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Moyen Orient et Monde - Diplomatie

La Suisse se rebiffe contre la Libye

La Suisse s'est résolue à hausser le ton face à la Libye, après des mois de tentatives de conciliation qui n'ont pas permis la libération de deux citoyens retenus à Tripoli, un changement de cap à usage interne, selon les analystes qui ne voient pas d'issue rapide à cette crise.
Rompant avec une politique ayant privilégié la prudence et qui a valu à la Confédération des humiliations à répétition de la part de la Libye, le gouvernement a fait deux annonces simultanée mercredi : d'une part, il a décidé de suspendre un accord de normalisation des relations bilatérales signé en août et dont le délai fixé est arrivé à expiration le 20 octobre sans avancée concrète. D'autre part, il a signalé qu'il poursuivrait « jusqu'à nouvel ordre sa politique de visas restrictive vis-à-vis des ressortissants libyens », sans vouloir les nommer mais visant, selon les experts, la famille Kadhafi et ses proches. Ce durcissement a été salué par la majorité des partis helvétiques, accusant Berne de mollesse dans la gestion de ce dossier délicat.
Pressées notamment par les milieux économiques voyant les opportunités libyennes leur passer sous le nez, les autorités suisses n'ont eu en effet de cesse de tenter de renouer le dialogue avec Tripoli, rendue furieuse par l'arrestation musclée en juillet 2008 à Genève d'Hannibal Kadhafi, un des fils du leader libyen accusé de mauvais traitement sur deux domestiques.
Elles espéraient également obtenir par la voie douce le retour de deux hommes d'affaires retenus dans la capitale libyenne depuis plus de 15 mois en mesure de rétorsion. Le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz est allé jusqu'à se rendre en Libye le 20 août pour présenter les excuses de la Confédération et signer un accord de normalisation des relations. L'accord prévoyait notamment, selon Berne, le rapatriement de ses deux Suisses avant 60 jours. Lors d'une rencontre avec le président suisse à New York fin septembre, Mouammar Kadhafi avait même assuré qu'il s'occuperait « personnellement » de leur retour alors même que les deux hommes étaient placés par Tripoli dans un « lieu sûr », hors de contact avec Berne. Bafouées, les autorités suisses ont dénoncé le 22 octobre « un kidnapping » et laissé entendre un durcissement de leur position.
Les décisions de mercredi en sont la conséquence et constituent « surtout un message à usage interne », explique le journal Le Temps. De fait, abonde le spécialiste du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen Hasni Abidi, il s'agit « d'une réponse pour sauver l'honneur de la Suisse » où « il y avait une pression énorme de la population qui en avait assez de voir le gouvernement faire concession sur concession ». « Il fallait bien un jour ou l'autre taper sur la table et songer à l'image de la Suisse sur le plan international en montrant qu'elle ne va pas éternellement se laisser rouler dans la farine », explique également le porte-parole du Parti socialiste Jean-Yves Gentil, selon lequel « seule la fermeté paye ».
Mais les conséquences concrètes de ce durcissement pourraient se faire attendre. Certes Berne a laissé une porte ouverte à la négociation en suspendant simplement l'accord, relève M. Abidi, qui estime également judicieux de tenter de faire pression sur les décideurs libyens en limitant leurs capacités à obtenir des visas Schengen. Mais, poursuit-il, « les Libyens ne sont pas pressés » de normaliser leurs relations avec la Suisse. « C'est un régime qui a une endurance hors du commun », prévient-il. « Le dénouement n'est pas mûr (...) il faudra beaucoup de temps pour renouer un dialogue constructif avec Tripoli », reconnaît également Le Temps. En attendant, « la Suisse reste dans un bourbier », selon M. Abidi.
La Suisse s'est résolue à hausser le ton face à la Libye, après des mois de tentatives de conciliation qui n'ont pas permis la libération de deux citoyens retenus à Tripoli, un changement de cap à usage interne, selon les analystes qui ne voient pas d'issue rapide à cette crise.Rompant avec une politique ayant privilégié la prudence et qui a valu à la Confédération des humiliations à répétition de la part de la Libye, le gouvernement a fait deux annonces simultanée mercredi : d'une part, il a décidé de suspendre un accord de normalisation des relations bilatérales signé en août et dont le délai fixé est arrivé à expiration le 20 octobre sans avancée...
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