement. Ainsi que, à la veille de la reprise du dialogue national, d'avertissement solennel : pas de débat sur l'armement. Le tout assorti d'une proposition de nouveau système induisant, au choix, l'abolition du confessionnalisme politique ou le maintien de la démocratie dite consensuelle. Ce qui revient à dire : je prends tout, ou vous n'aurez rien. Surtout pas l'État de droit, ou l'État tout court.
Mais c'est surtout le volet extérieur qui donne de l'intérêt aux positions qu'affiche ce Hezbollah derrière lequel se profile l'ombre du fakih, du décideur iranien. La région observe actuellement les pressions exercées par l'Occident, Washington en tête, sur Netanyahu au sujet des implantations. Elle attend le projet de solution que l'envoyé d'Obama, George Mitchell, doit bientôt rendre public, tandis que le chef de l'État français, Nicolas Sarkozy, propose une nouvelle conférence de paix internationale, et que la Turquie s'apprête à reprendre sa médiation entre la Syrie et Israël. Mais, est-il besoin de le souligner, c'est aujourd'hui le dossier du nucléaire iranien qui est le plus en vedette. Les nouvelles sanctions internationales vont tomber, et l'Iran y répond par des surenchères de défi. Cette escalade pourrait tourner mal. Et c'est à travers ce prisme que se reflète la dangerosité des prises de position du Hezbollah. Il ne fait aucun doute, en effet, et les Israéliens ne cessent de le souligner, qu'en cas de problème militaire avec l'Iran, de frappe aérienne de ses sites nucléaires, par exemple, le Hezb se mobiliserait sur le terrain. Pour tirer des salves de missiles sur le territoire israélien, la riposte ne se faisant pas attendre, le tout pouvant dégénérer en nouvelle guerre élargie. Dès lors, on peut estimer que le Hezbollah se montre plutôt modeste quand il évoque le devoir de résistance pour la libération, car le rôle qu'il se fixe ouvertement va bien au-delà de la récupération de Chebaa. Il entend en effet, et à la fois, protéger ponctuellement la République islamique d'Iran et libérer, à terme, la région de la présence sioniste. Pour tout dire, il se voit comme le premier levier d'un contrepoids universel à la domination US, un peu à la manière de l'URSS, du temps de la guerre froide, excusez du peu ! Ce rôle planétaire est clairement énoncé dans le titre du tout premier chapitre du manifeste du Hezb : soulèvement contre l'hégémonie. Avec le soutien de l'Iran et de la Syrie. À partir de là, il est évident que les considérations locales, les règles du jeu et les lois internes n'ont qu'une importance relative pour le Hezb, ce pays ne représentant à ses yeux qu'une rampe de lancement. En insistant pour un mariage entre l'armée nationale et son potentiel milicien dit résistant, il biffe l'État d'un trait. Ou plutôt, comble d'inversion, il ne lui reconnaît de légitimité que dans la sienne propre. C'est donc lui qui accepte de légaliser l'appareil public, à condition que ce dernier se montre docile à ses injonctions.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef