Alors que les ministres des Finances et du Commerce, Alistair Darling et Peter Mandelson, lui avaient préparé le terrain cette semaine sur le thème des « choix difficiles » à venir, c'est M. Brown qui a prononcé le mot « coupes » devant l'assemblée annuelle de la centrale syndicale Trades Union Congress (TUC) réunie à Liverpool (nord-ouest de l'Angleterre).
« Je suis ici pour dire la rude vérité sur des choix difficiles », a-t-il dit.
Il a admis que le Parti travailliste taillerait dans « les coûts, les services inefficaces, les programmes non nécessaires et les budgets les moins prioritaires ». Mais pas « dans les services essentiels vitaux dont les gens dépendent », comme ceux au cœur de la santé ou de l'éducation.
Il a aussi évoqué la nécessité « d'accords salariaux réalistes pour le secteur public et la vente d'actifs improductifs ».
Mais il a aussi martelé que « ce n'était pas le moment » de réduire les aides les plus vitales, évoquant même des investissements dans plusieurs domaines.
Les sondages promettent la victoire aux conservateurs lors des prochaines législatives, au plus tard en juin 2010, après 13 ans de règne des travaillistes. Selon une enquête Populus publiée hier dans le Times, 41 % des Britanniques soutiennent les « Tories », contre 27 % les travaillistes.
La réduction du déficit public apparaît comme le premier thème majeur de la campagne.
Les conservateurs crient au gaspillage depuis l'automne dernier, quand le gouvernement se démenait pour éviter la débâcle des banques. La crise s'apaisant, le gouvernement sait aussi qu'il va falloir resserrer les cordons de la bourse, le déficit public atteignant 12,4 % du Produit intérieur brut (PIB) cette année, alors qu'il était cantonné à 3 % avant la crise.
Dans ce premier grand discours de rentrée, M. Brown s'est clairement placé dans une optique électorale, attaquant directement les conservateurs, cités à une quinzaine de reprises.
Il leur a reproché de « vouloir réduire les services publics maintenant, quand on en a le plus besoin, tailler indistinctement dans les dépenses publiques pour payer les baisses d'impôts des plus riches et faire des choix différents sur les services publics parce qu'ils ont des valeurs différentes ».
Malgré son retard dans les sondages, M. Brown a conclu ce discours en demandant à son auditoire, généralement acquis à sa cause, de ne « jamais croire que quelque chose est impossible ».
Le TUC regroupe quelque 6,2 millions d'adhérents dans 61 syndicats. Les syndicats fournissent environ 70 % des ressources du Labour.
Ils ont applaudi pendant 45 secondes, mais sans chaleur excessive.
Le secrétaire général du TUC, Brendan Barber, a répondu positivement, estimant que M. Brown avait « privilégié l'emploi aux coupes budgétaires ».
Mais les différentes organisations ont réagi de manière extrêmement variée, l'une se montrant prudente sur les non-dits du discours, une autre le jugeant « désespérément décevant », un troisième « peu convaincant ».
Quant aux perpectives électorales de M. Brown, Bob Crow, du syndicat des transports RMT, a trouvé qu'il avait déjà l'air « battu », tandis au contraire que Derek Simpson, co-leader du plus gros syndicat, Unite, jugeait que le Labour « pouvait battre les Tories ».
Chez les conservateurs, le ton était à la dérision. George Osborne, possible futur ministre des Finances, a considéré que M. Brown avait sorti « le drapeau blanc » sur les dépenses.

