L'ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah avait annoncé dimanche qu'il ne participerait pas au second tour, initialement prévu samedi prochain, après le refus de M. Karzaï de prendre en compte ses demandes visant à limiter les fraudes. M. Abdullah demandait notamment le renvoi de M. Ludin et la fermeture des bureaux de vote fantômes, des exigences tellement élevées, selon les observateurs, qu'elles s'apparentaient à une volonté de ne pas concourir. « Nous nous attendions à ce que l'IEC agisse ainsi (déclarer M. Karzaï vainqueur). Il est très clair que l'IEC est de parti pris », a réagi sayyed Aqa Fazil Sancharaki, un porte-parole de M. Abdullah, annonçant que ce dernier tiendra mardi une conférence de presse pour faire part de sa réaction.
Au premier tour, M. Karzaï avait rassemblé 49,67 % des voix, contre 30,59 % à M. Abdullah. Ce dernier aurait probablement été battu au second tour, estiment les observateurs. Le chef de l'État sortant, convaincu d'avoir gagné au premier tour, n'avait accepté la tenue d'un second tour qu'après de fortes pressions de la communauté internationale, où le soulagement semblait prévaloir hier.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, venu à Kaboul, a félicité le vainqueur, l'appelant à « former rapidement un gouvernement soutenu à la fois par le peuple afghan et la communauté internationale ». « Le processus électoral a été difficile pour l'Afghanistan et des leçons doivent en être tirées », a-t-il ajouté. Le Pakistan, voisin et frère ennemi de l'Afghanistan, a félicité « du fond du cœur » le président Karzaï, tout comme les États-Unis, qui ont salué une « élection historique » et également congratulé M. Abdullah. De leur côté, les chefs de la diplomatie allemand et français, Guido Westerwelle et Bernard Kouchner, ont appelé Hamid Karzaï à coopérer avec M. Abdullah. Londres a également salué « la décision de l'IEC » d'annuler le second tour et déclarer M. Karzaï vainqueur, ajoutant que le Premier ministre Gordon Brown avait téléphoné au président pour appeler à l'unité politique.
Cette élection par défaut met fin à plus de deux mois d'une crise politique aiguë qui a vu se multiplier au cœur même de Kaboul, zone sans doute la plus sécurisée d'Afghanistan, les attaques des talibans qui avaient juré de déstabiliser le processus électoral.

