Il était très difficile hier soir de déceler une quelconque évolution dans le processus de formation du gouvernement qui n'en finit plus de se décliner en une multitude de nœuds et de minicrises politiques depuis le 7 juin dernier. Dans les faits, Sleimane Frangié devrait être de retour de Damas aujourd'hui à Beyrouth et serait attendu par Saad Hariri, dans l'espoir évident que le député du Nord soit porteur d'un magnanime signal positif du régime syrien en ce qui concerne l'accélération de la formation du cabinet.
Hier soir, Saad Hariri choisissait de briser le silence en affirmant, de Baabda, que malgré le retard, « le climat est positif, il n'est pas négatif ». Aussi surréaliste que puisse être cette déclaration, quelque cinq mois après la tenue des législatives. M. Hariri ne s'est toutefois pas empêché de relever que « des difficultés subsistent » et qu'elles sont dues au fait que « ce ne sont pas uniquement les portefeuilles » et la manière dont ils doivent être distribués qui sont en train d'être débattus, mais bien toutes les questions épineuses de politique générale qui seraient susceptibles de paralyser le Conseil des ministres à naître. Une fois encore, cela n'est pas nouveau, car il s'agit d'un processus entamé le jour même où le contact avait repris entre Koraytem et Rabieh, et les observateurs pensaient cette phase de « franche discussion » dépassée. Voilà qu'il n'en est rien, et il y a de quoi trouver cela inquiétant, à l'heure où plusieurs responsables martèlent le plus sereinement du monde que la crise ministérielle est désormais « purement interne ». Rien de rassurant non plus dans les propos de M. Hariri lorsque celui-ci pense calmer les inquiétudes des Libanais en leur indiquant que « la démocratie a un coût, et ce coût transparaît dans les discussions et dans les tentatives de restaurer la confiance perdue. Même s'il y a du retard, nous sommes en train de rebâtir la confiance ». La confiance n'est-elle donc là que par intermittence ? Quels en sont les critères, les paramètres ? Comment faire pour que cette fois elle s'installe pour de bon ? Toutes ces questions demeuraient hier sans réponse, et certains observateurs vont même jusqu'à se demander si l'heure n'est désormais qu'à un impitoyable retour à la case départ...
Farès Souhaid, lui, estimait hier que le véritable problème se situe au niveau des relations du 14 Mars avec le 8 Mars, pendant que le régime syrien tente au contraire de présenter la crise ministérielle qui sévit actuellement comme étant causée par une mésentente interchrétienne, théorie qui serait d'ailleurs de nature à justifier la campagne menée tambour battant contre Samir Geagea et qui a poussé Okab Sakr à se rendre hier à Meerab. Ce dernier a ainsi déclaré après une réunion avec le chef du parti des Forces libanaises que ce dernier avait facilité autant que faire se peut la naissance du nouveau cabinet, tout en veillant d'autre part à « préserver les constantes du 14 Mars et celles sur lesquelles se fonde le Premier ministre désigné. Élie Marouni abondait hier dans le même sens puisque, pour lui, « les visites répétées de Saad Hariri à Rabieh prouvent que c'est bel et bien Michel Aoun qui est à l'origine de la crise, alors que Samir Geagea, lui, veille à faciliter la formation du gouvernement ».
Ce qui est sûr, c'est que la récente déclaration du patriarche maronite Nasrallah Sfeir - dans laquelle il a affirmé que le Hezbollah servait plus les intérêts de l'Iran que ceux du Liban - a secoué la scène politique. L'opposition n'a certes pas apprécié, mais les visiteurs de Bkerké ont tenu hier à signaler que ces propos étaient destinés à tirer les membres du 14 Mars de leur léthargie. Il n'empêche que Naïm Kassem s'est senti contraint de préciser que « la résistance ne fait pas partie du jeu politique », comme pour dire que le Hezbollah se situe bien au-delà de ces querelles politiques bassement matérielles qui entourent la distribution des portefeuilles ministériels, avant de laisser entendre qu'un gouvernement sera « sûrement formé dans quelques semaines ou plus... ». Aux dernières nouvelles, du côté de Rabieh, ce sont les portefeuilles de la Culture, du Tourisme ou des Déplacés qui auraient été proposés à Gebran Bassil, mais ces informations n'ont pas pu être confirmées car, comme l'a si bien dit Saad Hariri sur le perron de Baabda, ce sont ceux qui savent réellement ce qui se trame dans les négociations qui se murent dans le silence. Tous les autres, pour le moment, se perdent en conjectures et emmènent dans leur sillage, sans remords, les Libanais...

