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Liban - Vitesse

L’aéroport de Hamat, paradis des fous de vitesse

Il est 16h00, mais le soleil tape encore fort sur l'asphalte parsemée de débris de pneus. Après une interminable route en lacets, à l'ombre d'une variété inouïe d'arbres, le changement de décor est brutal. Un plateau surgit de nulle part. De l'asphalte à perte de vue et, surtout, des traces de pneus, des empreintes reconnaissables entre mille : celles qui trahissent les milliers de dérapages contrôlés effectués ici.
Une piste fantôme s'offre au visiteur, qui roule sans vraiment savoir ce qui l'attend. Puis soudain, un barrage de l'armée libanaise, à peine reconnaissable. En fait de barrage, c'est un abri de fortune fabriqué en tôle qui fait, de toute évidence, parfaitement bien l'affaire. Les soldats, un peu las, sont assis à l'ombre de leur construction de fortune. Ils ne paraissent pas importunés par le rugissement de moteurs qui se devine au loin.
Le soleil inonde la piste de ce qui aurait dû être un aéroport. D'ailleurs, l'infrastructure, quoique vétuste, existe bel et bien. Mais aujourd'hui, comme tous les samedis après-midi, les vraies stars ce sont ces bolides dont la silhouette se détache à l'horizon. Ici, tous les fanatiques de vitesse s'abstiennent de penser qu'un jour ce tarmac sera récupéré par les autorités et réhabilité pour remplir un jour, enfin, sa mission première. En attendant ce qui sera vécu, à n'en point douter, comme un véritable désastre, ils continuent de graver sur l'asphalte leurs empreintes, au fil des dérapages, comme autant de signatures que ni le temps ni aucune décision politique ne seraient à même d'effacer. Les soldats, que plus aucun bolide n'impressionne, tentent de ne pas se montrer bavards en présence des journalistes. Mais l'ennui prend, semble-t-il, rapidement le dessus. « Non, cela ne nous dérange pas tant qu'ils ne viennent pas ici, près de notre poste. Mais en fait, c'est interdit, nous le leur rappelons souvent », indique un militaire en bras de chemise bleue marine et pantalon de combat, assis sur un vieux bidon d'huile alimentaire. « Ils ne font pas grand-chose, ils se contentent de tester leurs voitures », ajoute son collègue qui s'empresse de se taire quand son supérieur arrive en trombe. L'officier, le regard lourd, nous toise : « Qu'est-ce que vous voulez ? Il n'y a rien à voir ici. Ne croyez pas ce qu'ils vous ont dit. Ces gens-là sont des voyous. » « Mais l'incendie... » l'interrompt le soldat. « Quel incendie ? » s'énerve l'officier. La conversation s'arrête là.
Nous roulons un peu plus. De vagues séparations en plastique orange semblent délimiter la piste où se déroulent les courses et tous les défis. Des voitures, certaines banales, presque endimanchées, côtoient des bolides spécialement équipés pour la course, la vitesse et l'adrénaline. Des motos sont garées aussi, de part et d'autre de la piste, ainsi que des « quads » montés par des propriétaires qui n'éprouvent pas le besoin de s'équiper d'un casque. Un groupe d'hommes entourent une très vieille voiture type BMW-Alpina qui, au premier regard, ne paie pas de mine. Lorsqu'ils apprennent qu'ils sont en présence de journalistes, le malaise s'installe. Personne ne veut se faire connaître, chacun demande à l'autre de prendre la parole. Ce n'est que lorsqu'ils sont sûrs que leur anonymat sera préservé que les langues se délient. « Nous sommes là tous les samedis, chaque semaine. C'est notre passion, nous ne demandons rien à personne. Au lieu de faire les fous sur les routes, nous testons nos limites ici. Il y a l'un d'entre nous qui, lorsqu'il gagne, descend de voiture et danse la dabké », indique l'un d'entre eux. Puis il désigne son ami, d'un geste de la main : « C'est de lui que je parle. » Éclat de rire général.
Lui, c'est Mounir. Tee-shirt rouge, casquette beige, il est l'heureux propriétaire de la BMW qui attire tous les regards. « Je suis le plus fort ici, c'est moi qui remporte toutes les courses », affirme-t-il, avec une fierté mal contenue. « C'est ma passion, je dépense mon argent sur cela. Personne ne m'aide évidemment, mais notre garagiste à tous est un ami. Il prend soin de nos voitures en échange d'un minimum d'argent. D'habitude, je vide totalement ma voiture, je retire les sièges, vide le coffre et j'allège le plus possible le poids total pour être sûr de gagner. Aujourd'hui, je suis presque en visite, je n'ai pas effectué les préparatifs nécessaires. » Un 4x4 type Toyota FJ Cruiser arrive. Son propriétaire veut en découdre avec Mounir, lequel ne semble pas impressionné le moins du monde. Mounir s'excuse, monte dans sa BMW au design archaïque et s'avance vers la ligne de départ. Sur le sol, on peut lire, peint en rouge, le mot « Start ».
Le départ est donné. Dans les premiers moments, la Toyota gagne du terrain, puis, avec la facilité d'un pilote expérimenté, Mounir dépasse sans difficulté le 4x4. Une fois encore, il vient de remporter la partie. Le problème c'est que sur ces cimes de Batroun, les courses ne sont nullement réglementées. En d'autres termes, lorsque deux voitures prennent le départ, les pilotes ne sont jamais vraiment sûrs qu'aucun bolide ne va surgir de nulle part, dans le sens contraire, à une vitesse folle. Idem pour les motos, quads et tous types de véhicules qui tentent leur chance sur la piste de l'aéroport de Hamat. Des accidents ? « Il y en a eu. Plusieurs personnes ont fini à l'hôpital. L'une d'entre elles s'est retrouvée dans le fossé situé en contrebas de la piste. Nous rêvons qu'un jour un entrepreneur se charge d'organiser tout cela en équipant les lieux et en instaurant une entrée payante pour les visiteurs. Mais on peut toujours rêver... » Interrogé sur sa profession, Mounir feint d'ignorer la question à plusieurs reprises. Puis il répond timidement : « Je travaille pour le gouvernement. » À force d'insistance, il avoue, gêné : « Je suis membre des Forces de sécurité intérieures... » « Mes collègues viennent souvent nous visiter ici, dans le but de nous disperser et nous enjoindre de quitter les lieux », ajoute-t-il avec un sourire. Que fait-il dans ces cas ? Mounir ne répond pas et se contente de rire.
Un groupe intitulé Hamat Airport-Car Racing existe en outre sur Facebook à l'adresse suivante :  http://www.facebook.com/search/?q=hamat+airport&init=quick#/group.php?gid=23328259424
Des vidéos de courses qui se sont déroulées à Hamat sont de plus disponibles sur le blog de l'OLJ à l'adresse : http://lorientlejour.wordpress.com/2009/10/14/laeroport-de-hamat-le-paradis-des-fous-de-vitesse/
Une piste fantôme s'offre au visiteur, qui roule sans vraiment savoir ce qui l'attend. Puis soudain, un barrage de l'armée libanaise, à peine reconnaissable. En fait de barrage, c'est un abri de fortune fabriqué en tôle qui fait, de toute évidence, parfaitement bien l'affaire. Les soldats, un peu las, sont assis à l'ombre de leur construction de fortune. Ils ne paraissent pas importunés par le rugissement de moteurs qui se devine au loin. Le soleil inonde la piste de ce qui aurait dû être un aéroport. D'ailleurs, l'infrastructure, quoique vétuste, existe bel et bien. Mais aujourd'hui, comme tous les samedis après-midi, les vraies stars ce sont ces bolides dont la silhouette se détache à l'horizon. Ici, tous les fanatiques de vitesse...
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