Sur le papier, c'est le projet défendant l'État de droit qui l'a emporté. L'opposition a reconnu la victoire du camp adverse, mais sans traduire ce fair-play verbal en actes. Car elle a fait comme si c'était le contraire qui s'était produit. Ou, pour être plus juste, comme si rien n'avait, et ne devrait changer. Pour la bonne raison, selon Hassan Nasrallah, qu'en pratique, la partie électorale s'était soldée par un score nul, le 8 Mars l'emportant au décompte des voix sur l'ensemble du territoire. Un argument-paravent, pour cacher cette réalité simple : tant que le Hezbollah reste en mesure de tourner de nouveau ses armes vers l'intérieur, c'est lui qui décide de ce qui peut changer, ou non, et dans quel sens.
Pour désamorcer les risques de discorde, et de violence répétée, la majorité (71 députés) a fait risette à ces autres Libanais que sont les opposants. Son numéro un parlementaire, Saad Hariri, s'est empressé de déclarer que le désarmement du Hezbollah ne serait pas exigé, la question restant du ressort du comité national de dialogue. Il a, de même, admis la nécessité de mettre sur pied, derechef, un cabinet de coalition.
Cette ouverture, les prosyriens y ont vu un signe de faiblesse manifeste. Ils ont relevé que la majorité reste dans l'incapacité de diriger seule le pays. En rappelant qu'après la démission des ministres du 8 Mars, le précédent cabinet Siniora, devenu monochrome, n'avait pu gouverner vraiment.
Pression
Rien à redire, à ce constat des rapports de force effectifs. Il permet aux opposants, via le général Michel Aoun, de multiplier les conditions rédhibitoires. Et d'annuler le système démocratique libanais, au profit d'un copartage pudiquement rebaptisé partenariat. Au nom d'une pseudodémocratie consensuelle qui est l'opposé même de la démocratie tout court. Un flottement que seules les armes du Hezbollah et la peur d'un 7 Mai bis permettent d'imposer.
Les armes seules ? Pas vraiment. Car derrière, il y a, évidemment, les fournisseurs ou passeurs, l'Iran et la Syrie. Un axe qui, selon les loyalistes, est également contre l'idée d'un Liban vraiment indépendant, souverain et maître de ses propres décisions. Pourquoi cette hostilité ? Parce qu'un tel Liban, ne considérant que ses intérêts vitaux, développerait une ligne de neutralité positive par rapport aux tiraillements régionaux et n'accepterait plus que sa partie méridionale reste un front ouvert, face à Israël, tant que le Golan ne se mettrait pas à la résistance active. Or ce Liban-Sud et le Hezbollah sont des instruments, des leviers, indispensables dans la stratégie d'expansion iranienne vers la Méditerranée, comme dans la reconnaissance de son rôle que Damas cherche à décrocher.
D'où la question : quel degré de conformité peut être décelé entre les assurances syriennes d'assistance, pour résoudre la crise libanaise, et les consignes secrètes que Damas transmet à ses suppôts du cru. Autrement dit, relèvent les loyalistes, combien peuvent peser les démarches conciliatrices de Sleimane Frangié face aux surenchères incessantes de Michel Aoun. Tous deux, on le sait, visitent les bords du Barada, avec plus d'éclat et de faste pour le second que pour le premier. Et c'est dans cette différence d'accueil entre un jeune vieil habitué et un vieux jeune green card que les loyalistes veulent voir qui, et ce que Damas préfère.
Lui laissant quand même le bénéfice d'un léger doute, les loyalistes ajoutent que les propos mielleux ne suffisent pas, et qu'il faut que Damas, pour prouver le sérieux de ses intentions positives, exerce une pression, au besoin spectaculaire, sur l'ensemble de ses alliés, ou proches, locaux. Aoun en tête, puisque c'est lui qui rue dans les brancards, sur le devant de la scène, tandis que le Hezbollah se maintient en coulisses. Ils ajoutent que si la Syrie n'est pas en mesure de contrer l'Iran récalcitrant au Liban, ce qui serait étonnant, elle devra en informer le camp occidental, et non le duper par de fausses promesses d'aide au Liban en crise. Quoi qu'il en soit, on attend la Syrie au tournant. Et Bachar el-Assad également. Il a appelé à la formation rapide d'un gouvernement libanais d'union. S'il n'agit pas dans ce sens, et il en a les moyens, selon les loyalistes, il perdra autant de son autorité sur le 8 Mars que de sa crédibilité internationale.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve