« Mentalement, je voudrais bien me trouver dans la situation actuelle et revenir 13 ans en arrière. J'ai souffert beaucoup à l'époque de la pression exercée par la presse, essentiellement la presse suisse », a-t-il expliqué.
Le Neuchâtelois a déjà payé pour avoir été désigné successeur des Pirmin Zurbriggen et Daniel Heinzer, monstres sacrés des années 80. Ainsi, on ne manqua pas de le brûler sur l'autel du passé au prétexte notamment d'une sortie de piste aux Jeux de Salt Lake City (États-Unis), alors qu'il tenait, il est vrai, la victoire en super-G.
Et puis ses détracteurs raillaient le bonhomme, ancien apprenti boucher, à l'occasion bourru, un peu trop carré.
Ayant débuté en Coupe du monde il y a bientôt 16 ans (en descente à Bormio, fin décembre 1993), le Jurassien a traversé forcément des années-blessures. Paradoxalement, c'est la dernière (ligaments croisés d'un genou), en janvier 2005 à Adelboden, qui, au lieu de l'abattre, lui a offert une seconde naissance sportive. Ces trois dernières saisons, il a plus gagné qu'en 10 saisons de permanence dans l'élite.
Grand cru
Déjà plus vieux champion du monde de ski alpin, à 34 ans, 5 mois et 21 jours, quand il avait survolé le super-G le 4 février dernier à Val-d'Isère, Cuche capitalise désormais les sommes de labeur dépensées sur toutes les pistes du circuit.
Sur le glacier du Rettenbach, où il avait déjà terminé 2e l'an dernier, derrière son compatriote Daniel Albrecht, depuis victime d'une grave chute à Kitzbühel, Didier Cuche a repris le flambeau.
Cette fois encore, la Suisse a placé deux de ses représentants sur le podium, qui avait belle allure. Avec Cuche, détenteur de la Coupe du monde de géant, on retrouvait à sa droite l'Américain Ted Ligety, qui avait conquis le trophée la saison précédente, et, à sa gauche, le Grison Carlo Janka, le champion du monde.
Pour un 1/100, Janka le taciturne a privé de podium l'Italien Massimiliano Blardone, qui s'entraîne désormais seul.
Ligety, 2e à 60/100 du vainqueur, et Blardone également ont, eux, payé un lourd tribut à une moins bonne qualité de glisse sur le plat final.
C'est entre ces portes filantes que Cuche a asséné sa victoire. « Il faut savoir skier intelligemment sur ces portions. Beaucoup savent où il faut le faire, mais ils n'y arrivent peut-être pas », a-t-il souligné, malicieux.
Désormais dans le camp des vainqueurs, Cuche en rajoute rarement. Au contraire, il dispense toujours un petit mot pour les battus, fussent-ils sur le podium.

