À l'époque, et malgré l'ampleur de la tragédie qui s'était abattue sur eux, de nombreux chrétiens avaient soutenu la politique de cet homme qui attribuait lui-même à sa campagne le titre révélateur de « guerre d'unification du fusil ».
On comprend qu'un homme politique soit amené, dans le cours d'une longue carrière, à évoluer dans sa pensée, à ressentir le besoin de modifier sa stratégie, à changer d'avis sur tel ou tel sujet, voire quelquefois à changer son fusil d'épaule. D'ailleurs, la précarité d'un pays comme le Liban est de nature à favoriser l'inconstance.
À cet égard, le modèle représenté par un Walid Joumblatt peut paraître exemplaire. Mais par rapport au cas qui nous intéresse, la cyclothymie joumblattienne prend ces jours-ci une allure anecdotique, tant elle se résume à la situation d'un homme qui se réveille un matin en voyant son verre à moitié vide, et le lendemain le voit à moitié plein.
Le cas de l'autre est bien plus grave, il faut l'admettre, car au-delà de ses retournements, il y a chez lui une effroyable constante, représentée par une détermination sans faille à saper les grandes institutions chrétiennes dans ce pays. On peut reprocher à Walid Joumblatt une tendance à trop retourner sa veste au gré des vents, mais on ne peut jamais l'accuser de se mettre face à sa communauté.
L'autre, en revanche, ne fait que cela. Cependant, la gravité de la chose est ailleurs : lorsque, dans le passé, il déversait ses foudres sur ses pairs chrétiens, ainsi que sur le patriarche maronite, notre homme le faisait au nom de la conception de l'État qu'il affirmait défendre. C'est qu'à l'époque, il croyait encore à la formule disant que le bonheur des chrétiens du Liban, comme d'ailleurs de tous les Libanais, dépend de la force de l'État libanais et que le contraire n'est pas vrai.
Encerclé par des chefs de guerre soucieux de promouvoir leurs principautés respectives, il était en ce temps-là l'un des rares à prôner cette vision qui est au cœur de la philosophie de la révolution du Cèdre.
À présent que ses adversaires se sont convertis à cette conception, on n'ose penser à ce qui motive ses attaques continues contre les mêmes cibles. Que reproche-t-il réellement au patriarche ? D'affirmer que les armes du Hezbollah sont incompatibles avec la démocratie et le bien-être du Liban ? Outre le fait qu'aux yeux d'un grand nombre de Libanais, cela paraît être une évidence, sans parler de la conformité avec l'histoire des nations et avec les manuels de science politique, comment peut-il oublier qu'il n'y a pas si longtemps, il disait (ou plutôt « hurlait ») la même chose ?
Mais il y a bien plus pernicieux encore dans ses propos. Par exemple, lorsqu'il se demande en quoi les armes du Hezbollah ont pu nuire au patriarche. Le sous-entendu de cette interrogation est révélateur d'une mentalité d'autant plus choquante que notre homme se croit obligé, dans d'autres passages de son discours, de prendre des airs dégoûtés en parlant du confessionnalisme.
Ainsi donc, aux yeux de cet homme (aujourd'hui), l'arsenal du Hezbollah devrait être loué par les chrétiens du moment qu'il ne s'est manifesté que contre les sunnites et les druzes... Et c'est cet homme-là que ses partisans s'évertuent à présenter comme le héraut du Liban nouveau.
Mais le patriarche ne lui suffit plus. Il a aussi cette fois-ci en ligne de mire l'une des plus vénérables institutions chrétiennes de tout l'Orient, l'USJ. Parce qu'elle a osé cette année désavouer ses troupes, après un règne sans partage de plus de quinze ans, il décrète que cette institution « n'est plus un modèle pour la formation des jeunes à la liberté »...
Attila, le roi des Huns, ne pouvait espérer meilleur pupille. Car, lui aussi, l'herbe ne repoussera pas sous ses pieds...
...Jusqu'au jour où, comme le premier, il aura ses Champs catalauniques.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve