La troisième étape de ce triplé serait de battre les All Blacks, le 28 novembre à Marseille, et pour y parvenir l'entraîneur du XV de France n'a pas hésité à prendre des risques.
Il n'a reconduit que trois des quinze vainqueurs (20-13) des Sud-Africains - Vincent Clerc, François Trinh-Duc et Louis Picamoles - et a démantelé le pack qui a battu les champions du monde à leur propre combat physique.
Il a titularisé deux néophytes de 20 ans, l'ailier Benjamin Fall et le troisième ligne Alexandre Lapandry. Il a mis au repos le capitaine Thierry Dusautoir et confié le brassard au pilier Sylvain Marconnet, qui n'avait jamais connu cet honneur et cette tâche en 77 sélections.
Le forfait sur blessure de Picamoles a un peu modifié cette donne puisqu'il a entraîné le retour à son poste de flanker de Dusautoir et le passage de Julien Bonnaire en numéro huit.
Il n'en reste pas moins que c'est une tout autre équipe de France qui va devoir poursuivre le travail entamé à Toulouse.
Pour expliquer cette rupture avec l'adage « On ne change pas une équipe qui gagne », Marc Lièvremont a invoqué trois raisons : « D'abord la fraîcheur physique, ensuite la crainte d'une certaine forme de décompression psychologique et, raison certainement la plus importante, le sentiment que les joueurs sont très près les uns des autres. »
L'entraîneur du XV de France a souligné qu'il « est toujours difficile d'enchaîner trois matchs de haut niveau », en citant l'exemple des Gallois qui « ont reconduit dans l'intégralité l'équipe qui avait fait un bon match contre la Nouvelle-Zélande avant de souffrir face aux Samoa. »
« Niveau d'excellence »
Une autre raison plus secrète était sans doute de permettre aux vainqueurs de l'Afrique du Sud de se refaire une santé avant de rejouer un match de haute volée contre les All Blacks. Lièvremont, pourtant, a souligné que la composition du XV qui jouera à Marseille n'était pas arrêtée et qu'une « synthèse des deux matches » serait faite dimanche.
Les titulaires de France-Samoa l'ont pris au pied de la lettre. « On va tous essayer de sortir notre épingle du jeu, d'être le plus performant possible et de poser des problèmes au sélectionneur quant à la composition du XV contre la Nouvelle-Zélande », a dit Sébastien Chabal, qui n'était que remplaçant à Toulouse.
Tous, qu'ils soient encore des internationaux en devenir ou qu'ils tentent de reprendre leur place perdue, ont aussi promis de ne pas céder à la tentation de jouer une carte individuelle.
« Je serai surmotivé, oui, mais je ne veux pas tomber dans un piège où je vais vouloir tout prouver », a dit l'arrière Maxime Médard qui n'est entré en jeu que quatre minutes et n'a touché le ballon qu'à l'échauffement devant son public toulousain.
« C'est sûr que si je fais un mauvais match ce week-end, je ne pense pas être titulaire, ni même remplaçant contre les Blacks. On verra bien. »
Sylvain Marconnet, promu du rang de remplaçant face aux Springboks à celui de capitaine par intérim et maintenu malgré le rappel de Dusautoir, a placé la barre très haut.
« Il faut rester dans le niveau d'excellence » de la victoire sur l'Afrique du Sud, a-t-il dit.
Marc Lièvremont y est, lui aussi, allé de sa mise en garde pour éviter que ce match contre les Samoa ne passe pour un divertissement de milieu de tournée.
« Il faut s'attendre à tout avec les Samoa et je m'attends au pire », a-t-il dit jeudi.
« Il n'y a pas plus extrême que de passer en huit jours des Springboks aux Samoans. Ce sont deux conceptions du jeu tellement différentes. C'est un challenge très intéressant pour l'équipe de France », a-t-il ajouté. « Les Samoans doivent être autant respectés que les Sud-Africains. J'attends des joueurs de l'équipe de France un effort collectif pour confirmer le niveau de performance que nous avons atteint. »

