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Liban - Pause Verte

Certains préfèrent les crises

Cinq mois sans gouvernement, une échéance sans cesse repoussée sous des prétextes de moins en moins convaincants. Pourquoi parler de politique dans une rubrique consacrée à l'environnement, diriez-vous ? Doit-on encore prouver que toute crise sert de prétexte rêvé aux officiels pour détourner les yeux des crimes environnementaux ou alors jeter des regards impuissants comme pour signifier qu'il faut faire assumer la responsabilité à d'autres, aux autres ?
Les crises, ça ne déplaît pas à tout le monde.
En temps de crise, quoi de plus pratique que de détourner les lois ? On empêche quelqu'un d'exploiter sa carrière jusqu'à faire disparaître la montagne, à l'aide d'un faux permis ou d'un « délai administratif » ? Qu'à cela ne tienne. Il travaillera la nuit plutôt que le jour, sous couvert d'obscurité. L'État libanais ne s'est pas encore doté de lunettes de vision nocturne, les camions peuvent circuler tranquillement jusqu'au petit matin. Le bruit de la dynamite n'arrive pas aux oreilles des autorités dans le silence de la nuit, c'est bien connu. Pourquoi s'en priver ?
Le pire, c'est que l'information obtenue récemment selon laquelle les carrières illégales continuent d'opérer la nuit, même après l'adoption du plan d'organisation par le haut conseil des carrières, nous est parvenue d'un très haut responsable, arborant ce même air d'impuissance si désarmant. C'est lui qui a précisé que ni le ministère de l'Environnement ni celui de l'Intérieur n'y peuvent rien.
Or c'est son air d'impuissance qui vous pousse à lui lancer au visage, n'était-ce la bienséance, cette question qui vous démange : mais si vous n'y pouvez rien, que diriez-vous de nous ? Si vous n'y pouvez rien, qui alors a le pouvoir d'agir ?
Cinq mois sans gouvernement, quatre années de crises successives, quinze années de tutelle étrangère, quinze autres années de guerres... sans compter les conflits armés occasionnels. On ne peut qu'observer, impuissants, cette déliquescence qui n'en finit plus de se prolonger.
Il y a la question des carrières. Mais que dire de la situation de Saïda avec son dépotoir qui, quand il ne brûle pas, s'effondre dans la mer (de larges pans sont encore venus polluer les plages durant la tempête du week-end dernier) ? Pourquoi ne lui trouve-t-on pas une solution et, à travers lui, un plan pour le traitement de tous les déchets du Liban ?
Et les forêts, éternelles victimes du chaos. Qui peut empêcher la déforestation, alors que le monde entier parle, en prévision du sommet de Copenhague en décembre, de reboisement en vue de diminuer le taux de CO2 dans l'air, pour lutter contre le changement climatique ? Mais chez nous, même le changement climatique est une vue de l'esprit...
Que dire du littoral, qui ne sera bientôt plus qu'un souvenir ? Ou de la qualité de l'air, qui n'a fait l'objet d'aucun programme sérieux depuis des années ? Ou du gaspillage de l'eau, qu'on peut constater à loisir en cette saison de pluies ?
La liste est longue, et il ne servirait à rien d'énumérer les tares dont souffre le pays si ce n'était pour relever le fait que la déliquescence agit sur tout. Absolument tout.
Mais les crises ne déplaisent pas à tout le monde, et certainement pas à ceux, si nombreux, qui aiment nous faire vivre dans une urgence toute artificielle, pour fausser à souhait notre perception des priorités.
Cinq mois sans gouvernement, une échéance sans cesse repoussée sous des prétextes de moins en moins convaincants. Pourquoi parler de politique dans une rubrique consacrée à l'environnement, diriez-vous ? Doit-on encore prouver que toute crise sert de prétexte rêvé aux officiels pour détourner les yeux des crimes environnementaux ou alors jeter des regards impuissants comme pour signifier qu'il faut faire assumer la responsabilité à d'autres, aux autres ?Les crises, ça ne déplaît pas à tout le monde.En temps de crise, quoi de plus pratique que de détourner les lois ? On empêche quelqu'un d'exploiter sa carrière jusqu'à faire disparaître la montagne, à l'aide d'un faux permis...
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