La jeune fille rêve d'être réalisatrice : « Le meilleur moyen d'apprendre la réalisation était dans une salle de montage, parce que c'est là que l'on écrit le film avec les images. C'est magique. » Elle fait donc de l'assistanat au montage en même temps que des « making off » sur des films hollywoodiens. « Sur un des films dont je faisais le making off, un accident a eu lieu causant la mort d'un technicien. Ce n'est que grâce à Donald Sutherland, qui m'a soutenue et encouragée, que j'ai pu terminer ce making off et continuer dans la direction que j'avais choisie. » Par la suite, ayant assez de raconter les histoires des autres, la jeune réalisatrice se met à l'écriture du scénario de Niloofar qui, avant de devenir un film iranien, devait être un film libanais intitulé Nasrine. « C'est donc mon premier long-métrage. Après trois courts-métrages dans le cadre universitaire début 90. »
Crimes d'honneur et réalités humaines
Niloofar évoque les crimes d'honneur dans une grande partie des pays arabes. C'est l'histoire d'une petite fille irakienne de treize ans qui rêve de savoir lire et écrire. Mais son père a d'autres projets pour elle. L'ayant promise en mariage en échange d'une plantation d'oliviers, la petite essaiera par tous les moyens de retarder ses menstruations. Elle cache sa féminité jusqu'à ce que la vérité éclate. Tourné dans la province de Khuzestan en Iran, à moins de 100 km de la frontière irakienne, le long-métrage est un portrait du microcosme familial arabe.
« Nous avons décidé de le tourner en farsi avec un accent arabe, comme les Arabes qui habitent sur ce territoire iranien, à la frontière irako-iranienne. Nous ne voulions pas faire un film purement iranien pour ne pas donner une fausse image de l'Iran. Le crime d'honneur n'est pas une pratique perse, mais plutôt arabe ou kurde. »
« Quant aux costumes, décors et traditions, il fallait en respecter l'authenticité. Beaucoup de recherches ont été effectuées, signale Sabine el-Gemayel. J'ai moi-même été dans les villages pour me familiariser avec les habitants. D'autre part, j'ai donné une attention particulière à la couleur. Les films iraniens et moyen-orientaux ont tendance à être monochromatiques ou avec des points de couleurs trop évidents. Je voulais créer de la perspective par la couleur et avoir une beauté de l'image en contraste avec le sujet. »
Sabine el-Gemayel se dit citoyenne du monde. « J'ai pris de l'Orient sa générosité et ses émotions débordantes, tandis que de l'Occident j'ai cet amour de la liberté d'être et d'expression. » Et, ajoute-t-elle, « Niloofar est un film touchant qui a certainement ses faiblesses, mais il éclaire néanmoins, par l'usage des images, sur des réalités humaines. »
Samedi 10 octobre à 19h30 et dimanche 11 octobre à 17h00


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