Rechercher
Rechercher

CD, DVD - Un Peu Plus De...

Amours hexagonales

Une heure. Une heure nous sépare de la France. Pas les 240 minutes aériennes que l'on passe coincés en éco, l'hôtesse de l'air ultrmaquillée qui nous réveille pour nous demander avec son sourire couleur Merlot : « ahwé aw chay 3ayné ? » Pas ces quatre heures-là. L'autre. L'heure entre eux et nous. L'heure de décalage. Le grand Journal : 20 heures. Le journal télévisé : 21 heures. Un film : 21h40. Un décalage exquis pour un grand nombre de Libanais qui vivent une appartenance sans pudeur avec la France. Une appartenance limite schizophrène. Poussant certains à confondre les références. Se sentant plus concernés souvent par les histoires de Carla Bruni que celles de Wafa' Sleiman. Cette espèce de lien qui unit les Libanais à la France est une sorte d'exutoire qui leur permet de ne pas voir l'autour. De s'imaginer plus frenchie coucou que libanouze. De se voir plus bleu blanc rouge que cèdre vert. Une libanité dont ils sont pourtant si fiers... quand les autres parlent du Liban. Si casser du sucre sur le dos de son propre pays est un exercice exaltant pour le Libanais, il ne laisserait jamais personne, mais vraiment personne, dire le moindre mal à propos du Liban, et se prendrait très vite pour le défenseur suprême de cette nationalité à la fois haïe et adorée. Le Libanais aime la France à tel point qu'il se sent souvent plus français que le gaulois lui-même. D'ailleurs, d'aucuns en viennent même jusqu'à regretter l'époque du Mandat, époque qui non seulement a laissé des traces indélébiles dans l'histoire du Liban, mais également un système administratif tortueux et des noms de rues. Place de l'Étoile. Qui dit mieux ? « J'adooore Paris. » Les Champs-Élysées plus que la rue Allenby. Le Marais plus que les nouveaux Souks. Sylvie Vartan plus que Sabah. On est souvent plus royaliste que le roi. Et ce n'est pas l'enthousiasme lors des élections présidentielles françaises qui dira le contraire. Meilleur score pour Sarkozy tous pays confondus. Cet amour hexagonal dont font preuve la plupart des Libanais a traversé les générations et même certaines couches sociales. C'est souvent dans un français approximatif que les vendeuses s'adressent à vous, pardon à tu. « Tu aimes ce pantalon ? Il te va beaucoup. » On a élevé les vaches ensemble après tout. Idem pour les enfants qui pensent - malheureusement - que l'arabe est une langue étrangère. Une deuxième langue. Comme l'anglais (pour les francophones, cela va de soi). Et lorsqu'ils s'adressent à une personne qui leur parle en arabe et qu'ils ne le comprennent pas, ils virent tout de suite à l'anglais. « Baddé may/I want water. » Mais comment leur en vouloir, quand tout le monde, de la puéricultrice originaire de Amchit au type du parking de Sanayeh, en passant par la dame pipi de l'école, tout le monde s'obstine à s'exprimer en français alors que rien ne les y oblige... Même culturellement, on a souvent la fâcheuse tendance à référer au français plutôt qu'à nos us et coutumes locaux. Plus Michel Denisot que Marcel Ghanem. Plus Sylvie Vartan que Sabah. Plus OSS 117 que Falafel. Plus Voici que Jarass. Au Liban, on aime la France, Paris plus particulièrement et on chérit la langue de Baudelaire. Si les cinémas ne jouent pas très souvent les derniers films français, on n'a aucun problème à les trouver dans la plupart des dévéthèques. Pareil pour les CD. Heureusement qu'il y a iTunes. Et le Salon du livre qui ouvre ses portes dans quelques jours. La France à l'honneur une fois de plus, quelques semaines seulement après les Jeux de la francophonie. La grande fête du livre et de la musique made in France réunira des dizaines de milliers de Libanais avertis. Des amoureux de la langue et des musiques couleur tour Eiffel. On y trouvera tout ce qu'on ne trouve jamais en cours d'année. Parfait. Et une fois terminés ces dix jours aux accents de béret, de camembert, de baguette et de religieuse au chocolat, les Libanais retrouveront leurs émois french touch dans la petite lucarne, à la radio et dans leurs magazines préférés. Ils pourront se gausser des potins libanais en français dans le texte. Chanter à tue-tête lors des french nights libanaises. Se lover dans les bras de leur moitié maronite en écoutant Jane Birkin et aller manger une entrecôte en buvant un Ksara rosé. « Allons enfants de la patrie... ».
Une heure. Une heure nous sépare de la France. Pas les 240 minutes aériennes que l'on passe coincés en éco, l'hôtesse de l'air ultrmaquillée qui nous réveille pour nous demander avec son sourire couleur Merlot : « ahwé aw chay 3ayné ? » Pas ces quatre heures-là. L'autre. L'heure entre eux et nous. L'heure de décalage. Le grand Journal : 20 heures. Le journal télévisé : 21 heures. Un film : 21h40. Un décalage exquis pour un grand nombre de Libanais qui vivent une appartenance sans pudeur avec la France. Une appartenance limite schizophrène. Poussant certains à confondre les références. Se sentant plus concernés souvent par les histoires de Carla Bruni que...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut