L'on apprend ainsi, malgré le black-out informationnel, qu'il a fallu traiter, et régler en bottant en touche, deux sujets épineux. Les armes du Hezbollah, d'abord. Mais cela n'était pas trop difficile, le renvoi au comité de dialogue national allant de soi. Puis les privatisations. Un chapitre essentiel dans le débat sur la ligne économique qu'il convient d'adopter. Les avis dans ce domaine n'ayant que peu de liens avec les opinions d'ordre purement politique. On sait en effet qu'il existe des composantes socialisantes, ou même carrément marxistes, au sein du 14 Mars. Tout comme l'on trouve nombre de libéraux du côté du 8 Mars.
En fait, crise, impéritie des services publics et récession obligent, personne ne peut aller jusqu'à refuser absolument toute privatisation. Le porte-parole le plus en vue du non, au sein du comité de rédaction, le ministre des Télécoms Charbel Nahas, se contente d'exiger des privatisations étroitement contrôlées, obéissant à des règles restrictives strictes, dans le respect des lois. Pour lui, avant d'engager tout processus de mise sur le marché de prestations étatiques, il faut en prouver la nécessité, mais aussi la rentabilité. En face, la ministre des Finances, Raya el-Haffar, souligne que le premier impératif reste de suivre les résolutions de la conférence Paris III. Donc d'engager la privatisation de secteurs de production déterminés, à charge pour le Parlement d'arrêter les détails et de trancher.
Élision masquée
Et les armes ? Le cinquième et le sixième alinéa de la déclaration ministérielle qui les évoquent se défaussent sur le texte du précédent cabinet. En reprenant de même l'antienne sur la nécessité de respecter, donc d'appliquer, la part qui incombe au Liban dans les résolutions 1559, 1680 et 1701 de l'ONU. À cette ritournelle, les loyalistes ont voulu rajouter un petit couplet proclamant que le droit de décider de la guerre et de la paix est du seul ressort de l'État et du gouvernement. Par ricochet, ils ont demandé la suppression, au sujet de la libération des enclaves encore occupées par Israël, de la phrase affirmant que c'est là un droit pour la Résistance autant que pour le peuple et l'armée du Liban. En pratique, comme le confirment des proches de Hariri, le dossier est renvoyé au comité de dialogue, dans le cadre du débat sur une stratégie de défense nationale.
Ces sources soulignent que le chef du gouvernement veut presser le mouvement, comparaître le plus vite possible devant la Chambre pour en décrocher le visa de confiance, et entamer sans plus tarder le chantier du redressement et des réformes. On sait que pour lui il faut que le gouvernement, baptisé équipe de travail, s'occupe de faire du bon rendement et ne perde donc pas son temps dans les champs minés de la politique. Mais certains ministres loyalistes tiennent à ce que les constantes politiques ne soient pas mises de côté, du moment que finalement tout dépend de la politique, et que le pouvoir lui-même n'est rien d'autre. Ils insistent donc pour que la déclaration ministérielle rappelle avec précision toutes les résolutions, prises à l'unanimité, du comité de dialogue national. Des décisions majeures et auxquelles les prosyriens ont tourné le dos depuis longtemps. Il s'agit en effet du verrouillage et du tracé des frontières, en commençant par Chebaa comme de l'homologation de sa libanité, des prisonniers ou encore du démantèlement des bases armées palestiniennes de Koussaya et Houla, en bordure de la frontière libano-syrienne dans la Békaa. Ces bases sont aux mains d'organisations d'obédience syrienne, dont le FPLP-Commandement général. À ce propos, des sources informées croient savoir que le président Sleiman en a parlé au président Assad lors du minisommet de Damas. Et que le régime syrien serait disposé à gommer cette excroissance paramilitaire dans une phase ultérieure. D'ailleurs, selon des prosyriens qui ont récemment visité Damas, la Syrie compte aider le pouvoir légal libanais, c'est-à-dire l'État, à étendre son autorité sur l'ensemble du territoire national, par le truchement de l'armée et des FSI. En particulier au Nord et dans la Békaa, le Sud restant une autre question.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef