Il y a des années avec. Il y a des années sans. Avec ou sans envie de célébrer son anniversaire. Avec ou sans surprise. Avec ou sans joie... Mais avec des cadeaux. Plein de cadeaux. Des fleurs. Des bijoux. Un sac, des chaussures. Un geste. Rien qu'un petit geste. Il y en aura. Comme chaque 365 jours. Il y aura des baisers. Des appels. Des messages. Et des larmes aussi. Car cet annuel rituel peut paraître insupportable parfois. Un anniversaire. Une année de plus. Encore une. À quoi bon ? À quoi bon rappeler à notre bon/mauvais souvenir qu'on prend de l'âge, de la bouteille. À quoi bon fêter ça en grande pompe. À quoi bon commémorer ses rides ? Souffler des bougies au milieu d'une salle remplie de monde, quelques serveurs autour qui entonnent sans entrain un « Happy birthday to you ». Quel grand moment de solitude. Tous ces gens qui vous regardent tandis que le CD passe en boucle les versions anglaise et française de Joyeux anniversaire. Et vous, plantés là, le couteau tourné à l'envers dans la paume, regardant la cire couler sur le glaçage au chocolat de votre gâteau préféré. « Joyeux anniversaire ». Avec une faute dans l'orthographe de votre prénom. Il y a des années sans. Sans enthousiasme. Parce que c'est comme ça. L'année précédente, ce fut une grande party, organisée par vous-même, avec DJ et finger food, spotlights et boule disco, champagne et vodka qui coulaient à flot tandis que les slows terminaient la soirée. Ce fut une année avec. Cette année sera (peut-être) sans. On verra bien l'an prochain de quoi sera faite cette sempiternelle commémoration. Il fut pourtant un temps où cette célébration était une fête. Remplie de cotillons et de sourires. Un gâteau fait maison qui orne la table, entouré d'un taboulé et de petits pains libanais fourrés au poulet et à la mayonnaise. Une fête où les ballons côtoyaient les serpentins. Où la famille avait une présence nécessaire. Où les papiers d'emballage traînaient par terre. Aujourd'hui, les cadeaux s'ouvrent ensuite. Après la fête. Seul(e) dans sa chambre. On lit les cartes, on remercie par SMS et voilà. Avant, on recevait quelques amis qu'on pouvait dénombrer sur les doigts des deux mains. On jouait à un jeu de société, à cache-cache. On mettait un peu de musique et le tour était joué. Aujourd'hui, quand on a 4 ans, on reçoit une quarantaine de personnes, soit quatre fois dix doigts. Les mamans, les nounous (toujours plus nombreuses que les mères d'ailleurs). Soit huit fois dix doigts. Tout ce beau monde se retrouve (jamais à la maison) dans une salle de location, dans un playground ou dans le jardin de la grand-mère. Le buffet vient de chez un caterer branché (et cher) que les enfants ne toucheront quasiment pas et dont les assiettes remplies à ras bord par les nounous finiront telles quelles à la poubelle. Après moult animations, jeux et activités, les enfants surexcités par une musique destinée au départ à des jeunes gens friands de raves et d'extasy se rueront vers la maîtresse de céans pour réclamer leur cadeau de retour. Que restera-t-il de ces anniversaires ? Quels souvenirs, à part quelques instantanés pris ici et là, subsisteront ? Les anniversaires ne sont plus ce qu'ils étaient, c'est un fait. Mais il y a quand même du bon dans tout ça. Parce qu'il y a du bon partout. Il y a du bon dans un anniversaire. Il y a les coups de fil qu'on n'attendait pas, qu'on n'attendait plus. Il y a des messages sincères, des mails pleins de tendresse. Il y a des cadeaux qui font réellement plaisir. Il y a des amis qui ne vous laisseront jamais tomber. Il y a des fleurs qui viennent de la part d'un inconnu. Il y a un bracelet qui habillera longtemps votre poignet. Il y a une soirée improvisée où se retrouvent tout un tas de gens qui ne se connaissent pas vraiment. Il y a le bouchon d'une bouteille qui fera « pop ». Il y aura des embrassades, des prises dans les bras, des enlacements, des baisers volés et des sourires. Parce que dans les anniversaires, les plus heureux sont souvent les autres. Ceux qui vous célèbrent. Ceux qui courent les magasins dans l'espoir de vous faire plaisir. Ceux qui commandent votre gâteau personnalisé. Ceux et celles qui vous témoignent une fois encore leur amitié ou leur amour. Et ces sourires-là valent tous les cadeaux du monde.
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