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Liban - Éclairage

Les fauteurs de troubles ciblent autant le régime que le processus ministériel

Au moment où la classe politique locale se focalise sur le sommet syro-saoudien, vu sous l'angle de la formation du prochain gouvernement, Aïn el-Remmaneh subit un raid motorisé qui fait une victime, Georges Abou Madi, et plusieurs blessés. Cette agression n'est pas un acte isolé : des incidents volants, organisés en chapelets, se déclarent à Anjar, qui borde la Syrie dans la Békaa, sur le front tripolitain de Bab Tebbaneh-Baal Mohsen où des fusillades ont été signalées moins de 24 heures après l'incursion à Aïn el-Remmaneh, ainsi que dans divers villages de la Montagne. Le dossier sécuritaire prend dès lors le dessus sur les autres questions de l'heure. La dégradation sur ce plan frise en effet l'anarchie et semble annoncer derechef le règne des voyous. Ces éléments prétendument incontrôlés dont une bande a intercepté, sur la route de l'aéroport, un membre du gouvernement sortant. Son escorte de protection a été écartée, neutralisée, et le ministre n'a été sauvé que parce que le hasard a fait qu'au même moment l'un de ses collègues se dirigeait également vers l'aéroport. Ce dernier est intervenu et a sorti l'intéressé des griffes des loubards téléguidés qui voulaient le dévaliser, sinon l'enlever aux fins de rançon.
Le chef de l'État, pour qui la sécurité reste une ligne rouge absolue, a donné de strictes consignes aux responsables concernés, après l'opération de Aïn el-Remmaneh, pour l'arrestation des coupables, appelés à subir les plus sévères sanctions judiciaires. Le président Michel Sleiman craint que les fauteurs de troubles ne mettent à profit un relâchement de la vigilance des services chargés de l'ordre public, à l'ombre du vide politique actuel.
De plus, il est évident que les perturbations de rue, la déstabilisation, visent le régime, ce domaine faisant partie des responsabilités qu'il s'engage à assumer. On sait en effet que la part ministérielle du général-président englobe, en tout premier lieu, le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Défense, premiers pivots de la sécurité et de la sûreté nationales. Dès lors, ces départements ne sont pas inclus dans la rotation des portefeuilles prévue et devraient rester aux mains de Ziyad Baroud et d'Élias Murr.
Des sources diplomatiques occidentales pensent que certaines parties, bien entendu armées, veulent rappeler au président de la République les conditions qu'elles posent. Pour l'inciter, à travers de telles pressions, à renoncer, en leur faveur, à son statut de président de consensus, conciliateur et équidistant de tous. Tout comme pour qu'il ne soutienne pas le Premier ministre désigné si ce dernier renonce à la formule de cabinet d'union.
Cela étant, toutes les fractions locales sans exception se sont lavé les mains des incidents et proclamé que les coupables ne bénéficieraient d'aucune couverture politique. Mais les diplomates cités se méfient. Ils redoutent une offensive masquée contre le président Sleiman que leurs capitales soutiennent à fond.
De leur côté, les pôles loyalistes se mobilisent à plein. Ils relancent, harcèlent même, les autorités sécuritaires, policières et judiciaires, pour une réaction rapide de reprise en main de l'ordre public, avant qu'il ne soit trop tard et que les troubles ne dégénèrent. Ils ont peur qu'une discorde renaissante ne provoque un retour à la guerre intestine. Les majoritaires relèvent qu'en face, malgré les discours de condamnation de l'agression, l'on n'a livré personne à la justice. Ils estiment que l'action sur le terrain pourrait être le fait d'une cinquième colonne. Un réseau ayant pour mission, sinon de mettre le Liban à feu et à sang, du moins de l'empêcher de se doter d'un État digne de ce nom. Ou même d'un gouvernement, fût-il d'union. L'objectif, toujours le même, étant de présenter les Libanais comme incapables de se gouverner, pour les replacer sous tutelle.
Les opposants pour leur part protestent contre l'exploitation politique, par le camp d'en face, des incidents. Ils affirment que les adversaires tentent d'user de ces développements comme d'une carte de pression, dans le cadre du débat politique, et ministériel, actuel. À les en croire, ce qui se passe ici ou là ne déborde pas le cadre d'éruptions cutanées et de cas isolés ou individuels. Ajoutant que nul n'a intérêt à gonfler l'affaire, du moment que les coupables se voient retirer toute couverture politique. En somme, pour les prosyriens il ne s'agit que de crimes de droit commun, sans connotation politique.
Cela étant, l'armée s'est de suite mise en action, prenant, avec le concours des FSI, des mesures strictes pour rétablir l'ordre et pour prévenir de nouveaux incidents. Les militaires se voient rappeler les directives initiales de leur commandant en chef, le général Jean Kahwagi : la sécurité est une ligne rouge absolue qu'ils doivent faire respecter à tout prix. Ils ne doivent plier devant aucune intimidation et encore moins devant une agression. Et ils sont appelés à promouvoir, en toute circonstance, l'autorité publique. Personne ne peut se jouer de la sécurité sous prétexte que l'État est absent, car cela n'est pas vrai.
Au moment où la classe politique locale se focalise sur le sommet syro-saoudien, vu sous l'angle de la formation du prochain gouvernement, Aïn el-Remmaneh subit un raid motorisé qui fait une victime, Georges Abou Madi, et plusieurs blessés. Cette agression n'est pas un acte isolé : des incidents volants, organisés en chapelets, se déclarent à Anjar, qui borde la Syrie dans la Békaa, sur le front tripolitain de Bab Tebbaneh-Baal Mohsen où des fusillades ont été signalées moins de 24 heures après l'incursion à Aïn el-Remmaneh, ainsi que dans divers villages de la Montagne. Le dossier sécuritaire prend dès lors le dessus sur les autres questions de l'heure. La dégradation sur ce plan frise en effet l'anarchie...
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