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Moyen Orient et Monde - Diplomatie

L’Europe renonce à ses grandes ambitions planétaires

La désignation d'un duo très discret pour diriger l'UE laisse la direction des affaires aux grands États qui la composent.

De gauche à droite : le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le président en exercice, le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et Catherine Ashton, haute représentante aux Affaires étrangères. Georges Gobet/AFP

En désignant un duo très discret pour la représenter, l'Union européenne a renoncé à son ambition d'une diplomatie apte à parler d'égale à égale avec les grandes puissances mondiales, laissant la direction des affaires aux grands États qui la composent.
Les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'UE ont opté pour un Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, inconnu en Europe, pour devenir le premier président du Conseil européen. Et en faveur d'une Britannique, Catherine Ashton, inconnue dans son propre pays, pour le poste de haut représentant aux Affaires étrangères.
Ce choix « témoigne d'une ambition limitée pour l'Europe au moment où se déroulent les grands dialogues mondiaux », a estimé hier l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, l'un des pères du projet de Constitution européenne ayant donné naissance au traité de Lisbonne. « Les citoyens le ressentent, ils espéraient davantage », a dit à l'AFP celui qui réclamait un « George Washington européen ».
Les félicitations d'usage venues de Chine ou des États-Unis ne font guère illusion. Pour de nombreux diplomates, il s'agit d'une défaite pour l'UE et d'une victoire des grands États qui ne voulaient pas en réalité abandonner les rênes des affaires européennes.
« Près de dix ans de débats pour réformer l'Union européenne et lui donner plus de profil ont abouti à un pétard mouillé », tranche Richard Whitman, professeur de sciences politiques au Chatham House de Londres.
« Clairement, les dirigeants européens ont pris la décision d'écarter des candidats susceptibles de leur faire des difficultés », ajoute-t-il. « Ils ne voulaient pas de personnalités qui allaient faire de l'ombre à leurs ego », renchérit Hugo Brady, du Center for European Reform.
L'heure n'est plus à un projet fédéraliste en Europe, le rejet du projet de Constitution en 2005 en ayant sonné le glas, mais bien plutôt à un retour du pilotage de l'UE dans le giron des États nationaux, en particulier les plus grands qui disposent d'une diplomatie affirmée.
« Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou Gordon Brown vont pouvoir continuer à donner le ton en Europe », estime un haut fonctionnaire européen. Il s'interroge aussi sur l'opportunité de désigner une Britannique à un poste censé impulser de nouvelles initiatives en matière de politique européenne de sécurité et de défense commune, compte tenu des réticences traditionnelles du Royaume-Uni sur la question.
« Les Britanniques voulaient tuer le poste (de haut représentant), ils ont réussi », ironise une source diplomatique italienne. Rome a vu écarté son candidat pour le poste, l'ancien Premier ministre Massimo D'Alema.
En procédant aux nominations prévues par le traité de Lisbonne, l'UE peut au moins se féliciter d'avoir tourné la page d'une décennie de contorsions douloureuses pour réformer ses institutions en les adaptant à l'arrivée de nouveaux pays. Mais ses dirigeants n'ont guère répondu à la question de fond qui leur était posée depuis les années 1970 par Henry Kissinger : « Quel numéro de téléphone pour appeler l'Europe ? »
L'UE se retrouve dotée à présent d'un président de la Commission européenne, d'un président du Conseil, d'un chef de la diplomatie et d'une présidence tournante par pays qui continuera dans certains domaines.

En désignant un duo très discret pour la représenter, l'Union européenne a renoncé à son ambition d'une diplomatie apte à parler d'égale à égale avec les grandes puissances mondiales, laissant la direction des affaires aux grands États qui la composent.Les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'UE ont opté pour un Premier ministre belge, Herman Van Rompuy, inconnu en Europe, pour devenir le premier président du Conseil européen. Et en faveur d'une Britannique, Catherine Ashton, inconnue dans son propre pays, pour le poste de haut représentant aux Affaires étrangères.Ce choix « témoigne d'une ambition limitée pour l'Europe au moment où se déroulent les grands...
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