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Liban - Analyse

Pas de panique ! On tue…

On reparle depuis quelques jours dans les milieux politiques, et plus particulièrement au sein de la majorité, de l'éventualité d'une nouvelle vague d'insécurité, avec son cortège d'attentats ciblés et de heurts confessionnels se déplaçant d'un chaudron à l'autre.
Certes, les innombrables cycles de violence - intérieure et extérieure - que le Liban a connus dans son histoire récente n'avaient jamais été précédés d'effet d'annonce. Ce fut même, à plusieurs reprises, le contraire : que d'étés qu'on prédisait « chauds » se sont finalement révélés « tièdes » ; et l'inverse est aussi vrai.
Alors, quel crédit accorder aujourd'hui à ces oiseaux de mauvais augure qui nous promettent d'autres lendemains qui déchantent ? Faudrait-il, comme le suggère le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, n'envisager les menaces sécuritaires qui pèsent sur le Liban que sous l'angle du business as usual propre à tous les États de la planète, y compris les plus développés ?
Le refus de M. Baroud de céder à l'alarmisme, en même temps que l'accent mis sur la nécessité de la sécurité préventive et sur le fait que - crise gouvernementale ou pas - les responsables de la sécurité ne chôment jamais, sont tout à son honneur et montrent qu'il pense et agit en homme d'État.
D'ailleurs, sur un plan ponctuel, le ministre a probablement raison. Les prédictions annonçant un regain d'insécurité font partie de l'arsenal politique déployé par les protagonistes en temps de crise. Leurs auteurs ne doivent donc pas nécessairement être pris au mot.
Cela étant dit, n'est-il pas vain, dans un pays comme le Liban, d'espérer pouvoir dissocier, totalement ou partiellement, le contexte politique de la situation sur le terrain ? Le Liban n'est pas la Belgique, M. Baroud, et cela ne tient pas uniquement à la différence dans le niveau de développement entre les deux pays.
Le ciment confessionnel (catholique) qui fut la raison d'être de la Belgique au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, car il était encore plus fort que les différences culturelles entre les Belges, a aujourd'hui quasiment disparu, à la faveur du recul du sentiment religieux en Europe ces cinquante dernières années.
Au Liban, le processus n'est pas le même, car les différences confessionnelles et culturelles entre Libanais n'ont que très partiellement été jusqu'ici reléguées au second plan par un ciment national qui reste à créer.
D'autre part, Wallons et Flamands n'ont peut-être pas les mêmes héros de télévision et ne racontent pas les mêmes blagues, mais ils ont réglé, eux, beaucoup de leurs questions stratégiques. Les Libanais en sont encore à se quereller sur l'identité de l'ami et de l'ennemi et sur la règle du jeu chez eux, autrement dit la nature de leur système politique.
En Belgique, une crise gouvernementale de plusieurs mois ne donne pas lieu à un blocage des institutions. Au Liban, le blocage est le maître mot avec ou sans crise.
Et c'est précisément dans cette culture du blocage, que l'on cherche à renforcer et à pérenniser, que les germes de l'insécurité chronique prennent naissance et se développent.
Prenons, par exemple, le cas des élections législatives. Dans la logique des sociétés démocratiques et politiquement intégrées, les élections, dont le vocabulaire emprunte beaucoup au jargon militaire, tiennent le rôle d'une vraie bataille dans laquelle des rapports de force se déploient et qui débouche sur des vainqueurs et des vaincus.
Mais la grande particularité de cette bataille est qu'elle se déroule sans armes, ce qui ne signifie pas que les États développés sont des sociétés sans conflits, mais seulement que ces conflits n'y sont plus réglés essentiellement par la violence.
Dès lors, s'employer à faire échec aux résultats des élections législatives, comme le fait aujourd'hui l'opposition au Liban sous prétexte de consensualisme, ne peut que ramener les choses à leur nature primitive : le règlement des conflits par la violence.
Si l'on pousse la logique jusqu'au bout, on constate que le consensualisme et ce qu'on appelle de la façon la plus trompeuse possible « union nationale » sont par définition en eux-mêmes porteurs de violence, dans la mesure où les rapports de force cessent d'y être régulés par les institutions et n'obéissent plus qu'à la loi du terrain.
Ainsi, lorsque le vainqueur des élections se retrouve contraint de composer avec le vaincu pour la formation du gouvernement et de subir ses diktats, cela signifie que l'on a définitivement avalisé le fait que les armes du Hezbollah pèsent plus lourd dans la balance politique que les résultats d'un scrutin. Et c'est justement cet aval, tacite ou reconnu, qui fait que la scène politique libanaise reste potentiellement ouverte au recours à la violence.
Le consensualisme ne sauvera pas le Liban de l'insécurité. Au contraire, il le livre à elle en le rendant définitivement ingouvernable. À moins qu'il ne se trouve un tuteur...

On reparle depuis quelques jours dans les milieux politiques, et plus particulièrement au sein de la majorité, de l'éventualité d'une nouvelle vague d'insécurité, avec son cortège d'attentats ciblés et de heurts confessionnels se déplaçant d'un chaudron à l'autre.Certes, les innombrables cycles de violence - intérieure et extérieure - que le Liban a connus dans son histoire récente n'avaient jamais été précédés d'effet d'annonce. Ce fut même, à plusieurs reprises, le contraire : que d'étés qu'on prédisait « chauds » se sont finalement révélés « tièdes » ; et l'inverse est aussi vrai.Alors,...
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