Mais le peuple est malheureusement absent.
Les gradins sont désespérément vides. Les footballeurs jouent pour eux-mêmes ou pour la poignée de téléspectateurs qui penseront regarder l'unique chaîne qui retransmet les matches. Il en est de même pour les athlètes et autres sportifs que personne n'encourage en direct. Ambiance sans âme dans les stades sportifs, où retentissent, sans partage, les pas des joueurs et les sifflets des arbitres.
Ces lieux devraient pourtant vibrer des applaudissements et clameurs des foules colorées, des chants et encouragements des supporters, grands et petits, répandant leur humeur festive à l'extérieur des murs, en direction des quartiers d'habitation.
Aussi dramatiquement désertes sont les expositions culturelles et artistiques. Personne pour admirer les belles images de tel photographe ou les esquisses de tel peintre. Personne pour encourager les concurrents d'un jeu. Personne pour écouter les concerts de rue, pour applaudir les prestations d'un danseur local de hip hop ou d'un guitariste congolais.
Mais pourquoi donc le public libanais n'est-il pas de la fête ? Pourquoi est-il, comme d'habitude, le grand absent des manifestations en tout genre ? Les stades auraient été tellement plus gais si des milliers d'écoliers et d'universitaires de tout le pays les avaient animés de leur présence. Si des milliers de personnes du troisième âge, d'enfants défavorisés et de jeunes handicapés avaient, eux aussi, été conviés aux diverses attractions. Une gaieté contagieuse, qui aurait sans aucun doute donné des ailes aux sportifs, artistes, exposants, jongleurs et autres. Qui aurait donné un réel sens à leurs efforts. Car un sportif a besoin d'être motivé par les encouragements de son public. Un artiste, lui, est dans l'attente de l'amateur qui admire ses œuvres. De même, un écrivain manie la plume (ou le clavier) pour faire rêver son lecteur.
Drôles de jeux sans public ! Bien drôle de francophonie sans francophones ou même francophones en devenir ! Les organisateurs semblent ne l'avoir compris que la veille de la cérémonie d'ouverture, lorsqu'ils ont enfin tenté de mobiliser un public qu'ils n'avaient pas suffisamment sollicité. Mais cette invitation tardive n'a convaincu personne. Le mal était fait.
Déçus, les Libanais n'en resteront pas moins francophones. Bien plus actifs et plus militants que ceux qui les ont si mal informés.


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