Mais c'est dehors que tout se joue. Effet bizarre, et quelque part pervers, de la mondialisation, les Libanais sont bien plus braqués sur le sommet Abdallah-Assad que les Saoudiens ou les Syriens. C'est que toute solution, ministérielle ou autre, passe par un accord entre Riyad et Damas. On l'a déjà vu à Taëf, il y a vingt ans, et à un degré encore plus accentué en 2008, à Doha. La rencontre entre les deux décideurs arabes revêt d'autant plus d'importance qu'elle constitue, sans doute, une réconciliation-bis qui, cette fois, devrait être la bonne. On sait en effet qu'après un premier rabibochage, ils s'étaient de nouveau brouillés, après Doha. Nabih Berry a toujours souligné que tout règlement des problèmes politiques locaux passe par l'entente S-S. (Sourya- Saoudiya en arabe)
Malgré la victoire des souverainistes aux législatives du 7 juin, la formule dite des 15-10-5 adoptée à Doha garde les faveurs des Saoudiens et des Syriens. Comme, bien évidemment, de l'opposition. Car cette équation lui permet de mettre en avant des conditions inadmissibles, en vue de contrôler le pouvoir a contrario, en empêchant la majorité de décider et en paralysant l'État. Au nom d'une imposture baptisée démocratie consensuelle, qui foule aux pieds le pacte national et la Constitution, basés sur la démocratie tout court. On comprend dès lors que les pôles opposants préfèrent parler de gouvernement de partenariat, sous-entendu égal, que de cabinet de coalition ou même d'union. Ils exigent que tout soit décidé à l'amiable, sans recours éventuel au vote, ce qui est contraire à la Constitution. De plus, ils prônent, pour bien conforter leur faculté de blocage, ce droit de veto qui débouche, in fine, sur un système de confédération des communautés. Une manière de tourner le dos à l'État uni de droit, à sa souveraineté, au régime parlementaire démocratique, aux libertés publiques et à l'indépendance. Un petit exemple, pour illustrer cette tendance à mettre les institutions sur la touche : depuis les élections de début juin, il y a trois mois, la nouvelle Chambre ne s'est réunie qu'une seule fois, pour expédier l'élection de son président, de son vice-président et des membres de son bureau. Alors que les députés, mandatés par le peuple souverain, ont absolument le devoir de discuter entre eux d'une crise qui ne se limite pas aux formes ministérielles, mais découle d'un clivage politique primordial, d'un conflit essentiel sur le devenir même du pays.
Retour au sommet. L'Arabie saoudite traduit l'intérêt majeur qu'elle porte à notre crise par la présence à Damas de Abdel-Aziz Khoja, ministre de l'Information et de la Culture, ancien ambassadeur à Beyrouth, et qui reste l'officier traitant du dossier libanais. Ce n'est pas avec un tel conseiller, mieux et plus largement informé que bien des parties locales sur les arcanes du problème, que Abdallah d'Arabie s'en laisserait conter par Bachar el-Assad. Mais comme les deux hommes, sauf fiasco improbable de leurs retrouvailles, ne sont pas en confrontation, il est aisé de prévoir que le souverain wahhabite voudra proposer, ou accepter, des solutions de compromis raisonnables sur le cas libanais.
Ce qui suscite l'inquiétude des loyalistes qui craignent qu'encore une fois le marché extérieur ne se conclue aux dépens du vrai Liban. Ils redoutent que les Saoudiens, en lâchant du lest, n'avalisent en réalité les plans des prosyriens qui, tout en posant des conditions obstructionnistes, accuseraient le 14 Mars de tout bloquer (!) en les rejetant. Ils ajoutent que l'Arabie saoudite fermerait d'autant plus volontiers les yeux que ce qui lui importe le plus, maintenant, c'est de parachever les réconciliations interarabes, en commençant par Le Caire et Damas. Cela étant, il est quand même rassurant de voir la France bien présente, pour peser, à travers les missions des émissaires du président Sarkozy, sur la Syrie.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef