Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 06h00 GMT, ont fermé hier à 21h00 GMT. Mais le dépouillement ne débutera que ce matin et les premières tendances seront connues dans la matinée.
La participation était relativement faible durant la journée, mais les électeurs étaient surtout attendus dans les bureaux de vote à la sortie du travail.
« Pour le moment, cela semble bon pour le "oui" », a déclaré à Reuters le ministre des Affaires européennes, Dick Roche.
La faible participation était surtout perceptible dans les quartiers ouvriers de la capitale, où l'opposition à l'Union européenne prévaut. Mais dans le quartier de Booterstown, où prédominent les classes moyennes, les électeurs semblaient vouloir voter « oui » en grinçant des dents.
« Je vote "oui" avec réticence parce que je sais qu'il le faut, dans une certaine mesure », a ainsi déclaré David Early, un photographe âgé de 28 ans.
Un deuxième rejet par les électeurs irlandais, après le « non » retentissant de juin 2008, plongerait les Vingt-Sept dans une nouvelle crise et mettrait en péril la coalition de centre gauche au pouvoir, déjà fragilisée par la crise qui frappe durement l'économie du « Tigre celtique ».
Les derniers sondages donnent cependant à penser que l'Irlande, dont la population représente moins de 1 % des 500 millions d'habitants de l'UE, adoptera cette fois la réforme de l'architecture institutionnelle européenne.
Depuis l'échec de juin 2008, Dublin et Bruxelles ont négocié des garanties sur des sujets sensibles comme l'avortement ou la neutralité stratégique de l'île qui avaient à l'époque gonflé les rangs du « non ».
La crise économique est également passée par là, et les Irlandais redoutent les graves conséquences sur l'économie d'un second rejet, compliquant notamment le financement de l'Irlande sur les marchés du crédit.
« L'époque est dure et l'Irlande a besoin d'une Europe qui fonctionne mieux pour nous aider », écrit le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, dans une tribune publiée hier par l'Irish Sun. Mais l'impopularité de son gouvernement pourrait aussi inciter certains électeurs à un vote-sanction.
« Je pense qu'on aura un simple renversement du dernier vote, donc 53 % pour le "oui", 47 % pour le "non" et sensiblement le même taux de participation », avance l'analyste irlandais Hugo Brady, du Centre pour la réforme européenne.
Au-delà de l'Irlande, une victoire du "oui" pèserait certainement sur la Pologne et la République tchèque, les deux autres pays à ne pas avoir encore ratifié le traité de Lisbonne. Un nouveau rejet marquerait en revanche un coup d'arrêt du processus d'intégration et saperait sans doute la confiance de l'opinion et des investisseurs, avec des conséquences au moins temporaires sur la devise communautaire, l'euro.
Le traité de Lisbonne, élaboré après le rejet par la France et les Pays-bas de la Constitution européenne en 2005, doit se substituer au traité de Nice qui, en 2000, devait aider à l'élargissement de l'Europe. Pour entrer en vigueur, il doit être ratifié par chacun des 27 membres.
L'adoption du texte par l'Irlande ne marquerait toutefois pas la fin du processus, les présidents polonais Lech Kaczynski et tchèque Vaclav Klaus ayant refusé de le signer. Mais le premier a déjà déclaré qu'il le ratifierait si les Irlandais l'adoptaient.
Le second, si la Cour constitutionnelle tchèque rejette une requête déposée par 17 sénateurs, pourrait céder avant les législatives en Grande-Bretagne, qui pourraient ramener au pouvoir les conservateurs eurosceptiques.

