Plus grave encore est l'irresponsabilité du gouvernement et la transformation du Parlement en chambre d'enregistrement. Si une décision devait être prise au nom d'un cabinet d'union nationale et qu'elle s'avérait néfaste, qui en porterait la responsabilité et comment appliquer une sanction ? Puisque tout le monde est responsable, vu que le cabinet représente la quasi-majorité des partis et personnalités présents au Parlement, donc paradoxalement personne ne l'est, car il ne se trouvera personne pour le sanctionner. Vu la discipline de fer qu'imposent les blocs parlementaires à leurs députés, lequel d'entre eux critiquera-t-il une décision prise par son parti présent au gouvernement ? Aucun. Quel député osera-t-il s'opposer à un décret-loi promulgué par le gouvernement ou votera contre une loi proposée par celui-ci ? Aucun. Et si par extraordinaire un ou quelques députés venaient à s'opposer au gouvernement, auraient-ils le poids de l'actuelle opposition, nombreuse et influente telle qu'elle est, si elle se résignait à ne pas participer au gouvernement ?
Au sein du gouvernement, fut-il de la majorité, la collégialité du pouvoir en son sein, puisque la Constitution stipule que le gouvernement réuni jouit des prérogatives exécutives, n'est-elle pas une garantie contre le discrétionnaire ? Imagine-t-on un ministre chiite, même de la majorité, contresigner un décret, ce qui est impératif pour que celui-ci soit exécutoire, si ce décret lèse sa communauté ? Même au temps de la prépondérance des pouvoirs présidentiels avant l'accord de Taëf, le chef de l'État dut se rétracter face à l'opposition de son Premier ministre, qu'il avait pourtant lui-même désigné, quand celui-ci jugeait une décision contraire aux intérêts de sa communauté (crise de 1969).
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