L'assemblée annuelle du Fonds, qui s'est ouverte formellement hier à Istanbul, devrait consacrer cette légitimité retrouvée.
Au point de susciter chez son directeur général Dominique Strauss-Kahn cette envolée vendredi dernier : « Cette assemblée annuelle pourrait être le point de départ d'un nouveau FMI, et vous direz peut-être plus tard quand vous parlerez avec vos petits-enfants que vous étiez à Istanbul. »
« Les réactions que nous avons entendues de la part de la plupart de nos membres ont été que finalement, les deux institutions multilatérales, les sœurs de Bretton Woods, la Banque mondiale et le FMI, essayaient de faire de leur mieux et d'aider efficacement », ajoutait-il dimanche. Une telle remarque aurait été difficile à imaginer dans l'histoire récente du FMI. M. Strauss-Kahn lui-même concédait, lors d'une visite en Argentine en 2007, que dans ce pays, « pour de nombreuses personnes, le FMI est le diable, et il y a des raisons à cela ».
Buenos Aires, où l'opinion commune est que le Fonds a plongé le pays dans le chaos économique, a entamé un rapprochement. Son voisin, le Brésil, a salué à Istanbul « le progrès considérable » fait par une institution qui lui paraissait « mal préparée face aux difficultés qui se sont fait jour en 2008 et 2009 », au point de lui prêter dix milliards de dollars.
Le Prix Nobel d'économie 2001 Joseph Stiglitz, auteur de diatribes parmi les plus violentes contre le Fonds, a trouvé sa réaction face à la crise « beaucoup plus positive » et « très constructive », lors d'une conférence de presse lundi à Istanbul.
En Afrique, on a remarqué « un changement culturel » de l'institution, d'après le mot du ministre camerounais des Finances, Lazare Essimi Menye.
En Asie aussi, où le ressentiment contre le FMI est enraciné depuis la profonde crise financière de 1997-1998, les avis évoluent.
La Corée du Sud s'est félicitée à Istanbul que les prêts soient aujourd'hui « mieux adaptés aux besoins des pays » et que les conditions aient été simplifiées. Pressée comme l'Argentine de rembourser le FMI avant terme, elle a été en mai l'un des premiers pays au monde à apporter sa part des ressources promises un mois auparavant par le groupe des pays riches et émergents du G20.
Le FMI a réuni au final plus de 500 milliards de dollars, sous forme de promesses, ce qui doit lui permettre de tripler sa capacité de prêt.
Celle prévue pour voler au secours des économies en crise est aujourd'hui de 426 milliards de dollars. C'est 70 % de plus qu'un an auparavant et 170 % de plus que cinq ans auparavant, à une époque où le FMI était menacé de péricliter.
Ce sera cependant loin de suffire pour satisfaire son ambition de devenir « prêteur en dernier ressort », autrement dit une sorte de banque centrale supranationale.
M. Strauss-Kahn rêve de convaincre les États de cesser d'empiler « ces réserves immenses qui sont en quelque sorte stériles quand elles sont conservées comme réserves et pourraient être utilisées pour financer les infrastructures, le développement ».
Il n'a pas peur de la contradiction quand il explique lui-même que s'ils le font aujourd'hui, « c'est qu'ils veulent éviter ce qui s'est passé en Asie par exemple, il y a dix ans (...), d'être obligés de compter sur d'autres pays ou le FMI ». Autrement dit : faites confiance au FMI, même si vous avez mis tant de côté pour ne plus avoir affaire à lui.
Les réserves du Fonds ne pèsent pourtant pas lourd à côté des quelque 2 000 milliards estimés pour la Chine ou même des 240 milliards de dollars de la Corée, 15e économie mondiale.
Hugues HONORÉ (AFP)

