Liban

Derrière une dune et sous les étoiles

24 heures avec... les hommes du désert
George ACHI | OLJ
03/10/2009
Le Caire

C'est la fin de l'été, et l'heure est venue pour beaucoup d'entre vous de revenir vers le travail, l'école et les embouteillages. Avant que les nuages ne s'installent dans le ciel libanais, « 24 heures avec... » vous emmène au soleil, dans un pays où la lumière et la chaleur dessinent le paysage, à la rencontre des hommes du désert. Bienvenue à Siwa, cité de palmiers, de sable et d'eau perdue dans le Sahara, entre l'Égypte et la Libye.

Sur une carte, Siwa n'a pas l'air d'être à l'écart du reste de la civilisation. Cette oasis se situe en Égypte, à 600 km à l'ouest de la vallée du Nil, mais à 17 kilomètres seulement de la frontière libyenne ; la Méditerranée ne semble pas très loin. Ce n'est que lorsqu'on se décide à prendre la route pour atteindre Siwa, depuis Le Caire, que l'on prend conscience de l'isolement total de cette petite ville du désert. À bord d'un 4x4, il faut d'abord se diriger vers le nord, en direction d'Alexandrie, puis commencer à longer la côte à el-Alamein, premier plongeon dans l'histoire, avec les mémoriaux consacrés à la Seconde Guerre mondiale.
Après plusieurs heures de route, près du port de Mersa Matrouh, il faut à nouveau changer de direction et commencer à rouler vers le sud du pays, en tournant le dos à la mer. Ce n'est plus simplement une visite dans l'histoire : c'est le temps qui disparaît, kilomètre après kilomètre, tandis que l'on s'enfonce dans le Sahara. Peu à peu, les habitations en terre, au bord de la route, se font de plus en plus rares. Quelques entrepôts abandonnés, une décharge, des postes de police défilent encore rapidement en contrebas de la route. Il ne faut pas fermer les yeux, il ne faut pas oublier la route, droite, interminable, qui emporte le voyageur vers un horizon de chaleur.
On se rend compte alors qu'il n'y a plus rien. À gauche et à droite, le sable, et en haut, le ciel - c'est tout. Il n'en faut pas beaucoup plus pour perdre la notion du temps et de l'espace, sur cette terre si ouverte et si vide. Il faut neuf heures de route pour arriver à Siwa, neuf heures nécessaires pour accepter d'abandonner ses repères et se sentir à l'aise dans l'absence de temps.
Et il ne s'agit pas que d'un jeu de l'esprit. La situation géographique de l'oasis a fait de celle-ci un monde isolé depuis les premières traces d'habitation qu'on en a gardées. D'abord parce qu'elle est loin du Nil, le long duquel s'est développée la civilisation égyptienne dès l'Antiquité. Neuf heures de trajet aujourd'hui, ce sont des semaines de voyage à travers le désert, en caravane, sans source pour s'approvisionner en eau, ni relais pour se reposer en sécurité. Mais l'isolement de Siwa a aussi connu un renouveau au XXe siècle, cette fois pour sa proximité avec la frontière libyenne. Pendant des années, avant 1987, pour des raisons stratégiques de sécurité, il a été interdit aux étrangers de traverser le désert et de visiter l'oasis.
Aujourd'hui, la situation a changé. Les touristes de toutes nationalités sont désormais bienvenus à Siwa, qui les accueille avec toute la chaleur des habitants du désert. À quelques kilomètres de l'entrée de la ville, alors que l'on commence à apercevoir au loin les rochers qui entourent la palmeraie, la route s'incline presque imperceptiblement, s'entoure peu à peu de parois naturelles en calcaire, rendant plus solennelle l'entrée dans l'oasis. Presque 100 km de palmeraie, des dizaines de sources d'eau douce, et quatre lacs salés : Siwa est née des vestiges d'une mer disparue il y a des millions d'années.
La route se poursuit et traverse la palmeraie, brûlante, poussiéreuse, pour atteindre le centre de la ville. Là circulent des hommes et des enfants, allant de chez eux au marché, à la mosquée ou au café du coin. Pas de femmes ou très peu. Les enfants sont à vélo ou sur des charrettes, tirées par des ânes, transportant leurs amis ou leurs provisions pour la semaine. Les maisons traditionnelles côtoient des constructions plus récentes, en béton. Aucune ne fait plus d'un étage, hormis les magnifiques habitations logées telles des citadelles dans des montagnes de pierre.
Des associations se sont créées dans les dernières années pour favoriser un développement durable de l'oasis. La rénovation de l'habitat traditionnel n'est pas coûteuse ; elle se fait à partir de blocs d'argile et de sel, recueillis aux abords des lacs. L'autosuffisance alimentaire de la population n'est pas difficile à maintenir, d'une part en rationalisant l'organisation des terres et leur irrigation et d'autre part en mettant un système commercial qui profite aux producteurs et qui soit abordable pour le reste de la population.
Et il faut aussi penser aux touristes. Ceux-ci offrent à l'oasis l'occasion d'un renouveau économique - à condition que leur accueil se fasse dans le respect de la tradition locale. Pas de complexe hôtelier ici : les visiteurs sont logés dans des auberges construites pour se fondre dans le décor. Certaines ne sont même pas reliées au réseau électrique. Et les attractions ne manquent pas pour les passionnés, car l'histoire a laissé ses traces. Les hiéroglyphes de la Montagne des Morts, les restes des forteresses médiévales juchées sur les collines, le temple d'Umm Ubayda : malgré le désert, l'histoire de l'Égypte n'a pas oublié Siwa. La longueur du voyage et la magie de cette présence au milieu du sable ont inspiré les religions, qui y ont fait venir leurs dieux. Dès le VIe siècle avant J-C, des voyageurs venus de toute la Méditerranée orientale se rendent au temple d'Amon pour consulter l'Oracle. Ainsi, Alexandre le Grand fit le déplacement depuis sa toute nouvelle ville d'Alexandrie pour s'entendre proclamer « fils de Zeus » par le Grand prêtre.
Les amateurs de sensations fortes viennent aussi à Siwa, dans cette partie la plus aride du Sahara, pour découvrir les plaisirs du vrai désert et de la mer de sable. Pour sortir de la zone habitée et s'engager dans le Sahara sauvage, proche de la Libye, il faut montrer patte blanche en obtenant une autorisation de l'armée égyptienne. Les hommes de l'oasis conduiront alors les voyageurs intrépides loin des habitations, en 4x4, pour dévaler les dunes, s'essayer au surf des sables, se baigner dans des sources d'eau chaude et ne regagner le village que la nuit tombée.
Sous un ciel débordant d'étoiles, la ville dort ou danse selon les saisons, les fêtes et les mariages. Le silence de la nuit est souvent interrompu par les braiements des ânes, presque plus nombreux que les humains dans la ville. Les habitants de Siwa ont bien l'intention de faire survivre leur identité. Ils constituent la seule population berbère en Égypte et parlent leur propre dialecte, le siwi. Égyptiens depuis le début du XIXe siècle seulement, ils ont refusé la construction d'un aéroport civil aux abords de l'oasis, et ils réussissent ainsi à gérer l'affluence touristique. Celle-ci a certes augmenté depuis l'ouverture du désert aux étrangers, mais la longueur du trajet permet encore de n'attirer que les aventuriers et les passionnés du désert, qui auront à cœur de préserver les richesses du site.

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