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Liban - Coups D’Épingle

Balle au centre

S'est-on jamais demandé pourquoi, dans ce pays, ce sont toujours les plus coupables qui réclament justice ?
De Nabih Berry, l'histoire retiendra surtout qu'il fut notoirement, à côté de ses attributions de principal ambassadeur du régime syrien au Liban, un maître incontesté en matière de transformation de l'État en vache à lait au profit exclusif d'une clientèle et d'une communauté.
Bien sûr, son excuse est de n'être pas le seul à exceller dans un art qui est jusqu'ici à la fois le modus operandi et le plat de résistance de toute carrière politique digne de ce nom à l'ombre de la République libanaise. Mais force est de reconnaître que son savoir-faire et son expérience dans ce domaine le placent en tête de la course.
De plus, ces dernières années, le président de la Chambre s'est merveilleusement bien acquitté de la tâche qui lui avait été assignée de verrouiller politiquement et institutionnellement sa communauté afin de servir les objectifs du parti-frère.
Et c'est précisément ce véritable champion du tout-confessionnel qui déplore qu'on ne le prenne pas au sérieux lorsqu'il appelle à lancer le processus de la déconfessionnalisation au Liban. Mais le déplore-t-il vraiment ? La question mérite d'être posée, car de la réponse à cette interrogation découle le début de diagnostic du mal qui ronge la politique dans ce pays.
À l'instar de la plupart des thèmes récurrents sur la scène libanaise, l'appel à l'abolition du confessionnalisme s'est transformé au fil du temps en un slogan creux. Et s'il en est ainsi, c'est parce que derrière l'apparence noble d'une invitation à une réflexion nationale autour de la question, se cache (si peu) l'objectif politicien vulgaire. Il s'agit bien sûr de neutraliser ponctuellement l'adversaire en brandissant à sa face ce que l'on suppose être pour lui un épouvantail. Comme l'adversaire brandit aussi le sien, le but ultime est de faire abaisser tous les épouvantails en même temps.
Ainsi va la politique libanaise... Le confessionnalisme contre les armes, la corruption contre la décision centrale de guerre et de paix, l'implantation des Palestiniens contre les résolutions de l'ONU, la privatisation contre le développement équilibré, et ainsi de suite... Jusqu'à déboucher sur ce fameux match nul tant prisé par l'idéologie officielle libanaise ; de sorte que rien, ou presque rien, ne se fait.
Et quoi de mieux pour servir cette ambition du match nul permanent qu'un gouvernement comme celui qu'on vient de mettre en place ; un gouvernement dont les membres se perdent déjà en conjectures à propos de ce qu'ils n'auront même pas le droit de traiter, c'est-à-dire l'essentiel.
D'ailleurs, il convient à ce sujet de saluer la lucidité du président de la République. N'a-t-il pas déclaré samedi dernier que le principal défi qui se pose aujourd'hui aux Libanais est de savoir comment, « à l'ombre d'un tel gouvernement », préserver les deux poumons de la démocratie que sont l'interpellation et la sanction politique?
La lucidité du chef de l'État est d'autant plus méritoire qu'il avait lui-même insisté pour que le gouvernement soit formé de cette façon. À ce propos, Michel Sleiman a eu raison de ne pas brandir expressément la question des prérogatives présidentielles (encore un épouvantail) dans son message de l'Indépendance. En effet, comment réclamer des pouvoirs supplémentaires lorsque l'on sait que le vrai problème réside dans le fait qu'on ne peut même pas exercer le peu qui reste ?
Le président n'avait pas le choix, dira-t-on. C'est vrai et ça l'est tout autant pour le Premier ministre, d'ailleurs. Or c'est bien là que se trouve le cœur du problème. Indépendamment de la qualité des personnes, ne faut-il pas s'inquiéter de voir que la tête de l'Exécutif, qu'elle soit bipolaire ou unipolaire, ne fonctionne pas comme elle le devrait ?
Les événements des derniers mois (sans parler des dernières années) ne suffisent-ils pas à certains pour cesser de croire et de faire croire que la question se résume à un chapardage des prérogatives du président par le Premier ministre ?
Le moment n'est-il pas venu de dénoncer haut et fort les causes réelles qui empêchent l'État d'exister à peu près convenablement ?
Avec « un tel gouvernement », pour reprendre l'expression assez significative du président de la République, ce n'est pas seulement l'Exécutif qui se portera mal. Le Parlement ne vaudra guère mieux. Et le reste suivra.
Mais somme toute, il n'y a pas le feu. C'est la continuité.

S'est-on jamais demandé pourquoi, dans ce pays, ce sont toujours les plus coupables qui réclament justice ?De Nabih Berry, l'histoire retiendra surtout qu'il fut notoirement, à côté de ses attributions de principal ambassadeur du régime syrien au Liban, un maître incontesté en matière de transformation de l'État en vache à lait au profit exclusif d'une clientèle et d'une communauté.Bien sûr, son excuse est de n'être pas le seul à exceller dans un art qui est jusqu'ici à la fois le modus operandi et le plat de résistance de toute carrière politique digne de ce nom à l'ombre de la République libanaise. Mais force est de reconnaître que son savoir-faire et son expérience dans ce domaine...
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