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Nos lecteurs ont la parole

Citoyen, quel beau mot !

Georges TYAN
Deux choses sont infinies, aurait dit Einstein : l'univers sans doute, parce que, après la Lune et Mars, il en reste beaucoup à explorer, et la bêtise humaine, qui, semble-t-il, est un gouffre sans fond.
Ce sont des lapalissades que l'on vit chaque jour et qui n'en finissent pas de m'étonner.
Il existe des personnes spécialisées dans la bêtise, non qu'elle soit innée en eux, mais qu'ils pensent être au-dessus du lot, prenant les autres pour ce que eux-mêmes sont.
C'est une discipline, un mode de vie qui a long cours dans notre pays.
Il suffit d'être un peu bien placé dans son village, dans sa société, dans son établissement ou son entourage pour que de votre bouche sortent des perles que vous voulez paroles d'évangile.
Mais encore faut-il que vos interlocuteurs soient assez benêts pour gober vos élucubrations ou cette succession de mots placés l'un à la suite de l'autre pour former une phrase qui, ma foi, n'est compréhensible que par vous - et encore...
À l'heure d'Internet, des paraboles, de l'éducation pratiquement pour tous, il est difficile, autant que vous soyez intelligent ou bardé de diplômes, de prendre encore les gens en défaut.
Il n'y a plus d'incultes, d'ignorants ou d'analphabètes. Même ceux qui sont réfractaires aux gros bouquins ont appris à faire fonctionner leurs méninges, tout en s'amusant sur le clavier de leur ordinateur.
À chaque lever de soleil, on cherche à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et à chaque coucher, on veut nous faire avaler à force de parlotte télévisuelle que, sans leur auguste présence, le pays irait à vau-l'eau.
En fait, que reste-t-il de notre pays, que toutes les parties s'accommodent à dépecer ? L'un exige les Télécoms, l'autre les Finances, le troisième lorgne les Travaux publics et ainsi de suite. Quelle empoignade !
Il est toutefois assez étonnant de constater que personne ne veut du ministère de l'obscurité, où pourtant il y a beaucoup à faire et qui, à mon humble avis, est essentiel, sinon primordial pour la bonne marche de l'activité de notre pays et le bien-être social.
Les coupures d'électricité sont devenues partie intégrante de notre vie, et quand l'EDL se montre magnanime et fournit parfois le courant 24 h/24, c'est le dérèglement total dans mon quotidien.
Habitant au 5e étage, j'ai en effet pris l'habitude de régler mon retour au bercail les après-midi en fonction de l'horaire de l'EDL, soit aux alentours de 18 heures, afin de profiter de l'ascenseur, l'immeuble que j'occupe n'étant pas pourvu de générateur, copropriété oblige.
Par la force des choses, je me suis amusé à établir des statistiques, constatant que les coupures d'électricité les plus sévères, les plus régulières, respectant à la seconde près l'horaire fixé avaient lieu pendant les trois jours précédant la fin du mois et durant les trois premiers jours du mois suivant.
Édifiant, non ?
Les mauvaises langues, les esprits chagrins ou malintentionnés et les calomniateurs penseront, à juste raison peut-être, que les fournisseurs d'électricité parallèle doivent quand même rentabiliser leur investissement.
De là à parler de connivence ou de collusion, il n'y a qu'un pas que je ne franchirais pas, non par peur du ministère public, ne faisant comme beaucoup que constater des faits avérés, mais par ignorance totale des techniques du courant électrique, de ses tenants et de ses aboutissants.
Quand même nous sommes pratiquement en 2010, des voitures roulant à l'électricité - énergie propre par excellence - déferleront bientôt dans nos rues, et nos gouvernements successifs n'ont pas encore pu ou voulu remédier à ce problème qu'il aurait fallu résoudre toutes affaires cessantes.
Caricatural, il est vrai. Imaginez un peu l'effet que cela aura sur le monsieur ou la dame qui roulent assis sur un groupe électrogène et qui, à la maison, doivent faire attention pour que le disjoncteur ne saute pas s'ils allument une ampoule de trop.
Pourtant, des dépenses somptuaires et surtout inutiles, il y en a à la pelle. Exemple : ces trottoirs qu'on élargit, ces routes qu'on rétrécit comme pour mieux créer les embouteillages et révolter - dégoûter serait plus adéquat - encore plus le citoyen contre l'État et ses instances.
Citoyen, quel beau mot, quel grand mot ! Encore faudrait-il le respecter, ce citoyen, lui rendre l'envie de se considérer comme tel, dans ce pays, son pays, et cesser de le prendre pour ce qu'il n'est pas, un sac à bêtises qu'on sort du placard chaque quatre ans.

Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth

Deux choses sont infinies, aurait dit Einstein : l'univers sans doute, parce que, après la Lune et Mars, il en reste beaucoup à explorer, et la bêtise humaine, qui, semble-t-il, est un gouffre sans fond.Ce sont des lapalissades que l'on vit chaque jour et qui n'en finissent pas de m'étonner.Il existe des personnes spécialisées dans la bêtise, non qu'elle soit innée en eux, mais qu'ils pensent être au-dessus du lot, prenant les autres pour ce que eux-mêmes sont.C'est une discipline, un mode de vie qui a long cours dans notre pays.Il suffit d'être un peu bien placé dans son village, dans sa société, dans son établissement ou son entourage pour que de votre bouche sortent des perles que vous voulez paroles d'évangile.Mais encore...
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