Rechercher
Rechercher

Liban - En Dents De Scie

Cet obscur machin du désir

Quarante-deuxième semaine de 2009.
L'unisson d'applaudissements, cette autosatisfaction unanime et égotique sont sans doute terriblement mignons. Encore faudrait-il juste que cet ersatz d'union sacrée s'accomplisse à des niveaux bien plus importants, bien plus cruciaux pour le devenir et l'avenir du Liban que le retour de ce pays, après plus de cinq décennies, au cœur du chœur des nations. À New York.
Être l'un des Quinze à siéger au Palais de Verre a évidemment quelque chose de scintillant ; être à la source de décisions, de résolutions capables, parfois, de changer le cours de l'histoire ajoutera pendant vingt-quatre petits mois une certaine dose de panache. À la bonne heure. L'Organisation des Nations unies est certes toujours ce machin un peu cacochyme et grabataire qu'il faut constamment noyer de Botox et autres Viagra, un mammouth administratif à l'improbable gestion, un accoucheur de résolutions dont l'application est rarement, si rarement impliquée ; elle est toujours cette machine un peu rouillée et terriblement et maladivement dépendante malgré les efforts de ses secrétaires généraux successifs, mais elle reste l'ONU. Trois lettres qui parfois claquent et en jettent, personne n'oubliera, par exemple, la gargantuesque prestation d'un Dominique de Villepin ; trois lettres qui donnent aux peuples et aux dirigeants du monde, même Mahmoud Ahmadinejad y va, la certitude d'appartenir à une même planète, de vivre dans un même espace, aussi menacé soit-il.
Ce Liban, qui vient à peine de recommencer, cet été, à faire parler de lui dans le bon sens, va être, pendant deux ans, dans le concert des nations, un premier violon. Un insolite instrument dans l'écriture de la cohabitation des États que ce Liban dont l'État et l'état, justement, sont bien (trop) souvent réduits à leur plus bancale, leur plus simpliste expression. Un Liban qui sera amené, pendant son mandat et davantage pendant sa présidence du Conseil de sécurité, à être juge, lui qui, à l'instar de l'Irak, du Soudan, de l'Afghanistan ou de l'Iran, est si souvent partie. Drôle de schizophrénie qui exigera pendant ces deux ans un contrôle de soi plus draconien que d'habitude, une sanctuarisation absolue de la résolution 1701, une prise de conscience comme jamais de la part du Hezbollah, de ses mentors iraniens et de ses passeurs syriens ; qui exigera donc de la simple intelligence, une stratégie et une discipline quotidiennes, mises au service d'un seul but : ne donner à Israël aucun, absolument aucun prétexte, dans le genre Tayr Filsay ou autres, pour s'en prendre, au Conseil de sécurité, à un Liban qui y siégera.
Cela ne s'arrête (mal) heureusement pas là. Ces deux années new-yorkaises exigeront aussi du Liban quelque chose d'encore plus primordial, d'encore plus urgent sur les court, moyen et long termes, quelque chose de plus fondamental encore que de la cosmétique trans-Litani : la refonte, l'indispensable et l'impérieuse refonte de la diplomatie libanaise, tant dans ses apparences que dans ses transparences.
Immense et chimérique programme, certes. Idéal pourtant que de travailler sur cette diplomatie-là, de la rêver au four et au moulin, de la rêver puis de la réaliser : malgré cette multitude de Liban(s) et cette surabondance de voix et de voies, cette insupportable cacophonie, certes beaucoup moins volumineuse depuis la fin de la tutelle syrienne, il serait bien plus facile au Liban de se réhelvétiser par sa diplomatie que par autre chose ; il lui serait bien plus facile, et plus utile, en termes plus panarabes, de se qatariser - que de se dubaïser, par exemple.
Mais il y a là bien trop loin de la coupe aux lèvres. L'enjeu du retour du Liban parmi les Quinze manque certes éminemment d'ambition(s), mais il reste absolument plus réaliste : ce pays parviendra-t-il à parler d'une seule voix ? Et si oui, quel langage utilisera-t-il ?
Une chose rassure, pour l'instant : que ce soit Nawwaf Salam qui le représente à New York. Ce que dit off the record et avec ses homologues un ambassadeur libanais à l'ONU, ce qu'il leur apprend et comment il les rassure ou les convainc est bien plus important que ce qu'il pérore, par obligation souvent, face aux micros et/ou aux caméras.
Une chose inquiète - beaucoup : le nom du prochain locataire du palais Bustros au sein du cabinet Hariri à venir (dans six mois ? dans un an ? jamais ?). La salloukhisation de la diplomatie libanaise étant bien avancée, comme sa stérilité absolue et la mainmise d'airain du Hezbollah, via Amal, sur ce portefeuille supposément souverainiste, il est important que le tandem Sleiman-Hariri sache faire le bon choix.
Un Tarek Mitri (ce qu'il a fait à New York au cours de l'été 2006 est inouï), un Séoud el-Mawla, un Ghassan Salamé, entre autres, seraient de très bienvenus ministres des Affaires étrangères. Le Liban, le machin et la marche du siècle en profiteraient.
Quarante-deuxième semaine de 2009.L'unisson d'applaudissements, cette autosatisfaction unanime et égotique sont sans doute terriblement mignons. Encore faudrait-il juste que cet ersatz d'union sacrée s'accomplisse à des niveaux bien plus importants, bien plus cruciaux pour le devenir et l'avenir du Liban que le retour de ce pays, après plus de cinq décennies, au cœur du chœur des nations. À New York.Être l'un des Quinze à siéger au Palais de Verre a évidemment quelque chose de scintillant ; être à la source de décisions, de résolutions capables, parfois, de changer le cours de l'histoire ajoutera pendant vingt-quatre petits mois une certaine dose de panache. À la bonne heure. L'Organisation des Nations unies est...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut