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Liban - En Toute Liberté

Un autre siècle pour rien ?

Le monde arabe saura-t-il profiter du XXIe siècle mieux qu'il ne l'a fait du XXe ? La visite en Syrie du monarque saoudien, avec tous les phantasmes politiques qu'elle a soulevé, est une bonne occasion de se poser cette question. Il y a quelques années, Ghassan Tuéni, Jean Lacouture et Gérard Khoury brossaient à grands traits l'histoire du Moyen-Orient arabe, « de l'Empire ottoman à l'Empire américain », dans un livre au titre provoquant : Un siècle pour rien.
L'ouvrage tente d'analyser les causes des échecs du monde arabe à prendre efficacement son histoire en main, et à accéder à la modernité. On peut penser que cet échec réside, d'abord, dans l'incapacité des sociétés arabes à faire émerger la raison comme « sphère autonome » dans leur vie politique et culturelle. La question est complexe et mérite analyse. Toutes les sociétés arabes sans exception sont aux prises avec ce processus. L'inauguration d'un espace de mixité et de modernisme, sous la forme d'un mégacampus universitaire, en Arabie saoudite, est là pour le prouver.
L'ouvrage dénonce aussi le sacrifice que beaucoup de pays arabes ont fait de leur élite, au nom d'un progrès qui n'est jamais venu, et le bon ménage que les dictatures militaires ont fait avec le népotisme et la corruption. Il note en outre leur incapacité à utiliser intelligemment leurs ressources pétrolières pour investir et se constituer une véritable économie et l'échec, parfaitement explicable, des tentatives d'union. Enfin, il relève les égarements de beaucoup d'États arabes - et des Palestiniens eux-mêmes, en premier lieu - devant le drame de la Palestine.
C'est ce gâchis qui est le thème principal de ce livre. Relevons combien le monde occidental a activement contribué à ce gâchis : cynisme, encore appelé « realpolitik », convoitises économiques, solutions de facilité et démission devant les dictatures, trahison (Lord Balfour et son "foyer national juif" en 1917), aveuglement, en particulier américain, à l'égard d'Israël, illustré aujourd'hui par la tragédie de Gaza, qui s'est déroulée devant des centaines de millions de spectateurs et la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie.
Dix ans d'un nouveau siècle sont passés, sans que l'on soit certain que les leçons de ce gâchis ont été tirées et qu'un second siècle ne s'écoulera pas aussi inutilement pour le monde arabe. Au contraire, le danger qui pèse sur la Nahda du XXIe siècle, avec les espérances démocratiques qu'elle a incarnées, malgré certains égarements culturels, est plus grand que jamais.
Le Liban, comme tous les autres pays arabes sans exception, semble aujourd'hui prisonnier de son histoire, de ses données démographiques, de sa logique communautaire, du morcellement de sa société, de l'individualisme roi et d'une culture de l'impunité due à l'armement du Hezbollah, qui le conduit petit à petit vers le chaos. Pour combien de temps encore, comment le dire ?
La visite du roi Abdallah en Syrie aura-t-elle des conséquences heureuses ? Oui, si l'on décide de considérer le Liban comme « terrain neutre » et qu'on y facilite la formation d'un nouveau gouvernement, si la cause d'un marché commun arabe avance, maintenant que le marché de l'emploi et de l'investissement se régionalisent, si l'esprit de coopération s'impose comme une absolue nécessité face aux défis politiques, économiques et militaires lancés au monde arabe.
Hélas, dominées qu'elles sont par le programme nucléaire iranien et l'expansionnisme politique et idéologique de l'Iran, d'une part, les menaces d'intervention militaire israélienne et l'arrogante poursuite des implantations d'Israël, d'autre part, les grandes évolutions régionales sont aujourd'hui paroxystiques ou condamnées à l'être. Et toute l'apparente bonne volonté du président Barack Obama n'y changera rien, si les moyens mis en œuvre pour faire entendre raison à Israël continuent d'être aussi peu convaincants. On voit mal comment, dans le mugissement de ces eaux, les Libanais divisés mèneront leur barque à bon port.
Le monde arabe saura-t-il profiter du XXIe siècle mieux qu'il ne l'a fait du XXe ? La visite en Syrie du monarque saoudien, avec tous les phantasmes politiques qu'elle a soulevé, est une bonne occasion de se poser cette question. Il y a quelques années, Ghassan Tuéni, Jean Lacouture et Gérard Khoury brossaient à grands traits l'histoire du Moyen-Orient arabe, « de l'Empire ottoman à l'Empire américain », dans un livre au titre provoquant : Un siècle pour rien. L'ouvrage tente d'analyser les causes des échecs du monde arabe à prendre efficacement son histoire en main, et à accéder à la modernité. On peut penser que cet échec réside, d'abord, dans l'incapacité des...
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