Plus nuancé, le ministre d'État sortant Nassib Lahoud a souligné que la formation d'un gouvernement réunissant les impératifs de l'application de la Constitution, du respect des résultats des élections et de la réalisation de l'union nationale demeure possible « en dépit des difficultés et des divisions ».
« Mais cela nécessite de chacun des protagonistes, en plus du calme, de la pondération et un esprit de coopération positive avec le Premier ministre désigné, de manière à donner la priorité aux considérations stratégiques et institutionnelles plutôt qu'aux gains secondaires », a-t-il dit.
« Cela nécessite surtout de toutes les forces qu'elles resserrent les rangs autour du président Michel Sleiman et de la présidence de la République, principal dénominateur commun entre les Libanais en ces jours difficiles », a ajouté M. Lahoud.
Ahmad Fatfat, député de Denniyé, a estimé que « les choses pourraient être plus faciles aujourd'hui du fait que le Premier ministre désigné a été cette fois-ci nommé par la seule majorité ». « Auparavant, le poids qui pesait sur ses épaules était plus lourd », a-t-il dit.
« Si un gouvernement de technocrates est difficile à mettre sur pied, le cabinet d'union nationale l'a été bien davantage », a-t-il fait valoir.
Boutros Harb, député de Batroun, a estimé que les Libanais « ont besoin de ceux qui pourront gérer leurs affaires et trouver des solutions à leurs problèmes, protéger leur indépendance, consolider la décision nationale et respecter le système politique ».
« Le respect de la Constitution est aussi un besoin pour eux. Toute tentative de retard, de justification ou de maintien des conditions rédhibitoires posées par la minorité serait destinée à nuire au Liban », a-t-il dit, avant d'appeler l'opposition à revenir sur ses conditions et à travailler avec la majorité pour sortir le pays de cette crise.
Hadi Hobeiche, député du Akkar et membre du bloc haririen, a affirmé que « personne ne pourra imposer à Saad Hariri ses conditions et que ce dernier n'est plus lié par une quelconque formule qui était proposée auparavant ».
Kabbara fustige la « prostitution politique »
Mais c'est Mohammad Kabbara, député de Tripoli, qui a tenu le langage le plus virulent à l'égard de l'opposition. « Toutes les parties désireuses de participer au gouvernement doivent d'abord reconnaître que la majorité est une majorité et que la minorité est une minorité », a-t-il lancé lors d'une conférence de presse.
« Elles doivent aussi accepter le principe selon lequel la participation de la minorité au pouvoir est le fruit d'un souhait de la majorité en faveur d'une coalition nationale protégeant le pays et partageant sa gestion », a-t-il ajouté.
« Nous rejetons toute participation de la minorité sous d'autres motifs, car cela ne serait pas de nature à assurer l'union nationale », a-t-il dit.
« Nous n'accepterons plus désormais une minorité participant à un cabinet qui lui garantirait le port d'armes qu'elle utilisait pour combattre l'ennemi israélien avant de les retourner contre nous ; une minorité dont les priorités politiques au Liban commencent par le dossier nucléaire iranien et les intérêts du régime de Damas auprès de Washington ; une minorité qui, aux côtés d'une partie des forces de l'ordre qui lui est soumise, ferme les yeux sur les tirs, à partir du Liban-Sud, de roquettes qui ne libèrent pas la Palestine, mais menacent la sécurité du Liban ; une minorité qui conditionne sa participation au gouvernement à une mainmise sur le ministère des Télécom, afin de pouvoir espionner les patriotes libanais, menacer leur sécurité et leur vie, et empêcher de mettre la main sur leurs assassins ; une minorité qui s'abstient de nommer une personne pour former le gouvernement puis lui réclame, dans un acte de prostitution politique sans précédent, de collaborer avec elle »...
« Nous ne permettrons plus un nouveau 7 Mai ni un second Doha », a encore dit M. Kabbara.
Du côté du PSP, le ministre d'État sortant Waël Bou Faour a souligné que le Premier ministre désigné « n'a pas échoué dans sa mission, on l'a poussé à l'échec ». « En se récusant, il a tenté de secouer les eaux dormantes, les discussions étant parvenues à une impasse », a-t-il dit.
Niant que le chef du PSP, Walid Joumblatt, ait proposé de laisser le ministre des Télécoms au général Michel Aoun, M. Bou Faour a dit : « Nous n'avons rien proposé de gratuit. Notre conviction est qu'il est possible de parvenir à un compromis au sujet de ce ministère. Les Télécoms ont un aspect sécuritaire et il faut une entente politique sur cette question en la séparant du nœud constitué par la nomination de Gebran Bassil. »
En outre, M. Bou Faour a estimé que « la crise politique actuelle illustre la nécessité d'accorder des prérogatives au président de la République ».
Ammar Houry, député de Beyrouth, a quant à lui mis en garde l'opposition contre « la nouvelle hérésie selon laquelle la désignation de M. Hariri n'est pas conforme au pacte ».
« C'est un vieux refrain fondé sur une falsification flagrante des textes et des concepts, et une rengaine reprise de ce qu'a publié un journal d'un pays voisin et qui sert de feuille de route pour la minorité », a-t-il ajouté, dans une allusion au journal syrien al-Watan (voir page 2).
Antoine Zahra, député FL de Batroun, a souligné qu'il n'est « pas permis de passer outre la volonté du peuple libanais, et de la majorité populaire et parlementaire issue des élections ». « C'est cela qui a nécessité la seconde désignation (de M. Hariri) qui devrait déboucher sur un cours et un contenu différents », a-t-il dit.

