Avec Smaïn, un mélange de critique sociale et d’autodérision.
Voilà, le ton du dernier spectacle, « avant le prochain » bien sûr, de Smaïn est donné : un mélange de critique sociale et d'autodérision. Une recette propre à l'humoriste français d'origine algérienne, qui, bien que moins présent actuellement sur la scène comique de l'Hexagone, n'en garde pas moins une place particulière.
Sa singularité : par le biais du rire, il relaye un message fort Smaïn. Celui de paix et de tolérance. Envers soi comme envers les autres. Les personnages qu'il caricature, à grands traits, on sent bien la tendresse qu'il leur porte au fond. À commencer par les plus proches : les beurs. Ses compatriotes d'origine arabe qu'il n'hésite pas à dépeindre comme des voleurs, des chômeurs, des glandeurs et des violents-nés...ainsi qu'ils sont perçus par une grande partie de la population française.
Sur le ton
de la confidence...
Sa force justement est de mettre le doigt là où ça fait mal, en n'ayant pas peur d'appuyer juste ce qu'il faut pour établir un bon diagnostic. Après, on le sait, le rire est salvateur. Et celui que s'amuse à délivrer cet humoriste, à coups de jeux de mots et d'accents, de parodies de personnages et de situations, sert finalement à tordre le cou à pas mal de clichés et d'idées préconçues.
Cela s'agissant du fond. Mais Smaïn sait mettre aussi la forme pour s'adresser à son public. Et la forme, c'est le ton de la confidence. Ni sketches cloisonnés ni performance transformiste, mais, assis dans ce qui fait figure de décor de café (deux fauteuils, une chaise, une table), il va dérouler sur une centaine de minutes des pans entiers de sa vie (inspirés de sa vraie vie !). Défileront ainsi au cours de son long monologue, au gré des souvenirs, le sujet de l'adoption (il est lui-même un enfant adopté), le mariage intercommunautaire, le fossé des générations, la tendance psy à tout crin actuelle et, on l'a dit, l'intégration arabe en France.
Des propos de clown lucide
Une flopée d'histoires que ce one-man-show, comédien patenté (il a décroché un Molière en 1996), va enchaîner sans fausse note. Tout en jouant l'interactivité avec le public. Ainsi, pour la séquence psy, il aura recours (le premier soir du moins) à un monsieur qu'il tire de la salle et qui s'avérera excellent dans le rôle du Dr Freud. Et puis, entre deux tirades du genre : « le gynéco, c'est le seul mec que tu paies pour tripoter ta femme » ou « j'ai été voir un psy et vous voyez, maintenant, on est deux à vivre avec mes emmerdes », il glisse, toujours sur le ton de la confidence, des propos de clown triste. Et lucide surtout. Sur le temps qui passe, la crise de milieu de vie, le destin : « La vie, c'est une partie de poker avec le bon Dieu, et il n'y a rien à faire c'est lui qui a les as » ou encore sur le racisme - dont il démontre l'universalité, même les victimes du racisme sont racistes : l'Arabe envers le refugié roumain par exemple ! - il reprend cette phrase d'un penseur : « Les racistes ce sont des gens qui se sont trompés de colère. » Pour Smaïn, l'humour est, visiblement, le meilleur vecteur de réflexion... Et d'apaisement général.
* Référence au titre du spectacle, produit au Liban par UrbanArt : « Mon dernier... avant mon prochain ».


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